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Réaliser un journal en classe de FLE

le mercredi 8 décembre 2004, par Christelle Demange-Ducrot

Se lancer dans la réalisation d’un journal de classe en langue française est un moyen didactique particulièrement riche dans le domaine de la lecture (découverte de journaux, de leur contenu et de leur forme), de l’expression écrite (production de textes à caractères expressif, ludique, informatif, incitatif..., écriture de presse, mise en page, illustrations), de l’expression orale (comité de rédaction, travaux de groupes), de la culture et de la civilisation françaises (recherches dans des documents authentiques issus de la presse écrite ou d’Internet), de la maîtrise de l’outil informatique (traitement de texte, logiciel de mise en page) et du développement de l’esprit civique et critique.

CADRE DU JOURNAL SCOLAIRE

ESSAI DE DÉFINITION DU JOURNAL SCOLAIRE.
Presque 80 ans après le premier journal scolaire lancé par Célestin Freinet (1925), ce média connaît un renouveau dans les écoles, grâce notamment à l’introduction massive des nouvelles technologies. Très peu d’écoles utilisent encore le limographe, par contre la mise en page sur ordinateur, voir le site Web sont aujourd’hui légions.
Il peut émaner de votre classe seulement, de plusieurs ou de l’école tout entière, il est géré par les enfants, et peut constituer une institution importante dans l’organisation de la classe et des apprentissages.

Un journal scolaire peut être défini par sa forme : il doit « ressembler » aux véritables journaux vendus dans les kiosques, c’est-à-dire comporter une présentation en colonnes, des illustrations, des chapeaux, des titres... Quant à ses contenus, ils peuvent être divers et dépendent principalement de la cible des lecteurs.
Enfin, pour obtenir l’appellation « journal scolaire », ce dernier doit à notre avis paraître de façon régulière (au moins une fois par trimestre). Ainsi, nous ne pensons pas que le recueil des productions de l’année des élèves relié sous une même couverture puisse prétendre à la dénomination de journal.

Pour la version Internet, le journal scolaire comporte certaines spécificités.
Le site Internet, comme le journal papier, demeure le résultat du travail des enfants, sachant que le maître aura certainement un rôle technique plus important dans la construction du site que dans la mise en page sur Publisher par exemple. Le journal sur Internet doit être pensé autrement que son cousin « papier », en effet, on ne lit pas de la même façon sur un site et sur du papier... Les enfants doivent notamment bien réaliser comment la circulation se passe sur le Web, avant de pouvoir créer leur propre site. Afin d’obtenir un site vivant, les élèves doivent l’élaborer en pensant à tous les liens qu’ils pourront faire entre les différentes parties.

LES COMPÉTENCES DÉVELOPPÉES PAR LA CRÉATION D’UN JOURNAL SCOLAIRE.
Ce projet de type interdisciplinaire permet de faire prendre conscience aux enfants et aux enseignants de la nécessaire transversalité de certains apprentissages, tant au niveau des opérations cognitives, qu’à celui de certains objectifs d’ordre méthodologique.

Il conduit aussi à travailler sur la dimension socio-affective, car les élèves sont amenés à exprimer leurs positions, à s’ouvrir à celles des autres et à vivre les conflits et la négociation.

D’autre part, il est certain que fabriquer un journal, le rédiger, l’imprimer, le vendre, l’échanger, c’est un excellent moyen de percevoir les problèmes de l’information, et d’exercer l’esprit critique face à ce qui est écrit.

