Séance d’écriture de haikus (3)

mardi 16 juin 2009 , par Jean-Marcel Morlat
 

Cet article me permet de présenter des activités menées avec des élèves de deuxième année du programme de langue B (Baccalauréat International/Niveau Moyen).

Il s’agit de découvrir un style poétique qui s’est largement mondialisé : le haïku, tout en amenant les apprenants à écrire leurs propres haïkus. Je privilégie donc une articulation lecture-écriture qui est susceptible de favoriser une approche créative de l’écriture en Français Langue Etrangère.

Afin de montrer qu’une approche créative permet d’arriver à des résultats probants, les lecteurs trouveront les haïkus des apprenants qui ont suivi cet atelier d’écriture.


Objectifs pédagogiques :

•Faire découvrir un style poétique japonais, mais qui s’est largement mondialisé et qui est apprécié dans le monde francophone (surtout en France et au Québec) ;

•Etudier la thématique de l’environnement, de la nature et de la vie en société ;

•Découvrir des auteurs japonais, français et québécois ;

•Permettre à des apprenants d’un niveau B1 (ou plus élevé)d’écrire des haïkus [1] en français ;

•Apprendre à utiliser un dictionnaire ;

•Permettre à l’apprenant de s’autonomiser, tout en privilégiant un esprit collaboratif.

Durée : une dizaine d’heures

Niveau : B 1 et niveaux plus avancés

1. Haïkus japonais : découverte d’un genre

Activité 1 :

Lisez ce texte écrit par André Duhaime et répondez aux questions :

C’est à Basho (1644-1694) que l’on attribue la fragmentation du tanka ou du poème lié (les opinions diffèrent selon les spécialistes), c’est-à-dire la pratique d’écrire un hokku sans souci d’enchaînement. Bien longtemps après Basho, Shiki (père du haïku et du tanka modernes, 1867-1902) donne un nom à ce "chaînon" isolé : haïku (haïkaï-hokku). Qu’est-ce donc que le haïku ? C’est un poème sans mots, c’est-à-dire très bref, un tercet d’habituellement 17 (5/7/5) syllabes. Il contient une référence à la nature (kigo), à une réalité non seulement humaine. Sobre, précis, subtil, dense, sans artifice littéraire, il évite les marques habituelles du poétique, telles la rime et la métaphore. Loin du grand souffle lyrique occidental, le haïku peut sembler anodin au premier abord ; en fait, il est banal ou sublime, tout se jouant sur la corde raide tendue entre le poète et le lecteur. Juxtaposition de l’immuable et de l’éphémère. Légèreté humoristique désamorçant tout pathos. Art du détail. Fragment de vie, de souvenir, de rêve. Lire et écrire des haïkus, c’est découvrir une conception autre de la poésie. Par son caractère unique, cette forme poétique permet à la fois la prise de conscience et l’expression de l’ici-maintenant ; il ne donne aucun espace à l’abstraction, à l’élaboration des sentiments, à la rêverie. Le haïku est un poème concret, une poésie des sens et non des idées.

André Duhaime [2]

Questions :

1. Qui a écrit le premier haïku ? Pouvez-vous donner le siècle ?

2. Qui est le père du haïku moderne ?

3. Qu’est-ce qu’un haïku ?

4. Quel genre de référence est-ce qu’il y a dans un haïku ?

5. Comment définissez-vous le haïku ?

6. Relevez tous les adjectifs qui définissent ce qu’est un haïku et ce qu’un haïku n’est pas.

Un haïku est :

Un haïku n’est pas :

Activité 2 :

a) Lisez les poèmes suivants : [3]

Cette page contient une sélection de seize haïkus de printemps traduits du japonais. Du fait qu’ils sont des traductions, la plupart ne respectent pas la métrique 5-7-5.

Vieille mare –

une grenouille plonge

bruit de l’eau

Matsuo Bashô

Le jour sur les fleurs

décline et sombre déjà

l’ombre des cèdres

Matsuo Bashô (René Sieffert)

Le chêne

Sa mine indifférente

Devant les cerisiers fleuris

Matsuo Bashô (Maurice Coyaud)

Pour un simple locataire

le cerisier offre

bien trop de fleurs

Kôyô (Coyaud)

La cueillir quel dommage !

la laisser quel dommage !

Ah ! cette violette

Naojo (Roger Munier)

Dans l’eau que je puise

scintille le début

du printemps

Ringaï (Munier)

Quand le jardin

fut balayé de frais

tombèrent des fleurs de camélia

Yaha (Munier)

Les fleurs de cerisiers tombées

le temple appartient

aux branches

Yosa Buson

Point du jour

l’alouette chante

du fond de la pluie

Kobayashi Issa (Munier)

Si tu es tendre pour eux

les jeunes moineaux

te feront dessus

Kobayashi Issa (Munier)

Comme si rien n’avait eu lieu

la corneille

et le saule

Kobayashi Issa (Munier)

De quel air revêche

elle me regarde

la grenouille !

