Le souci de cette communication est d’évaluer l’enseignement de la littérature dans la classe de Français Langue Etrangère (FLE) spécifiquement à l’université d’Ibadan, Nigeria. Avant de commencer, une question se pose : qu’est-ce qu’il faut enseigner dans la classe de littérature africaine d’expression française ? La langue ou la littérature ? Cette discussion semble nous retourner à la lutte de suprématie qui a eu lieu entre les linguistes et les littéraires, mais nous ne voudrions pas nous mêler dans cette lutte inutile. Je l’ai déjà précisé quelque part que les linguistes et les littéraires se complètent l’un de l’autre. Spencer (1964 :4) fait référence à Enkivist qui condamne la rivalité entre les pratiquants de langue et les littéraires. Il dit que les linguistes se rivalisent toujours avec les littéraires. Ce qui est condamnable.
Les recherches ont démontré que les littéraires et les linguistes ont beaucoup de choses en commun. Helen Vendle (1982 :7) maintient que les linguistes peuvent aider les littéraires dans la compréhension de textes poétiques. Carter (1982 :8) préconise une entente parfaite entre les linguistes et les littéraires.
| If there is to be an effective marriage between the partners of language and literature, then each partner must fully understand and appreciate as far as possible the concerns, the techniques and the principles of the other. |
Si nous devons avoir un mariage efficace entre les partenaires de langue et de littérature, donc chaque partenaire doit bien comprendre et apprécier autant que possible les soucis, les techniques et les principes de l’autre.
Notre préoccupation dans cette communication est de préciser ce qu’un professeur de littérature doit enseigner dans la classe des étudiants anglophones apprenant le français. Donc, qu’est-ce que c’est la littérature ? La littérature a beaucoup de définitions. Certains définissent la littérature comme une œuvre d’imagination provoquée par une réalité. On définit la littérature comme toute chose imprimée. On la définit aussi comme un miroir de la société. Pourquoi enseigne la littérature ? On enseigne la littérature pour le but didactique, le but de divertissement, pour l’enseignement de moral et elle est domaine de spécialité académique. Selon Roland Carter et Michael Long (1991 :2), il existe trois modèles principaux pour l’enseignement de la littérature à savoir, le modèle culturel, le modèle langagier et le modèle de développement personnel.
Le modèle culturel permet aux étudiants de comprendre mieux le contexte culturel où le texte est situé. Ils comprendront aussi la culture et les idéologies différentes de l’œuvre à étudier. Le modèle langagier est une approche qui met l’accent sur la langue plus que la littérature. Ici, le professeur cherche à enseigner aux étudiants l’emploi linguistique. Roland Carter et al (1992 :2) dit que :
| ….a main impulse of language-centred literature teaching is to help students find ways into a text in a methodical way and for themselves. The proponents of this model argue that language is the literary medium, that literature is made from language and that the more student can read in and through language the better able they will be to come to terms with a literary text as literature. |
…l’impulse principal d’un enseignement littéraire centre sur la langue est pour aider les étudiants découvrir la voie d’une manière méthodique à un texte et pour eux-mêmes. Les préconiseurs de ce modèle disent que la langue est le moyen littéraire, que la littérature est faite du langage.
Avec le modèle de développement personnel, le professeur aide l’étudiant à accomplir la lecture du texte littéraire. Le professeur encourage l’étudiant à lire le texte le texte littéraire pour le plaisir même en dehors de la classe. Ronald Carter (1991 :3) maintient que :
| Helping students to read literature more effectively is helping them to grow as individuals as well as in their relationships with the people and institution around them. |
Aider les étudiants à lire la littérature plus efficacement c’est les aider à développer comme individus et c’est développer leurs relations avec les gens et les institutions qui les entourent.
Pour encourager les étudiants à développer, le professeur doit stimuler et motiver les étudiants dans la classe de littérature. Il faut choisir les textes auxquels les étudiants peuvent bien répondre et auxquels ils peuvent participer créativement.