COMPÉTENCES TRANSVERSALES

  • Construction de la personnalité : La création d’un journal scolaire donne un statut à l’élève et met en valeur son travail. Le journal, objet du groupe, cristallise les individus autour de son élaboration. Il est l’aboutissement d’une somme d’actions, d’expressions, d’analyses, d’initiatives individuelles et collectives. Il confère à l’expression de chacun, sa valeur de production à communiquer, à échanger.
  • Désir de connaître et envie d’apprendre : Le journal scolaire donne une motivation profonde aux élèves pour travailler, car leur production sera lue (ceci est d’autant plus vrai pour le site Internet qui peut être consulté par le monde entier). De plus, chercher des informations sur des thèmes variés a enfin un sens directement perceptible, puisque les recherches aboutissent à la rédaction d’un article.
  • Apprentissage de la vie sociale, écoute des autres : Lors des comités de rédaction, les enfants doivent s’exprimer les uns après les autres, enrichir les propos de leurs camarades. Ils affinent leur sensibilité en étant à l’écoute d’autrui. Le journal scolaire favorise la communication au sein de la classe.
  • Acquisitions de méthodes de travail : La production d’un journal scolaire conduit à la construction d’un projet avec répartition des tâches, élaboration de méthodes de travail et gestion du temps. L’écriture d’articles impose aux enfants l’apprentissage et le développement de certaines méthodes, notamment la prise de notes lors d’une interview, ou encore le travail autour de la mise en page.
  • Maîtrise d’outils techniques : Si les élèves ne savent pas utiliser un ordinateur, l’enseignant va tout d’abord les initier à son fonctionnement (clavier, souris, périphériques) et travailler sur le vocabulaire technique de l’informatique en français. Il s’agira ensuite d’effectuer la saisie et la mise en forme des articles sur un traitement de textes, d’insérer et de travailler des images, et de mettre en page le journal grâce à un logiciel de PAO qui permet un résultat graphique harmonieux, homogène et esthétique. Les élèves sont aussi amenés à utiliser l’imprimante ou la photocopieuse.

COMPÉTENCES LINGUISTIQUES

  • Pratique orale de la langue : Lors des interviews que l’élève va réaliser pour le journal, ou lors des comités de rédaction, il aura la possibilité de s’exercer à parler en public devant ses pairs. Cette compétence souvent négligée dans une pédagogie de type magistrale est très présente dans la réalisation d’un journal.
  • Lecture : Les élèves développent leurs compétences dans le domaine de la lecture : en effet, ils doivent choisir un livre, un journal, un article dans une bibliothèque en fonction du thème de leur article, et ce, afin d’obtenir de la matière. Lire et se repérer dans un corpus documentaire devient alors une compétence primordiale pour approfondir un sujet. Lors de recherches d’informations sur Internet, les élèves doivent mettre en place de nouvelles stratégies de lecture : en effet, la lecture linéaire sur Internet ne se révèle pas comme étant très efficace ; les enfants doivent apprendre à lire « en diagonale » pour trouver l’information pertinente recherchée.
  • Productions d’écrits : En tenant compte des contraintes orthographiques et syntaxiques, l’élève doit pouvoir relater un événement en variant le point de vue. Grâce au journal scolaire, les élèves apprennent à préparer un questionnaire (notamment pour une interview). Ils ont également l’opportunité de rédiger de façon simple et organisée, un compte-rendu de visite, d’exposé, de lecture et de structurer un texte par sa présentation (paragraphes, illustrations...), en ayant recours au traitement de textes. Ils améliorent leur vocabulaire en précisant leur pensée, et leur grammaire en effectuant des transformations de voies actives/passives..., en identifiant différents types de phrases : déclarative/interrogative. La réalisation d’un site Internet nécessite une autre vision du journal scolaire au niveau de sa présentation : non pas linéaire, mais pensée en terme de liens entre les articles pour que le résultat soit vivant et non pas statique.
  • Usage poétique de la langue : Les élèves peuvent être amenés à réaliser des créations poétiques après adoption libre de contraintes pour la rubrique « distraire ». La production prend alors tout son sens, puisqu’elle sera lue par un public.

