1.1. La ville de Cotonou
Capitale économique et politique du Bénin, Cotonou est également le siège de l’université nationale du Bénin, dont le CEBELAE est une ramification. Cotonou est une ville très étendue, où se côtoient toutes les ethnies béninoises même si une majorité de la population parle le fon.
Les Béninois sont très chaleureux, et il est facile de nouer des contacts dans cette ville même s’il faut s’habituer aux enfants qui crient « yovo ! » (blanc en Fon) ou « oyubo » (en Yoruba), et au moyen de transport le plus prisé : le zemidjan (mototaxi) qui vous secoue dans les vons non pavées, mais vous emmène à l’autre bout de la ville pour 200 FCFA.
La vie économique et commerciale de Cotonou se situe le long de toutes les avenues ; on peut y acheter toutes les denrées essentielles et même le superflu. Le grand marché de Danktopa, près de la lagune, vous fournira encore bien d’autres choses si vous n’avez pas peur de la foule !
1.2. Le Centre Béninois de Langues Étrangères (CEBELAE)
Je tiens à remercier chaleureusement l’équipe du CEBELAE pour leur accueil et leur gentillesse tout au long de mon séjour ; particulièrement Messieurs Akoha, Gauthier, Mawani ainsi que mesdames Saizonou et Nevo.
Le CEBELAE est remarquable dans toute l’Afrique de l’Ouest pour son dynamisme centré autour de deux objectifs :
Améliorer le niveau de français du peuple béninois afin de lui offrir une langue de communication commune comprise par tous
Permettre à l’Afrique d’utiliser et d’enseigner la langue française sans avoir recours à la France, notamment en formant des professeurs de français au Bénin, à destination de tout le continent.
Le CEBELAE assure à la fois la formation des professeurs de français et l’apprentissage du français aux non-francophones en cours intensifs et extensifs. Parallèlement, des cours du soir d’anglais sont proposés aux Béninois.
Le CEBELAE est également un pôle de recherche sur la langue et sur les méthodes pédagogiques les mieux adaptées à l’Afrique.
J’ai découvert au CEBELAE comment les Africains perçoivent le FLE, une vision bien éloignée du point de vue occidental, le manque de moyens obligeant à un pragmatisme efficace et à un travail de tous les instants.
Confrontée aux élèves et stagiaires du centre, j’ai découvert les différences qui peuvent exister au niveau culturel, comportemental entre les peuples de différents continents. Grâce au soutien des professeurs du CEBELAE, j’ai pu échanger des idées avec les stagiaires et mieux comprendre leur culture.
Le public : lors de mon stage au mois d’août 2001 j’ai pu rencontrer des apprenants équato-guinéens de niveau débutant et avancé ainsi que des professeurs de FLE nigérians, équato-guinéens et béninois.
1.3. Présentation des professeurs nigérians
Les contacts avec tous les groupes ont été enrichissants, mais je garde un souvenir plus marqué des Nigérians, à cause du choc culturel (le Nigeria n’est pas francophone) et du public légèrement différent des autres groupes : il s’agissait essentiellement de professeurs d’université, appelés au Bénin à cause de la nouvelle politique linguistique du Nigeria, qui a récemment décidé de faire du français la deuxième langue officielle du pays. J’ai donc assisté à la formation de formateurs par les professeurs du CEBELAE.
