Problèmes de prononciation du français par des locuteurs coréens

lundi 20 septembre 2004 , par Christian Houlez
 
L’alphabet coréen s’appelle le hangeul (한글) et fut créé de manière scientifique (les scientifiques de l’époque se basèrent sur la positon de la langue dans la bouche pour en faire une “représentation graphique”) sous l’égide du roi Sejeong en 1443 pour palier un manque : l’absence d’alphabet typiquement coréen. Car en ce temps, seule l’écriture chinoise était en vigueur au sein de la noblesse coréenne, et aucun véritable système d’écriture n’existait pour le peuple.

Avertissement : Ce document fait appel à différentes polices de caractères qui ne sont pas présentes par défaut sous Windows. Il vous faudra donc installer une police correspondant à l’Alphabet Phonétique International, ainsi qu’une police pour l’alphabet coréen (pack langues asiatiques). Néanmoins, même ainsi, certains problèmes peuvent subsister avec Internet Explorer. Nous vous invitons à utiliser un navigateur plus efficace tel Firefox, gratuit. N’hésitez pas à nous communiquer ce que vous avez fait pour que la page s’affiche correctement, nous en publierons une synthèse. Utilisateurs de Mac, vous ne devriez rencontrer aucun problème.

L’alphabet coréen est donc composé de 10 voyelles de base (et de 11 voyelles composées) et de 14 consonnes (ainsi que de 5 consonnes doubles et de 11 groupes de consonnes). Il dispose donc de 51 lettres qui sont ensuite assemblées les unes aux autres sous forme de syllables, selon l’agencement suivant : CV ou CVC. À la différence du français, le coréen n’est pas une écriture linéaire à propement parlée, mais s’inscrit plutôt dans des carrés virtuels qui se suivent.

Pendant plusieurs années plusieurs systèmes de transcription, avec des différences notables, ont coexisté. Finalement, en juillet 2000, un nouveau système officiel a été élaboré.

Les voyelles

Comme nous l’avons dit, le hangeul se compose de 10 voyelles de base et de 11 voyelles composées.

Les voyelles de base sont :

ㅏ ㅓ ㅗ ㅜ ㅡ ㅣ ㅐ ㅔ ㅚ ㅟ

L’astérisque indique que c’est le son qui se rapproche le plus du son original.

s’écrit se prononce se transcrit
[a] (bas) a
[ɔ] (comme) eo
[o] (eau) o
[u] (tout) u
[ə]/[ø]* (de)* eu
[i] (ici) i
[ɛ] (tête, fait) ae
[e] (et, été) e
/oi/ (huer)* oi
/wi/ (oui) wi

Remarque : À l’heure actuelle, les lettres ㅐ et ㅔ, bien que distinctes, se prononcent de la même manière [ɛ].

De ce premier tableau, on peut donc déduire un certain nombre de fautes phonétiques possibles :

 les nasales  [tilde ɑ], [tilde ɛ], [tilde ɔ], [tilde œ] 
le son [e]
le son [œ]
le son [y]

Les voyelles composées sont :

ㅑ ㅕ ㅛ ㅠ ㅒ ㅖ ㅘ ㅙ ㅝ ㅞ ㅢ

s’écrit se prononce se transcrit
[ja] (billard) ya
[jɔ] (brioche) yeo
[jo] (yod) yo
[ju] (caillou) yu
[jɛ] (bre) yae
[je] (levier) ye
[wa] (noir) wa
[wɛ] (ouais, web) wae
[wɔ] (word en anglais*) weo
[we] (oué*) we
[œi]* (œil*) eui

Tableau récapitulatif des voyelles coréennes et françaises :

Voyelles françaises Voyelles coréennes Voyelles absentes dans le coréen
 [i]  ㅣ  
 [y]   X 
 [u]  ㅜ  
 [e]  ㅔ  
 [ø]/[ə]  ㅡ *  similaire * 
 [o]  ㅗ  
 [ɛ]  ㅐ  
 [œ]   X 
 [ɔ]  ㅓ  
 [a]  ㅏ  
 [tilde ɛ]   X 
 [tilde œ]   X 
 [tilde ɔ]   X 
 [tilde ɑ]   X 

À partir de ce tableau, nous pouvons constater que les sons [y], [œ], [tilde ɛ], [tilde œ], [tilde ɔ] et [tilde ɑ] n’existent pas en coréen. Bien que, les sons [e] et [ɛ] existent et soient distinctifs (en principe) en coréen, il faut dire que la plupart des jeunes coréens ne fait aucune différence entre les deux sons, et tend à les prononcer de manière identique : [ɛ]. Par ailleurs, le [ø] et le [ə] n’existe pas réellement en coréen, mais la voyelle ㅡ s’en rapproche assez (suffisamment pour ne pas être une source de faute phonémique).

Les consonnes

Comme nous l’avons dit, le hangeul se compose de 14 consonnes de base et de 5 consonnes doubles.