L’élève :

  • choisit les idées qui conviennent au sujet.
  • répond à l’intention (informer, s’exprimer, convaincre, amuser) en sélectionnant les idées qui se rattachent le plus à ce qu’il veut dire
  • donne suffisamment d’informations (quantité)
  • donne des informations pertinentes (qualité)
  • utilise un vocabulaire précis et varié
  • organise ses idées
  • respecte le déroulement des faits
  • regroupe ses informations (ordre logique)
  • utilise les paragraphes
  • trouve un titre pertinent à son texte
  • formule une introduction et une conclusion
  • utilise les marques d’enchaînement entre les paragraphes

COMPÉTENCES DANS LE DOMAINE DE L’ÉDUCATION CIVIQUE.
Le journal scolaire favorise le développement de la citoyenneté :

  • Apprentissage d’attitudes « citoyennes »  : travailler en groupe, écouter les autres, savoir déléguer, attendre son tour, se positionner dans le groupe-classe, organiser des élections pour choisir un rédacteur en chef ou le nom du journal, prendre ses responsabilités vis-à-vis des délais fixés...
  • Développement du sens critique des élèves , qui apprennent à vérifier la fiabilité et la validité d’informations trouvées sur Internet et à analyser les différents éclairages d’un même événement. Lire et étudier des articles, des comptes-rendus, des éditoriaux, permet de confronter l’enfant à des points de vue différents et cela l’aide à découvrir et à comprendre ce qu’est une information (notion d’objectivité) et une opinion (notion de subjectivité). Ce travail est une étape dans sa formation de jeune citoyen.

INSERTION DANS UNE PÉDAGOGIE DE PROJET.

Définition de la pédagogie de projet :
Il s’agit d’une forme de pédagogie dans laquelle l’enfant est associé de manière contractuelle à l’élaboration de ses savoirs. Son moyen d’action est le programme d’activités, fondé sur les besoins et les intérêts des élèves et sur les ressources de l’environnement, et qui débouche sur une réalisation concrète (comme par exemple la création d’un journal scolaire).

La pédagogie s’appuie sur l’action. Pour les élèves, le but d’un projet est une production. Pour l’enseignant, cette production n’est en fait qu’un moyen d’atteindre des objectifs d’apprentissage. La mise en œuvre d’un projet suppose, en plus des compétences linguistiques et techniques traditionnelles, des exigences telles la répartition des tâches, la contractualisation du travail à réaliser, une gestion bien organisée et des concertations régulières entre les différents acteurs du projet.

Quelques exigences liées à la réalisation d’un projet avec les élèves :

  • Organisation : Un projet suppose une répartition des tâches, une gestion bien organisée et des concertations régulières.
  • Obligation d’information et de documentation : Une démarche de projet passe obligatoirement par des activités de résolution de problèmes et un tâtonnement.
  • Obligation de communication : Ici par exemple, présenter le journal scolaire à un public extérieur à l’établissement, à une date donnée dès le départ. Contractualisation du travail à réaliser.
  • Obligation de résultat : Pointer les apprentissages et les évaluer. Ici, par exemple, l’objet d’évaluation peut être l’écriture d’un texte en respectant des consignes claires et restrictives, lequel informera le lecteur par son contenu dans une langue correcte. L’enseignant corrigera le texte selon des critères connus des élèves : introduction, développement, conclusion ; utilisation d’un vocabulaire adéquat au thème exploité ; orthographe des mots courants et des règles de grammaire déterminées à l’avance et connues des élèves.

LES ÉTAPES DE LA CRÉATION D’UN JOURNAL SCOLAIRE PAPIER EN CLASSE

Quel que soit le type de journal produit, il y a des données à prévoir et à respecter :

  1. On doit tout d’abord définir un échéancier précis fixant la date de communication des sujets traités et/ou celle du dépôt des articles, celle de la réunion du comité de rédaction et/ou de la parution du journal.
  2. On doit ensuite banaliser des plages horaires durant lesquelles on travaillera pour le journal, ce qui n’empêchera pas les enfants d’y travailler aussi « à temps perdu ».
  3. À partir de là, la mise en place d’un comité de rédaction, le choix des sujets à traiter, la gestion générale du projet seront adaptés au produit à réaliser. Durant les plages horaires banalisées, les enfants travailleront en groupes au sein d’une même classe ou dans le cadre d’un décloisonnement indispensable les articles à proposer .
  4. À la date fixée, les articles seront remis au comité de rédaction.
  5. Les articles retenus devront alors être traités et mis en page par les enfants du comité de rédaction à partir là aussi de données étroitement liées aux moyens d’impression utilisés.(traitement de textes, PAO ...)