Les professeurs nigérians ont eu la gentillesse de bien vouloir répondre à un questionnaire que j’avais préparé, et dont je vous retranscris ci-dessous les résultats :
| Nom | Niveau des apprenants | motivation | Langues parlées |
|---|---|---|---|
| Yusuf BABAGBEMI | Avoir la compétence linguistique et connaître les nouvelles méthodes d’enseignement | ||
| Aribi DANASABE | Débutants adultes | Comprendre les autres et me faire comprendre | |
| Alain SERVICE | Niveau avancé | Echanger des idées avec d’autres collègues | |
| Bamidele Olalekan MORAKINYO | Elèves de l’école normale supérieure | Approfondissement de ma connaissance dans l’enseignement du français comme L.E. | Anglais Yoruba Haoussa |
| Boniface IGBENEGHU | Etudiants à l’université de Lagos | Se familiariser avec de nouvelles méthodes et de nouveaux cursus dans l’enseignement du FLE | Anglais Etsaloo Yoruba |
| Jonathan DALONG | Débutants, deuxième, troisième et quatrième année | Parce que le Nigeria veut avoir le français comme seconde langue officielle | Anglais Haoussa |
| Chiemeka Clément ONYEANULAM | Vrais et faux débutants Enseignement supérieur | Exigence du système / contact avec de nouvelles approches | Anglais, Igbo, un peu d’allemand |
| Adekunmi ONIDARE | Vient en réponse à l’appel national | Anglais, Yoruba, Italien | |
| Marie OKOLIE | Première année d’université | Améliorer la langue pour pouvoir mieux enseigner/apprendre de nouvelles méthodes | Anglais Igbo |
| Eric DE SOUZA | Etudiants inscrits au diplôme de français à l’université Etudiants d’autres disciplines où le français est requis | Mieux connaître les nouvelles méthodes de FLE | Anglais Yoruba Portugais |
| Maimusa PATI | Ecole supérieure de Maiduguri | Le ministre de l’éducation a décidé de nous envoyer ici pour le projet de français langue officielle | Anglais Haoussa |
| Chika OBEKA | intermédiaire | Visiter le Bénin et améliorer l’enseignement du FLE au Nigeria | Anglais Igbo |
| Yisan Oladokun ABIODUN | débutant | La langue française est une langue internationale. Dont je vois que dans l’avenir elle sera très utile pour mon pays qui limitrophé par des pays francophones alors le besoin d’apprendre cette langue pour faciliter la communication entre le Nigeria et les autres pays | Anglais Yoruba Dioula |
| Dinatu IWALA | La langue française m’intéresse beaucoup, mais ce stage n’est pas bien organisé, les stagiaires ne sont pas bien logés | Anglais, haoussa, koro, eggon, mada, alago et Yoruba | |
| Lateef Babatunde AYELERU | Première, deuxième, troisième et quatrième année d’université | Je suis nommé par mon université afin d’améliorer ma méthode d’enseignement | Anglais Yoruba Allemand |
| Monye Fidelis ORIEME | Administrateur au niveau ministériel, organisateur de l’enseignement du français | En tant qu’administrateur qui a comme devoir de régler et d’évaluer l’enseignement du français au pays, le ministère de l’éducation nationale m’a fait subir le stage pour améliorer mon niveau de connaissance de la langue et mes connaissances générales des méthodes utilisées dans l’enseignement | |
| Toluwa Funmilayo AYELERU | Classe préparatoire, première et deuxième année | Nommée par le gouvernement pour améliorer la méthode d’enseignement de FLE | Anglais Yoruba |
| Cecilia Talatu YARGWA | Premières années de l’école normale supérieure | Je m’intéresse à écouter parler le français / j’aime la musique française | |
| Virginia Chinwe ONUMAJURU | Vrais et faux débutants | Ce stage me permettra à améliorer ma méthode d’enseignement. Je vous assure que à partir de ce que je viens d’apprendre ici, je vais dès ma rentrée au pays mettre l’accent sur la communication pendant l’enseignement, c(est à dire que je vais faire parler les élèves plus que je faisais avant | Igbo |
| Godfrey LYORTON | Ecole normale supérieure | Tiv, anglais, haoussa | |
| Edna IFERE | Débutant, intermédiaire et avancé | Je trouve que les apprenants suivent à peine les cours et que leur progrès est tellement lent ; et étant confrontée de ces problèmes, je me compte mûre pour un réapprentissage des moyens les plus appropriés à ces niveaux d’étudiants | Anglais, Igede, Idoma |
| Kenneth AKIRI | Niveau avancé | C’est pour bien maitriser la langue pour m’aider former des formateurs qui peuvent enseigner la langue aux autres | Anglais Igbo |
| Emokdae Ogbebor OSARENMWINDA | Première et deuxième année | La volonté de pouvoir faire parler les apprenants, de les amener à s’exprimer oralement en français qui est un problème qu’ils ont en commun. C’est aussi par besoin de briser cette barrière de la rigidité qui met l’accent sur la connaissance livresque au lieu de la connaissance des apprenants | Anglais Allemand Yoruba |
| Maryam GONI AKIRA | Débutants d’autres départements de l’université et premières, deuxièmes, troisièmes et quatrièmes années de français | L’ambassade française m’a envoyé une lettre d’invitation au stage | Haoussa, Kanouri, Shuwa arabe, Anglais |
| Zuikifl Adamu Garba DAKATA | Haoussa, anglais, arabe |
Plusieurs détails sont remarquables dans ce tableau : d’abord la diversité des réponses apportées, tant sur le fond que dans la forme.