Les consonnes de base sont :

ㄱ ㄴ ㄷ ㄹ ㅁ ㅂ ㅅ ㅇ ㅈ ㅊ ㅋ ㅌ ㅍ ㅎ

À la différence du français, l’opposition consonne sourde - consonne sonore ne constitue pas un trait distinctif. La différence entre le /p/ et le /b/ dépendra de sa place dans le mot.

s’écrit se prononce se transcrit
/k/ et /g/ k et g
/n/ n
/t/ et /d/ t et d
/r/ et /l/ r et l
/m/ m
/p/ et /b/ p et b
/s/ et /ʃ/ s
/ᵑ/ ng (finale)
/dj/ j
/tch/ ch
/k/ soufflé k
/t/ soufflé t
/p/ soufflé p
/h/ aspiré h

Les consonnes doubles sont :

ㄲ ㄸ ㅃ ㅆ ㅉ

s’écrit se prononce se transcrit
/k/ kk
/t/ tt
/p/ pp
/s/ ss
/tch/ jj

Tableau récapitulatif des consonnes françaises et coréennes

Consonnes françaises Consonnes coréennes Consonnes absentes dans le coréen
[p] / [b]
[t] / [d]
[k] / [g]
[f] X
[v] X
[s]
[z] X
[ʃ] (1)
[ʒ] X
[l] / [R] (2)
[m]
[n]
[ɲ] (3)

1) Remarque en ce qui concerne les sons [s] et [ʃ] en coréen : le “s” + “a” se prononce “ça”, le “s” + “o” se prononce “so”, le “s” + “ou” se prononce “sou”, MAIS le “s” + “I” se prononce “chi”. Ainsi, bien que la consonne [ʃ] ne possède pas une écriture propre, le son n’est pas inconnu des Coréens.

2) Le [R] existe en coréen, mais il est plutôt roulé. Il n’existe pas en finale ; il se prononce alors [l].

3) De la même manière, la consonne [ɲ] n’existe pas en coréen, MAIS sera correctement prononcé (en général), grâce à l’association du “n” et des voyelles composées (“ya, yo, yu,...”).

Donc, les consonnes qui poseront surtout des difficultés sont : le [f] , le [v], le [z], et le [ʒ] .

Récapitulons

Liste des voyelles à problème : [y], [œ], [tilde ɛ], [tilde œ], [tilde ɔ] et [tilde ɑ]. Ne pas oublier le [e] qui peut poser des problèmes Liste des consonnes à problème : le [f], le [v], le [z], et le [ʒ] . Par ailleurs, la combinaison du “s” + “i” donnant toujours le son “chi” pose toujours des problèmes en français (au lieu de dire “monsieur”, un locuteur coréen aura tendance à dire “monchieur”). Le coréen étant un langue basée sur la syllabe du style CV ou CVC, tout locuteur coréen rencontrant un suite consonnantique aura des problèmes de prononciation (apparition d’une voyelle intercalaire, le [ø]/[ə] ). Le [R] final sera aussi source de problème (mais facilement corrigeable)

QUELQUES PROPOSITIONS DE CORRECTION

  Prononcer doucement le son dans un contexte (mot, phrase) => oblige l’apprenant à se concentrer
  Tenir plus longtemps le son problématique, car son allongement suffit souvent pour qu’il soit mieux perçu
  Mettre le son fautif dans un contexte propice

Prononciation fautive Correction
 [y]  Sommet d’intensité (exclamation) ; sommet de hauteur (question) ; contexte avec [t] ou [p] ( + [y] ) 
 [œ]  Intonation descendante (fin d’une énonciative) ; contexte avec les consonnes suivantes : [b], [m] et [R] (+[œ] ) 
 [tilde ɛ], [tilde œ], [tild ɔ] et [tilde ɑ]  Allongement de la voyelle nasale pour une meilleure perception du timbre. Nasalisation de la voyelle en l’entourant des consonnes nasales [n] ou [m], que l’on supprime progressivement. Accentuation des caractères aigu et grave des voyelles nasales, soit en fin de mouvement intonatif montant pour le [tilde ɛ], et en fin de mouvement intonatif descendant pour le [tild ɑ] , par exemple. 
 [e]  Sommet d’intensité (exclamation) ; sommet de hauteur (question) ; contexte avec [t] ou [p] ( + [e] ) 
 [f]  Allongement de la consonne. Utilisation de voyelle aigue, sommet de hauteur, sommet d’intensité. 
 [v]  Allongement de la consonne. Utilisation de voyelle grave, intonation descendante, en position finale. 
 [z]  Position intervocalique /rézo/ ; intonation descendante 
 [ʃ]  Commencer à partir du son /chi/ (existant en coréen), pour l’ “isoler” et le réutiliser avec les autres voyelles. 
 [ʒ]  Position finale : /âge/ ; allonger le son ; position intervocalique /nageons/ 
 [R]  En position finale, le remplacer par [g] et le prononcer TRÈS doucement. Allonger le son en final. 

Prononciation du coréen
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