L’ÉTUDE DE LA PRESSE :
UNE APPROCHE PRÉALABLE INDISPENSABLE.

Pour que les élèves puissent à leur tour devenir créateurs, il faut absolument qu’ils apprennent à connaître le journal et ses contenus. Il s’agit pour eux de s’entraîner à le manipuler (arriver à « circuler » à travers les différentes rubriques, trouver un sens de lecture...), de repérer ses spécificités par rapport aux autres supports écrits, mais aussi de se familiariser avec ses contenus, que ce soit les images ou les textes.

  • Reconnaître le journal parmi d’autres supports écrits : Caractéristiques physiques et contenus des journaux.
  • Tri de textes :afin que les élèves distinguent la forme et l’objectif de différents écrits. Le maître distribue une douzaine de textes de genres divers et demande à ses élèves de les classer selon des critères non-directifs. Il leur explique qu’il n’est pas utile de tout lire pour effectuer le classement. Confrontation des résultats après une phase de recherche individuelle. Cet exercice a pour objectif de faire repérer aux élèves que des textes qui parlent d’un même thème n’ont pas forcément le même but : raconter un événement, inciter à faire, détendre, expliquer, convaincre..., ni la même forme : poésie, publicité, récit, BD, article de presse.
  • Analyse de différents éclairages d’un même événement :Il s’agit pour les élèves de comprendre qu’un événement n’est pas traité de la même manière suivant les journaux : il peut être mis à la Une, ou alors relégué dans une rubrique, ou encore ne pas apparaître du tout. Cette étape est très importante, car elle montre aux élèves qu’il ne faut pas analyser un évènement sur un seul journal, mais que pour comprendre le fonctionnement de l’information, il est indispensable de comparer les divers points de vue.
  • Apprentissage du langage journalistique :En parallèle avec l’exercice précédent, le maître peut initier ses élèves au jargon journalistique ; et ce de plusieurs manières : en optant de consacrer une séance entière à l’explication du vocabulaire, ou de façon moins formelle (que nous vous conseillons) lorsque le nouveau mot sera rencontré en situation dans la classe. Cette étape permet aux élèves de développer leurs compétences dans le domaine lexical.

DÉFINITION DU JOURNAL SCOLAIRE DANS SA SITUATION COMMUNICATIONNELLE.
Dans cette partie, nous avons souhaité lister toutes les questions auxquelles le maître et ses élèves doivent répondre avant de se lancer dans l’écriture même du journal. En réalité, il s’agit pour la classe d’imaginer son propre journal, avec toutes ses caractéristiques.
Qui est à l’origine du journal scolaire ?
Cette étape est très importante et peut être vécue de façon différente par les enfants suivant qu’ils sont à l’initiative du projet de journal scolaire ou qu’ils suivent simplement les indications de leur maître.

Comment s’organise l’équipe journalistique : le comité de rédaction.
Dans un premier temps, les élèves doivent se familiariser avec les définitions de postes des divers acteurs du journal.

Dans un deuxième temps, la classe doit mettre en place le comité de rédaction. L’enseignant ne doit pas se placer à un niveau supérieur par rapport à ses élèves ; au contraire, il doit être intégré dans l’équipe, ce qui favorise la communication. En effet, les rapports ne sont plus ceux d’un « maître supérieur qui sait tout » avec ses élèves, mais ceux d’un maître qui se met à la portée, au même niveau que les enfants.

L’attribution des tâches ne doit pas être définitive, et il est important qu’un roulement s’opère au cours des différents numéros pour que les élèves puissent s’exercer à plusieurs aspects du métier, et ce, selon leurs compétences. C’est-à-dire qu’un enfant doué pour l’expression orale aura peut-être tout d’abord la charge de mener une interview, mais dans un deuxième temps, il devra laisser la place à un de ses camarades, qui pourra alors s’entraîner à cet exercice.