On voit ici que ce sont des professeurs universitaires pour la plupart, des spécialistes en linguistique ou en littérature. Ils dispensent également un enseignement général aux débutants.
Issus de différentes zones géographiques du Nigeria, leur langue commune est d’abord l’anglais ; ensuite vient le français. La langue Yoruba, bien que majoritaire, n’est pas comprise par tous et ne peut être un vecteur dans le groupe.
Leurs intérêts à suivre ce stage sont variés ; certains des stagiaires, en fin de carrière, n’avaient qu’un faible intérêt pour les nouvelles méthodes et technologies présentées, d’autres étaient énormément motivés. Ils ont d’ailleurs été obligés de suivre ce stage, ce qu’on ressent dans leurs réponses. Je les ai moi-même vus débattre sur leurs conditions de logement avec le directeur, sur le mode de la palabre africaine.
On note également que malgré leur niveau d’enseignement de français, certaines fautes de syntaxe sont présentes dans leurs réponses ; il serait intéressant de savoir si par hasard il s’agirait « d’africanismes », je n’ai personnellement jamais entendu ces tournures parmi les Béninois.
Quelques professeurs préféraient utiliser la méthode grammaire- traduction, d’autres étaient convaincus par les méthodes communicatives (d’ailleurs très prisées au CEBELAE).
1.4. Présentation des autres groupes étudiant au CEBELAE en août 2001
Le groupe d’apprenants équato-guinéens :Ce groupe est partagé en deux classes, l’une de niveau débutant et l’autre de niveau avancé. Il s’agit de fonctionnaires effectuant ce stage dans le cadre de la formation continue. Ils sont logés à l’hôtel et le bus du CEBELAE les conduits tous les jours au centre.
Le groupe de professeurs équato-guinéens : enseignants pour la plupart en collèges et lycées, ils suivent la formation destinée aux formateurs proposée par le CEBELAE.
Les professeurs de français Béninois : comme moi, ils suivent les cours « à la carte » et assistent aux cours qui les passionnent le plus ; ils sont professeurs de français au Nigeria, mais se considèrent peu payés par rapport aux risques encourus au Nigeria.
Il serait faux de croire que les professeurs du centre se limitent à l’enseignement du FLE et à la formation. Ils assument tous, en plus, différentes fonctions administratives au centre : chef du personnel, comptable, organisateur de séjours, assistant technique.
Mais on l’a déjà entr’aperçu, ils sont également souvent confrontés à des problèmes matériels ou moraux : Grand âge d’un des stagiaires, qu’il a finalement fallu conduire à l’hôpital, conditions d’hébergement des stagiaires, gestion des conflits...
Si nous étudions d’abord l’aspect didactique et pédagogique de leur travail, nous nous pencherons ensuite sur le côté humain du FLE, les problèmes et les découvertes qu’il engendre.