Kobayashi Issa (Munier)

Davantage que celles de cerisiers

Les fleurs de pêcher

Vont avec la maisonnette

Yosa uson (Coyaud)

Pousses de bambou

qu’au temps de mon enfance

m’amusais à dessiner

Matsuo Bashô (R. Sieffert)

Affalé au sol

le cerf-volant

était sans âme

Kubonta

Emporte-moi

Loin du quartier

Cerf-volant

Tama (M. Coyaud)

b) Choisissez deux poèmes qui vous plaisent particulièrement et tentez d’en donnez votre propre traduction en anglais. [4]

Le haïku en français  :

Votre traduction en anglais :

2. Haïkus français et francophones : émergence d’un genre Activité 1 : Haikus français et francophones

Découvrons quelques haïkus québécois sélectionnés par le poète québécois André Duhaime et qui vont nous aider à aborder la thématique de la nature et de l’environnement :

pendant ton sommeil

je joue avec les nuages

et tu n’en sais rien

Lisa Carducci

dans l’aube indécise

des senteurs de foin coupé

embaument mes pas

Florian Chrétien

Neigent des oiseaux

Comme des pensées

Sur des novembres blêmes

Cécile Cloutier

sur les vitres

des traces de nez et de doigts

regardent la pluie

André Duhaime

seul le vieux fauteuil

de grand-mère nous attend

sous le saule en pleurs

Célyne Fortin

Une femme enceinte

Cherche sa monnaie dans la neige

L’autobus patiente

Eddy Garnier

Train du matin —

Entrant dans le tunnel

Tout à coup : mon visage

Marco Fraticelli

La fin de semaine

de leur père

deux chambres vides

Dorothy Howard

le bar est vide

le serveur lit son journal

je n’attends personne

Carol Lebel

boules de naphtaline :

dans les placards

on range l’hiver

Marie-Christine Mouranche

Sur le patio

mêlé au bavardage de l’apéritif

le cri du bois pourri

Robert Melançon

Un souvenir vieil

informe la solitude

il neige à plein ciel

Alphonse Piché

Comme un athlète nu

ce bouleau dans l’aurore !

Félix-Antoine Savard

Le ciel dans l’eau.

Les poissons se faufilent

sous les nuages.

Jocelyne Villeneuve

3. Et son écrivait nos propres haïkus ? [5] Maintenant que avez compris ce qu’est un haïku, écrivez-en un en respectant le nombre de syllabes et le style propre à ce style poétique ! Travaillez vos brouillons en suivant les conseils du professeur et les étapes suivantes.

1. Recherche de vocabulaire et remue-méninges/prise de notes ;

2. Premier brouillon ;

3. Deuxième brouillon ;

4. Troisième brouillon ;

5. Poème final.

4. Les production des apprenants :

Voici les haïkus produits par mes apprenants. Les enseignants qui le souhaitent pourront réutiliser ces poèmes comme modèles, puisque la plupart respectent la métrique 5-7-5. Les thèmes abordés sont variés. Les apprenants qui s’initient à l’écriture d’un haïku pourront aussi prendre confiance en eux en constatant que des élèves tanzaniens qui ont environ 18 ans peuvent produire des poèmes dignes d’un natif !

Le militaire cherche

Dans le bruit des fusillades

Ses amis sont morts

C’est très nuageux,

La nuit sombre de juillet,

Appel de la pluie.

(Luqman)

Trop de bancs mouillés

De la boue grasse partout

Torture des élèves

Le ciel coloré

Belle musique des oiseau

Coucher de soleil

(Shazeen)

Les rues de Tanga

Sautant dans les flaques boueuses

Juma rentre chez lui

Sous le grand fauteuil

Les débris d’un beau vase rouge

Un bien vilain chat

(Altaf)

Sur le bâtiment

Vague sur vague de pigeons

C’est comme un grand nid.

Dans la nuit sombre

La lune et toutes les étoiles

Brillent avec éclat.

(Kelwin)

Ce monstre affreux

Quel cauchemar horrible

Ah ! L’alarme sonne

Tous cherchent leurs pulls

Le chien reste dans sa niche

L’hiver arrive tôt

(Jemini)

Des fleurs violettes,

Bel arc-en-ciel au-dessus,

C’est très coloré.

Nuages et étoiles,

Parfait décor du ciel bleu,

Image de beauté.

(Natasha)

Les rues de Paris

Animées et amicales

La vie continue.

Bruit dans le silence

C’est la chanson du moineau

Il chante tristement.

(Jervis)

Les arbres en fleurs

Il a trouvé le nectar

Fête pour le moineau

Jolie Africaine

Maman zèbre chasse l’enfant

Paisible famille

Enfant sans-abri

Cheveux sales des rue courant

Image déprimantes

(Gulshan)

Beaucoup de moineaux,

Chantent un air incroyable,

Quel merveilleux rythme.

La grande forêt,

Vivant dans le mortel silence,

J’aime le mystère.

(Mohamed)

Mes yeux les regardent

L’horizon lointain dansant

Les rayons orange.

L’air est très épais

La petite fille impatiente

Soupe au poulet chaude.

(Meera)

Les oiseaux s’envolent

Le chêne a beaucoup saigné

Après la tempête

Après le soleil

Un petit perroquet rouge

Dort sur le chêne haut

(Priyank)

[1] On trouve différentes orthographes : haiku ou haïku avec ou sans s au pluriel. Vous ferez bien attention de vous tenir à une forme et de ne pas mélanger les orthographes !

[2] « "H A I K U & C O" : quelques expériences poétiques », 1996, http://clicnet.swarthmore.edu/litterature/moderne/poesie/duhaime.html. J’ai consulté cette page le 18 novembre 2008.

[3] Voir aussi http://www.haikunet.org/pages/02_haiku_printemps_japon.htm.

[4] On pourra bien sûr faire la traduction des poèmes dans une autre langue. Cette approche est possible si l’ensemble des apprenants partagent une langue commune et si l’enseignant est suffisamment compétent dans la langue privilégiée pour la traduction.

[5] On consultera le livre suivant pour en apprendre plus sur les techniques d’écriture de haïkus : Costa (Philippe), 2000, Petit Manuel pour écrire des haïkus, Arles, Éditions Philippe Picquier, 213p. Ce livre est une mine d’or que l’enseignant(e) prendra soin de s’approprier dans le cadre des ateliers qu’il/elle mène en classe de FLE


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