Le rédacteur en chef peut être élu par ses camarades de classe, un peu à la manière des délégués. Puis les autres postes seront distribués selon les desiderata de chacun. Cette étape donne aux élèves l’occasion d’agir en véritables citoyens : ils doivent écouter les autres, attendre leur tour de parole et se positionner dans la communauté de leur classe.

Détermination de la cible : pour qui écrit-on ?
Un journal scolaire a des destinataires divers : il peut rester interne à la classe ou à l’école, ou alors s’adresser aux proches de l’école (parents, amis...), ou encore à d’autres écoles (dans le cadre d’une correspondance).
Une fois la cible déterminée, les élèves devront réfléchir aux attentes de cette dernière afin de satisfaire leur lectorat. L’étude préalable de la presse les aura préparés à cette étape :
en effet, ils auront pu remarquer comment le titre, la maquette, les rubriques et les illustrations contribuent à attirer tel ou tel type de lecteurs.

Choix des rubriques : quel contenu ?
Le choix est orienté par les attentes que peuvent avoir les lecteurs vis-à-vis du journal. Les élèves vont donc devoir, d’une part, tenir compte de la cible choisie, et d’autre part, de leurs propres goûts. Cependant, les sujets traités correspondent en général aux trois grandes catégories que l’on trouve dans tout journal : information, distraction et services.
Soit les sujets ne sont pas habituels et amènent les élèves à développer leur esprit critique et leur goût de la recherche ; ils deviennent alors actifs par rapport à des sujets actuels, de société, et acquièrent de nouvelles notions en les faisant partager à autrui. Soit les thèmes choisis leur sont plus familiers et leur tiennent plus particulièrement à coeur : les élèves réinvestissent alors des connaissances acquises.

Choix du nom : création d’une identité.
Comme dans une agence de publicité, les élèves recherchent un nom percutant pour leur journal, grâce à la technique du « brainstorming » (séance de remue-méninges) :
chacun va laisser libre cours à sa créativité, sans aucune limitation afin d’obtenir le plus d’idées possible, puis les élèves votent parmi les noms proposés pour finalement n’en garder plus qu’un seul.

Choix de la périodicité et du format.
Du numéro unique à la périodicité trimestrielle, mensuelle ou hebdomadaire.

L’ÉCRITURE DES ARTICLES

Répartition des rôles
Les élèves se répartissent par groupes (ou peuvent aussi travailler individuellement) en fonction des rubriques choisies. Ils se trouvent donc en situation de communication à l’intérieur de cette organisation à gestion coopérative.
Le maître veille à l’alternance de groupes affectifs (réunion d’amis), avec des groupes de besoins (des « forts » avec des plus « faibles ») et des groupes d’intérêt (enfants réunis par l’attrait d’un sujet).

Caractéristiques des différents types d’articles
De simple recueil de textes libres d’enfants à l’origine, le journal scolaire s’est vite étoffé d’une multitude de rubriques le faisant de plus en plus ressembler aux périodiques des adultes.
Par la rédaction d’articles qui seront insérés dans le journal scolaire, la production d’écrits des élèves prend un tout autre sens. En effet, les enfants n’écrivent plus pour « faire plaisir » à leur maître, mais pour informer leurs lecteurs : le journal a donc une fonction d’écrit social, ce qui est très motivant pour les enfants.
Cette phase d’écriture permet l’application d’une pédagogie différenciée, puisque chaque enfant a la possibilité de travailler en suivant son propre rythme, tout en gardant en tête la date butoir de remise des articles aux chefs de rubriques pour ensuite lancer la publication.

Les textes d’un journal scolaire peuvent être classés de la sorte :

  • Textes à caractère expressif : Message personnel, récit de voyage, critique de livre ou de spectacle, lettre ouverte…
  • Textes à caractère incitatif : Recette, message publicitaire, mode d’emploi, petite annonce…
  • Textes à caractère informatif : Reportage, compte-rendu d’une visite, d’un événement, fait d’actualité, enquête, sondage, interview..
  • Textes à caractère poétique ou ludique : Chanson, charades et jeux, conte, poème, blague…

Caractéristiques de l’écriture journalistique :
Quelques règles doivent être connues des élèves :