2.1. L’aspect pédagogique
2.1.1. Présentation des méthodes utilisées pour enseigner le français au CEBELAE
Le manuel Libre-échange propose un apprentissage au niveau débutant et intermédiaire. C’est une base intéressante pour des exercices oraux, mais il laisse une grande place à l’écrit et à la grammaire.
La méthode vidéo « Dites-moi tout », collection Vidéo-clé international, Nathan, 96, se présente comme une « comédie musicale grammaticale » ; à partir de situations simples elle propose des dialogues suivis de parties chantées. Chaque unité est centrée autour d’un verbe courant nécessaire à l’apprentissage du français, des rappels grammaticaux et syntaxiques sont présentés régulièrement. Le niveau va des grands débutants jusqu’aux intermédiaires, et propose une méthode plus distrayante qu’un livre pour apprendre le français.
La méthode Vifax : proposée par l’université Bordeaux 2, cette méthode utilise intelligemment des documents authentiques et parvient à rester au cœur de l’actualité en utilisant le journal télévisé de TV5, une chaîne francophone diffusée partout dans le monde, et en téléfaxant chaque jour des exercices de compréhension orale sur une séquence de 2 à 3 minutes. Cet exercice ne nécessite pas un niveau très avancé ; on peut d’autre part utiliser la transcription pour un travail de compréhension écrite.
On note que les mots-clés du texte sont repris en fin de page, il est loisible au professeur de les expliciter et de travailler dessus.
2.1.2. Observation des cours aux apprenants
Les apprenants de niveau débutant :
Ils travaillent sur Libre-échange 1.
Je note d’abord que ce groupe d’apprenants adultes est très studieux. Ils semblent compenser le manque de moyens par un travail proportionnel. Le professeur ne parle pas espagnol, la seule langue commune est donc le français.
Les deux problèmes que j’ai cru déceler dans ces cours, c’est le suivi systématique du manuel, sans recours à d’autres supports, ce qui entraîne une certaine monotonie, et l’absence de travail sur la compréhension orale puisque les cassettes qui accompagnent le manuel ne sont pas disponibles : les passages audio (extraits de films...) sont simplement lus par les élèves.
Déroulement de la séquence :
o Révision de la grammaire
o Expression : donner un texte à un personnage dessiné dans une situation particulière
o Niveaux de langue :
Travail sur l’oral ; disparition de certaines lettres en français courant :
« Il y a » donne « Y a »
« Je n’ai pas » donne « J’ai pas »
"30 balles" signifie "30 francs"
Des mots anglais sont utilisés en français, du type : walkman, football, sandwich.
Les apprenants de niveau intermédiaire travaillent à la fois sur Libre-échange 2, « Dites-moi tout » et Vifax. Cet astucieux mélange permet de renouveler les manières d’apprendre.
À partir du manuel libre-échange 2 : « Découvrez les règles », découverte autonome à partir de ces phrases :
Tu veux qu’il aille habiter ailleurs
Qu’est-ce que ton fils veut faire plus tard ?
Je voudrais qu’il soit autonome.
Guidés par le professeur (Qu’ont les verbes de particulier ? Quelle est la partie commune aux énoncés ?) les apprenants comprennent que si le sujet de la subordonnée n’est pas le même que celui de la principale, on utilisera
Que +subjonctif
On note aussi que vouloir, aimer et souhaiter ont la même construction.
Je remarque ici que la grammaire est comprise à partir d’exemples et non à partir de la théorie.
« À vous de jouer ! » est une section de Libre-échange qui fournit des canevas de jeux de rôle aux élèves. Mais s’ils font bien l’exercice, ils refusent a priori de le jouer debout devant les autres. Je noterai aussi durant la correction qu’il manque à leurs dialogues les petits mots qui, à nos oreilles, les rendent crédibles : hein, tu sais, ouais...
Le même exercice est ensuite recommencé mais sans préparation par écrit : les apprenants parviennent plus ou moins à s’exprimer selon leur assurance et leur niveau de français.