Enseigner la littérature dans la classe de FLE est une double activité. L’enseignant se trouve face à la tache de la compétence linguistique des apprenants. Il doit assurer que les étudiants /apprenants possèdent des bagages linguistiques nécessaires pour la lecture d’un texte. Aujourd’hui, on emploie la méthode communicative pour l’enseignement du FLE qui vise à la compétence orale et a la compétence écrite. La compétence comprend : l’expression orale (EO), la compréhension orale (CO), l’expression écrite (EE) et la compréhension écrite (CE). Peut-on assurer ces quatre compétences dans la classe de littérature ?
Il est nécessaire, de prime abord, de déterminer la compétence linguistique de l’étudiant. Nous voudrions considérer trois niveaux possibles où les étudiants/apprenants peuvent se classifier : le niveau débutant, le niveau intermédiaire et le niveau avancé. Povey (1972) cité par Bukoye Arowolo (1990) dit que l’étude littéraire contribue au développement de la compétence linguistique des apprenants. Elle aide les apprenants à acquérir des vocabulaires et de nombreuses expressions, des usages structuraux et ils peuvent maîtriser leur usage dans leur propre communication.
Il nous faut considérer les trois étapes différentes vis - à –vis la méthode proposée.
Niveau débutant :
À ce niveau, l’apprenant n’a pas encore assez de bagage linguistique en français. Par exemple, à l’université d’Ibadan on admet les étudiants comme tabula rase, sans aucune connaissance de français, on n’enseigne pas la littérature en première année. L’enseignement de la littérature commence en deuxième année. Les étudiants ne lisent que de simples et intéressants extraits tirés des poèmes, contes, fables et des romans. D’habitude c’est une classe de langue, de la lecture, de la compréhension écrite et orale et des discussions. Ici, il s’agit d’une combinaison des approches d’enseignement : traditionnelle et communicative. L’enseignement est centré sur le professeur et les apprenants/ étudiants parce que le professeur identifie et explique les thèmes de texte choisi, les vocabulaires en anglais même en langue maternelle des apprenants (au cas des élèves des écoles secondaires). En expliquant les thèmes, le professeur fait référence aux parties du roman, du poème et du drame choisis. Il explique aussi le contexte culturel du texte. Les étudiants sont faits parler en leur demandant de choisir un personnage préféré, décrire le personnage et dire pourquoi ils l’aiment. Les étudiants peuvent être demandes de faire une liste de certains mots rencontrés dans le texte. Le texte choisi doit être intéressant, simple, facile à comprendre et doit être disponible. Par exemple Le Témoin et Olurombi de Tunde Ajiboye, Les contes nigérians d’Emmanuel Adeniyi, L’arbre fétiche de Jean Pliya.
Le niveau intermédiaire :
Les étudiants apprenants ont acquis quelques éléments de français fondamental. Ils peuvent lire et comprendre les extraits avec peu de supervision de la part de l’enseignant. La lecture est toujours indispensable à ce niveau. Les étudiants sont demandes à lire les extraits ou les poèmes en classe pour permettre au professeur de faire les corrections de prononciation. Puisque les extraits ne sont pas longs, les textes peuvent être lus rapidement par les étudiants à deux ou trois reprises. Le professeur corrige les étudiants qui lisent mal avec des gestes, des intonations et des accents corrects. Après tout ceci, on peut faire l’analyse grammaticale du texte en demandant aux étudiants d’étudier le texte : le niveau de langue (familier, courant, soutenu). La structure syntaxique du texte sera aussi étudiée et les étudiants seront demandés d’identifier de différentes structures syntaxiques dans le texte : les phrases simples, composées et complexes.
Le professeur peut donc passer à la compréhension minutieuse du texte. Les étudiants peuvent être demandés de le résumer oralement en notant les idées maîtresses et secondaires. Discussion sera provoquée, les thèmes, les personnages et leurs actions seront discutés. Les étudiants peuvent discuter les apparences physiques, les actions et les comportements des personnages. Ici, l’enseignement est centre plus sur les étudiants que sur le professeur, car ils prennent déjà la parole et développent leurs compétences orale et écrite.
Pour terminer le cours, le professeur explique en détail l’époque, l’arrière-plan historique et culturel de l’extrait (le texte) il dit aux étudiants d’où il a tiré les extraits. On peut tirer des extraits des ouvrages suivants : L’enfant noir de Camara Laye, Les Bouts de bois de Dieu, Le Mandat et Xala de Sembène Ousmane, Une si longue lettre de Mariama Bâ, La secrétaire particulière de Jean Pliya, Coups de pilon de David Diop sont de textes simples pour cet exercice. Le professeur profite de cette occasion pour résumer le roman, le drame ou le poème tout entier.