  • Ce qui est proche touche plus que ce qui est lointain, que le passé intéresse moins que le présent.
  • Chaque phrase doit contenir une information et chaque article un message.
  • Il faut retenir et hiérarchiser les informations et éliminer l’accessoire. (Excellent travail de résumé et d’aide à l’étude des leçons)
  • L’article à présenter doit répondre à la règle des Qui ? Quoi ? Quand ? Où ? Pourquoi ?
  • Le reportage montre, l’enquête démontre.
  • Les mots doivent être usuels, précis, courts, concrets et chargés d’informations.
  • Il faut éviter les adverbes et les redondances, employer des verbes pour dynamiser, éviter les auxiliaires et utiliser le présent le plus souvent possible.
  • Il faut privilégier les phrases courtes (sujet, verbe, complément) ne dépassant pas la capacité de mémorisation qui est de 12 mots.
  • L’article doit être relu à haute voix à un autre élève afin de supprimer tout ce qui n’est pas informatif.

LA MAQUETTE DU JOURNAL.
Mettre en page, c’est composer la page, la construire en recherchant un équilibre visuel, avec un objectif : susciter et faciliter la lecture.
Comme dans une photographie, la composition apporte une partie du sens.
Quelques bases de la typographie :
Parce qu’il faut d’abord accrocher et séduire le lecteur, puis le conserver en lui facilitant la lecture et la circulation dans le journal, chaque titre développe des stratégies typographiques qui lui sont propres. Les « lois » typographiques ne sont donc pas intangibles, loin de là ! Leur mise en oeuvre dépend fondamentalement du lecteur visé.

D’une façon générale :

  • On n’utilisera les caractères fantaisie que dans les titres. Leur rôle est de capter l’attention et de la diriger sur l’essentiel.
  • On limitera l’emploi de l’italique aux citations, aux notes, aux légendes..., par contraste avec le romain du texte.
  • Le gras servira à mettre en valeur, à renforcer et à souligner
  • Les capitales, plus délicates à déchiffrer, ne composeront que les noms propres et la première lettre de la phrase, éventuellement un titre...
  • On évitera le soulignement, car il gêne la lecture en coupant les hampes inférieures des lettres.
  • La taille des caractères définira la hiérarchie des informations : on peut choisir deux ou trois tailles pour les différents niveaux de titres. Au-delà, l’effet de contraste disparaît.
  • Le texte sera composé en corps 9 à 12.
  • Le texte justifié est celui qui facilite le plus la lecture, car l’oeil effectue un mouvement régulier qui évite toute distraction et renforce l’attention sur le texte à lire. -* Pour éviter les blancs dans le texte, il ne faudra pas oublier, dans votre logiciel, d’activer la coupure des mots.
  • Pour éviter qu’une certaine monotonie ne s’instaure, il faudra penser à prévoir des ruptures : intertitres, images, encadré...

L’essentiel consiste finalement à définir votre propre charte typographique et à vous y tenir. Quels que soient vos choix, faites en sorte de privilégier la simplicité, la cohérence et la permanence.

Travail sur l’architecture des journaux professionnels :
Il s’agira de faire trouver aux élèves les différentes parties « extérieures » du journal, en même temps qu’ils acquerront le vocabulaire spécifique de la presse : Logo, nom, gros titres, sommaire, éditorial, etc.
Dans un deuxième temps, les élèves se familiariseront avec la structure des publications : rubriques, sujets, photos, images, position dans le journal, en reconstituant par exemple des puzzles : puzzles de « Une », puzzles de pages, avec ou sans intrus ou bien en classant des titres, des rubriques,...

LA SAISIE INFORMATIQUE DES ARTICLES
Depuis l’imprimerie en plomb et le limographe, l’évolution des techniques d’impression a favorisé le développement des journaux scolaires.

Si les élèves ne savent pas utiliser un ordinateur, l’enseignant va tout d’abord les initier à son fonctionnement : clavier, souris, formatage des disquettes, saisie d’articles sur un traitement de textes... puis insertion dans un logiciel de PAO (de type Publisher) afin de mettre en page le journal.
Contrairement à ce que l’on entend souvent, l’informatique ne tue pas la communication : au contraire, la saisie informatique dans une classe constitue un moment d’échanges intenses entre les élèves.