En utilisant Vifax : J’ai noté que lorsqu’on utilise Vifax il faut repasser la séquence un grand nombre de fois pour parvenir à une compréhension partielle du sujet. C’est pourquoi il vaut mieux que le professeur explique les grandes lignes du document avant de le montrer. Les exercices de compréhension sont eux aussi une piste pour la compréhension : les mots les plus importants y sont écrits, ainsi que les dichotomies clairement esquissées (Cf. Sharon vs. Barak).
Reste le problème de l’accent, qui peut être québécois, suisse ou belge, ou autre, et semble encore plus exotique à un apprenant. Peut-être ont-ils plus de mal à décrypter les images brutes qu’un occidental, évoluant dans une civilisation d’images. Le travail sur Vifax reste en tout cas passionnant. Il est à noter que le CEBELAE est le seul centre d’Afrique à recevoir Vifax actuellement.
« Dites-moi tout ! » : J’ai moi-même animé des séances de 2 h à partir de cette méthode. Je vous propose le compte-rendu d’une de ces séances.
On remarque que le plus évident est de visionner d’abord la séquence dans son ensemble, puis de reprendre chaque section une à une. On fait d’abord travailler la compréhension orale : le traditionnel « qu’avez-vous compris ? » ne suffisant pas en général, on pose des questions les plus précises possible.
La séquence est basée sur le verbe attendre, que les personnages conjuguent à l’oral. Il suffit de faire répéter la conjugaison aux élèves de manière individuelle.
Expressions du conseil : « Tu devrais y aller ». On réemploie ce type de formules pour donner des conseils aux autres membres de la classe.
Après chaque section vidéo jouée, on demande un bref résumé de la séquence puis on demande de jouer la saynète avec leurs propres mots. Les résultats sont très distrayants et très réussis ! !
Remarques du professeur ayant assisté à la leçon : attention à toujours bien désigner la personne interrogée, sinon les apprenants n’osent pas prendre la parole ; toujours reformuler une question s’ils n’ont pas l’air de l’avoir comprise.
« Dites-moi tout », si elle met beaucoup l’accent sur la grammaire, reste une méthode agréable et ludique pour travailler avec des adultes.
2.1.3. Les cours de formation aux professeurs
J’ai moi-même assisté à des cours portant sur les modules 1,2,4,5 et 7, que je traiterai dans l’ordre où je les ai découverts.
Module 7 : apprentissage de la langue à travers la chanson francophone
Ce module est proposé par Madame Florentine Saizonou.
Exemples de chansons :
« Bonjour les amis
un beau jour commence
et puisque nous sommes réunis
Chantons ensemble : Bonjour
bonjour à ce beau jour »
Ou : « Les nuages passent
On ne les voit plus
Où vont-ils poussés par le vent ?
Le sais-tu ? »
Cette méthode comprend une cassette audio, un cahier d’activités et un guide pédagogique. La cassette est le minimum de matériel pour travailler sur les chansons ; le seul dans bien des cas puisque l’Afrique manque souvent de moyens.
D’autres utilisations sont possibles, le ministère des affaires étrangères français fournit aux professeurs qui le désirent des cassettes vidéo de bandes promos sous-titrées en français, de type karaoké (Direction de la coopération culturelle et du français, 214 boulevard Saint-Germain, F75007 Paris). Une chanson d’Ismaël Lo, La femme sans haine, est présentée par le professeur.
Les chansons (sauf peut-être celle d’Ismaël Lo) sont gaies et rythmées, elles peuvent être accompagnées de gestes pour rendre l’ensemble plus vivant et faciliter la compréhension, ou être chantées en canon.
Chaque chanson peut être décrite selon plusieurs axes : le thème, les objectifs communicatifs, la phonétique, le lexique, les structures.
Pour allier langue et civilisation, on étudiera ensuite le symbolisme de la chanson et les différents éléments de civilisation.
Attention : il vaut mieux découvrir le sens d’une chanson et en faire l’analyse avant de l’apprendre par cœur, afin de ne pas apprendre bêtement.