Le niveau avancé :
À ce niveau, la compétence linguistique des étudiants est déjà remarquable. Ils peuvent lire et comprendre les textes littéraires sans supervision de leur professeur. Ici, les étudiants sont demandés à lire les textes littéraires complets non pas les extraits. La lecture dans la classe n’est pas nécessaire. Cependant, le professeur peut décider de faire lire une partie du roman en classe pour mieux illustrer un point ou des points de vue. Il discute et interprète les thèmes du texte choisi. À ce niveau, le français devient la langue d’expression. Le professeur n’enseigne pas seulement la langue et les vocabulaires, il enseigne aussi le style de l’auteur. Il encourage les étudiants à faire sortir les éléments littéraires employés par l’auteur. Les figures de mots comme métaphore, comparaison, personnification, hyperbole sont à identifier et à expliquer. Le professeur peut aussi étudier la langue du texte par rapport au contexte. Les textes à étudier doivent être disponibles et faciles à comprendre. On peut choisir parmi les ouvrages suivants : Le vieux nègre et la médaille, Une vie de boy de Ferdinand Oyono ; Les Bouts de bois de Dieu, Le Mandat et Xala de Sembène Ousmane, C’est le soleil qui m’a brûlée de Calixte Beyala, les pièces théâtrales comme Trois prétendants…un mari d’Oyono Mbia, La secrétaire particulière de Jean Pliya, L’exil d’Albouri de Charles Nokan, etc.
Vers la fin de ce niveau, l’enseignement de la littérature dépasse l’acquisition linguistique. La compétence linguistique de l’étudiant n’est plus en doute. L’apprenant trouve l’explication de textes voire l’analyse littéraire moins difficile grâce à son acquis linguistique. Le travail en groupe sera encouragé. Les étudiants sont divisés en groupes. Les sujets sont distribués et les étudiants préparent et présentent les exposés. Les étudiants écrivent sur les thèmes et le style de l’ouvrage choisi. La préoccupation des étudiants à ce niveau est de savoir « le quoi » c’est-à-dire les thèmes (le fond/le contenu) et « le comment » (la forme ou le style du texte).
Pour sa simplicité, nous avons choisi le poème « le temps du martyr » tiré de Coups de pilon de David Diop pour notre illustration pratique.
« Le temps du martyr » de David Diop.
Le Blanc a tué mon père
Mon père était fier
Le Blanc a violé ma mère
Ma mère était belle
Le Blanc a courbé mon frère sous le soleil de route
Mon frère était fort
Le Blanc a tourné vers moi
Ses mains rouges de sang
Noir
Et de sa voix de maître
« Hé boy, un berger, une serviette, de l’eau ! »
Niveau débutant :
Le professeur fait la lecture. Il apprend la lecture aux étudiants. Il leur explique les mots difficiles. Il explique les thèmes du poème vis-à-vis le contexte historique du poème. Les thèmes incluent : (1) la colonisation (2) l’exploitation (3) l’oppression (4) les travaux forcés (5) le sadisme (6) l’hypocrisie coloniale (7) la négritude, etc. Le professeur parlera de la relation entre le Blanc et le Noir. Une relation maître-serviteur. Le professeur pose quelques :
Quelques réponses possibles :
Niveau intermédiaire : les démarches : Reprenons le même poème, « le temps du martyr » de David Diop.
Quelques questions :
Réponses :
Niveau avancé :
les démarches :
On reprend le poème « le temps du martyr » de David Diop.
Quelques questions :
Réponses :
Il est bien évident que le professeur de la littérature dans la classe de FLE doit enseigner la langue, la culture et faire l’explication de texte. Sa classe devient une classe de lecture, de l’oral et même de débat. Nous avons pu démontrer que les approches pédagogiques à employer dans les trois niveaux identifiés sont forcement différents et le professeur doit être créatif et il doit respecter les consignes de chaque niveau pour pouvoir achever le but positif de son enseignement. Pour nous, l’enseignement de la littérature dans la classe de FLE vise à développer les quatre compétences linguistiques des apprenants.