Nécessité d’une découverte préliminaire de l’ordinateur
On ne peut bien évidemment pas lâcher directement les enfants sur les ordinateurs avec leur journal à éditer. Il faut d’abord qu’ils aient acquis un minimum de connaissances et d’automatismes sur le fonctionnement de l’ordinateur et des différents logiciels qu’ils seront amenés à utiliser.
La découverte de l’ordinateur peut-être programmée sur trois ou quatre séances : présentation de la machine et de son fonctionnement, mise en route des logiciels, découverte des différentes touches du clavier et de leur(s) fonction(s), manipulation de la souris, petits exercices de mise en page d’un document avec un traitement de texte.

Pour rédiger le journal de classe.
Le traitement de texte est un outil qui doit faciliter énormément la tâche du rédacteur du point de vue de la rapidité, de la facilité et des possibilités plus importantes. On pourra malgré tout regretter l’aspect manipulatoire et technique qu’avait l’imprimerie qu’utilisaient les élèves de Freinet pour publier les journaux scolaires.
Le texte est « entré »dans la machine par l’intermédiaire du clavier. Le document en mémoire peut être corrigé ou modifié à tout moment : il est facile d’effacer, d’insérer, de déplacer des caractères, des mots, des paragraphes, etc. On peut après ou pendant la saisie du texte, le mettre en page ou en forme : définition des marges, centrage des titres, alignement des débuts et des fins de lignes, retraits de paragraphes, choix de différentes polices et de tailles de caractères, choix de paramètres attribués aux caractères : gras, souligné, italique, etc.
En ce qui concerne la façon d’utiliser le traitement de texte en classe, on n’exploite pas toujours assez ses possibilités dans le domaine de la production d’écrits. En effet, la plupart du temps les textes sont rédigés à la main, puis simplement recopiés à l’aide du traitement de texte. Les modifications se résument alors principalement à la correction de fautes d’orthographe, et d’erreurs de syntaxe. La possibilité de reprendre ses phrases, de les reformuler, d’ajouter des mots, des subordonnées, d’insérer ou de supprimer des lignes dans un paragraphe, pour avoir quand même au bout du compte un travail bien présenté, est ainsi fortement occultée.
L’utilisation seule du traitement de texte doit déjà permettre d’acquérir une bonne autonomie sur l’ordinateur puisque l’élève devrait avoir acquis outre les compétences relatives à l’utilisation d’un traitement de texte, des compétences sur le fonctionnement général d’un ordinateur (allumer, éteindre, lancer un logiciel, sauvegarder, imprimer...).

Un logiciel de publication assistée par ordinateur pour la mise en page.
Le logiciel de publication est complémentaire au traitement de texte. Pourtant beaucoup, par manque de temps ou parce qu’ils ne possèdent pas de logiciel de ce type, arrêtent là le travail sur l’ordinateur. La mise en page se fait alors par découpage des articles édités avec le traitement de texte puis imprimés. Ils sont disposés sur une page blanche avec les titres et les images ou illustrations, puis le tout est photocopié pour obtenir le document final.
Si cette méthode a le mérite d’être assez rapide, c’est surtout l’enseignant qui prend en main la dernière étape. Les enfants participent donc peu à la mise en page. L’avantage d’utiliser un logiciel de publication est d’une part de responsabiliser l’élève jusqu’au bout à la production de sa page, et d’autre part d’obtenir un document mieux fini, plus « professionnel ».
La particularité d’un logiciel tel que Openoffice.org Dessin ou Publisher est de permettre de créer différents cadres, dans lesquels il est possible de taper du texte, d’en importer d’un traitement de texte, d’insérer des images, des titres. Tous ces cadres peuvent être à volonté modifiés et déplacés. Certaines fonctions spéciales permettent des présentations originales comme la déformation des titres, l’encadrement personnalisé des textes, etc.
Le logiciel de publication assistée par ordinateur permet donc d’aller plus loin dans la mise en page. L’enfant peut ainsi réaliser un travail de rédaction complet, et le journal gagne en qualité de présentation.