À propos du thème de la chanson : il faut accepter toutes les idées proposées par les apprenants, tout est intéressant ; et donner également son avis mais sans l’imposer.
Cette utilisation de la chanson pour enseigner le français doit s’avérer très efficace avec les enfants. C’est une idée riche en possibilités ; et il est loisible aux professeurs de choisir une chanson adaptée aux intérêts des apprenants. L’autre intérêt de cet angle de travail est qu’il ne nécessite que peu de moyens et un peu de talent.
Module 4 : l’utilisation du multimédia en cours de FLE
Module proposé par Madame Florentine Saizonou
Présentation aux professeurs de la méthode vidéo « Dites-moi tout » (Cf. précédemment pour la description). On note que tous les personnages ont un nom qui commence par G : Gisèle, Gérard, Guillaume, Gudule, Gaston, Geneviève, Gustave, Gaëlle... mais avec deux sons différents : /g/ et /j/.
On peut également enregistrer « Dites-moi tout » sur TV5.
La méthode multimédia Vidéo-clé : « culture et civilisation françaises » est centrée sur l’hexagone. Sept cassettes :
o L’espace des Français
o Une journée de Français
o Le calendrier des Français
o Une vie de Français
o Les loisirs des Français
o Les débats des Français
o Les passions des Français
Il faut visionner plusieurs fois une séquence et demander aux apprenants leurs réactions à chaud (parfois très surprenantes, il s’agit de civilisation !).On reprochera simplement à cette méthode de n’avoir pas abordé le thème de la francophonie.
Les CD-ROM : la présentation est succincte car le CEBELAE n’a pas d’ordinateurs à disposition pour en faire la démonstration.
Ils ont cependant l’intérêt de proposer une méthode d’auto-apprentissage.
On notera la méthode Tempo, aux éditions Didier, 2000 et Le français professionnel, aux éditions Clé international, 94-96.
Module 1 : quelques méthodes d’enseignement du FLE
Présenté par Madame Florentine Saizonou (j’ai suivi les conseils du directeur du CEBELAE, et me suis particulièrement intéressée aux modules proposés par Madame Saizonou).
Quelques remarques générales :
Les besoins langagiers du public doivent toujours être pris en compte.
L’apprenant en FLE a un rôle à jouer, il ne peut être passif.
Toutes les méthodes présentées sont conçues pour des apprenants ayant fait des études dans leur langue d’origine (ne peuvent convenir à un public illettré).
Les méthodes :
Contacts 1, 1980, avec la collaboration du CREDIF. C’est une méthode SGAV conçue spécialement pour l’Afrique. Elle comporte un livre de l’élève divisé en 25 modules et un livre du maître. Chaque module est composé d’illustrations accompagnées d’un dialogue ou d’un texte. Ils sont suivis d’exercices écrits et oraux, d’un tableau de grammaire et d’une rubrique : « pour en savoir plus ».
Cette méthode est malheureusement aujourd’hui trop ancienne pour être utilisable à l’exclusion de toute autre.
Libre-échange paraît en 95, 15 ans après. Cette méthode comprend un livre de l’élève, un livre du maître, 3 cassettes audio, un cahier d’exercices et une cassette vidéo. On a noté précédemment que le CEBELAE n’avait pas à sa disposition tous les outils de cette méthode, d’où la nécessité d’adapter. Il ne faut pas oublier qu’il est difficile pour les professeurs de français d’Afrique de se procurer un tel matériel.
Le travail sur Libre-échange est varié et intéressant, mais risque de laisser une trop grande part à l’écrit.
Module 2 : découverte de la méthode Bravo, qui sera utilisée à la rentrée par les professeurs de Guinée-Équatoriale.
Par Madame Saizonou.
Il existe trois niveaux dans la méthode Bravo. Cette méthode tente de développer l’auto apprentissage en système scolaire.
Module 5 : découverte de la langue à travers la poésie
présentée par Monsieur Gérard Gauthier, assistant technique au CEBELAE.
Cette méthode très sympathique pour apprendre le français permet d’aborder de front la culture littéraire francophone (qui est souvent négligée) et les problèmes de langue.
2.2. L’aspect culturel
Les différences culturelles entre le Bénin et la France déclenchent des situations parfois problématiques ou cocasses, toujours enrichissantes. Voici les remarques que j’ai pu faire sur le sujet.
2.2.1. La langue
La langue la plus répandue à Cotonou est le fon, dont certains mots sont repris en français par la population : Fofo, par exemple, désigne un aîné. Pour mieux connaître la langue fon, voir fon is fun
La mosaïque linguistique qui compose le Bénin a besoin d’une langue de communication : le français a donc une importance capitale dans ce pays, et c’est pourquoi l’amélioration du niveau y est nécessaire.
En effet, la langue française, si elle est parlée comme en France dans les milieux intellectuels, est souvent transformée dans les autres milieux sociaux : si la langue est parfois enrichie par des apports d’une autre culture, elle est malheureusement aussi appauvrie dans son vocabulaire et dans sa complexité syntaxique (disparition de l’article dans la langue de la rue).
La prononciation est également différente de la prononciation en France, avec dans bien des cas une ablation du /r/.
2.2.2. les éléments civilisationnels
Lorsqu’on aborde la civilisation en cours de FLE, il est toujours intéressant de comparer les comportements de la civilisation d’origine avec ceux qui sont étudiés : habitudes alimentaires, jours de fête, notion du sacré, rôle de la femme sont les éléments que j’ai pu découvrir.
Mais il arrive également que les apprenants, et même les professeurs, fassent des erreurs d’interprétation d’une situation : ainsi pour l’extrait d’un film, où ils entendent une cliente et un serveur, je pense qu’il s’agit en fait d’une scène de séduction entre deux inconnus.
Il est par ailleurs difficile à un professeur d’interpréter un passage où l’on parle de lilas et de lys, alors que ces fleurs ne poussent pas en Afrique de l’ouest.
Il est à noter que l’étude des comportements français peut légèrement perturber le dit français, puisque c’est sa vie qui est sujet d’étude ! ! Par exemple, les professeurs nigérians ont éclaté de rire lorsqu’ils ont vu la séquence vidéo : le réveil d’une famille française.
Confrontée à une culture complexe totalement différente de la mienne, j’ai découvert la diversité et la tolérance ; j’ai aussi pu exprimer mes points de vue et comprendre les leurs. Un véritable échange a été rendu possible au CEBELAE.
Ce stage m’a permis à la fois de mieux comprendre ce qu’est l’enseignement du FLE et de découvrir la culture et la société en Afrique de l’Ouest. Les manières de vivre, de parler, d’enseigner m’ont toutes semblé être un sujet d’intérêt en même temps qu’une nouveauté.
Heureusement, un véritable échange a eu lieu avec les professeurs et les stagiaires du centre et je les en remercie. L’enseignement du FLE est une tâche ardue lorsqu’on a peu de moyens, mais le sentiment d’accomplir quelque chose d’utile, puisque la langue française est nécessaire à l ’Afrique de l’Ouest, donne aux professeurs la passion pour aller jusqu’au bout. Je dois reconnaître que j’admire beaucoup leur travail, et la conscience de proposer un savoir utile est, je pense, nécessaire pour enseigner le FLE.
Les nombreux souvenirs du Bénin m’aideront à relativiser mes expériences et mes comportements sociaux.


J’étais à Cotonou lors de votre visite au CEBELAE. Je suis vraiment ravi de vous le compte-rendu sur internet. J’ai un article de 5000 mots à proposer sur l’enseignement de littérature dans la classe de FLE. Pouvez-vous le publier ? Cet article se base sur mes expérience en tant que professeur de FLE à l’université d’Ibadan depuis derniers dix ans J’attends votre réponse.
Merci.
Dr Babatunde Ayeleru, Université d’Ibadan, Nigéria.