On n’imprime pas seulement un produit fini
Bien évidemment, l’imprimante permet d’éditer sur papier la production finale. Ce sont d’ailleurs ses performances, associées à celles du traitement de texte qui vont conditionner l’aspect du document final.
Malgré tout, son rôle ne se cantonne pas là. En effet, on a généralement du mal à juger d’une présentation uniquement sur l’écran de l’ordinateur. Il faut donc imprimer un essai pour se rendre vraiment compte des problèmes ou des réussites. Sur le document imprimé, on découvre souvent des fautes qui nous avaient échappées sur l’ordinateur. Il faut fréquemment compter deux à trois impressions pour essai, avant de pouvoir sortir la page finale.
L’imprimante n’est donc pas seulement l’outil indispensable pour éditer le journal, mais aussi celui qui permet de travailler à l’amélioration de sa mise en page.

LA DISTRIBUTION DU JOURNAL
Quel que soit le mode de diffusion des journaux, cette étape est très importante pour les élèves, car elle leur permet d’être en contact avec leurs lecteurs. De plus, les enfants sont généralement très fiers de pouvoir exposer le fruit de leur travail : ainsi, le journal scolaire donne tout son sens aux productions écrites de la semaine, du trimestre ou de l’année. Il leur donne un statut de citoyen, au sens d’acteur de la vie de la cité.

PLACE DE LA CRITIQUE DES LECTEURS
Les critiques des lecteurs qui n’ont pas participé à l’élaboration du journal permettent l’évaluation de la production. Les élèves peuvent ensuite réguler, modifier, remettre en question et améliorer les aspects du journal afin de donner satisfaction aux lecteurs. Il s’agit donc d’un outil d’amélioration de la production.
La critique peut se faire de vive voix dans différentes occasions, et, entre autres, par interview. L’avis des lecteurs peut également être sollicité par écrit sous forme de lettre au comité de rédaction, de boîte à idées mise à disposition, de courrier des lecteurs, d’enquête ou de sondage.

RÉFÉRENCES

Outils et fiches pratiques

  • S’il ne fallait consulter qu’un site de référence : Site du CLEMI : Centre de Liaison de l’Enseignement et des Médias d’Information http://www.clemi.org/. Outils en ligne :
    • des fiches pédagogiques pour analyser les médias en classe avec vos élèves
    • des conférences de spécialistes et des articles publiés dans des revues pédagogiques
    • un panorama des principaux groupes de presse en France
    • un glossaire de la presse
    • une bibliographie
    • un texte pour travailler sur le jargon des journalistes
    • des outils pour analyser la Une des quotidiens et la source des informations
  • Réaliser un journal : Séquences pédagogiques http://www.presse.ac-versailles.fr/.
  • Omar-le-Chéri, la Cyber-école de journalisme des jeunes de la Méditerranée http://www.omarlecheri.net/.
  • Réflexions, analyses et démarches pédagogiques sur l’élaboration d’un journal en classe http://members.aol.com/magaliburgni....

2 Messages

  • Réaliser un journal en classe de FLE Le 31 août 2009 à 20:27, par mustafa

    bonjour,
    je suis très satisfait de pouvoir d’abord trouver ce site car il fourmille de mille et un sujets pouvant servir les enseignants du fle.ensuite je trouve que les éléments concernant l’élaboration d’un journal de classe présentés vont me servir dans la mesure où moi mê me je suis professeur de français au collège et dans le programme des classes que je dirige il est question d’éducation aux médias et notre projet pédagogique du prmeier semestre est produire un journal de classe.encore une fois pour bravo pour l’aide

    repondre message

  • Réaliser un journal en classe de FLE Le 2 août 2011 à 12:53

    Votre article est très intéressant mais les liens dans la rubrique ’Références’ sont brisés. Pourriez-vous mettre à jour cette partie de l’article ? Merci beaucoup.

    repondre message

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