L’auteur part du constat que dans la formation des immigrés et des publics en difficulté d’insertion, les malentendus sont fréquents, même s’ils ne s’expriment pas toujours au grand jour. En France, la formation actuelle inscrit sa démarche dans une pédagogie active et communicative, visant l’autonomie, où l’apprenant est amené à construire son projet personnel. « Mais l’autonomie est-elle une valeur suprême dans toutes les cultures ? » s’interroge Verbunt.
En plus des perceptions différentes de l’espace, du temps, du corps, des rapports différents à l’autorité, à l’argent, au savoir, des conceptions différentes de l’honneur, de la convivialité, de la politesse ... auxquels sont confrontés ces publics en France, s’ajoute le poids des représentations liées à la formation.
L’ouvrage de Verbunt se veut un « guide, véritable vade-mecum des interférences culturelles, [qui] répertorie et analyse sous forme de fiches toutes ces petites et grandes différences qui font obstacle à la formation et à la communication. » Document de travail, il est aussi un outil pour l’intégration et la lutte contre les exclusions.
« [...] Tous les actes de l’existence d’un individu ne sont pas culturels. Pour qu’un acte puisse recevoir le label de « culturel », il faut qu’il ait une dimension symbolique, c’est-à-dire un rapport à des significations qui sont articulées et forment un tout . »
Verbunt fait l’essai de définir ce tout, c’est-à-dire de présenter une culture caractéristique des migrants. Il met toutefois en garde contre les stéréotypes provenant des discours généralisants. « Les jugements portés sur les cultures des autres reposent toujours sur une représentation généralisante. En réalité, aucune culture, bien que formant une unité certaine, n’est parfaitement homogène. »
II.1. Culture de classes
Selon Verbunt, il faut prendre en compte, pour les publics migrants et en difficulté d’insertion, un type de culture lié aux concepts des classes sociales : la culture populaire et la culture de la pauvreté. Dans sa définition du champ culturel, il ne se borne pas uniquement à une localisation géographique couplée à des données culturelles, ni à un découpage s’appuyant sur l’idée de « souche culturelle » (exemple : culture de souche anglo-saxonne, culture de souche latine...). La délimitation d’aire culturelle perd en effet peu à peu son fondement avec les déplacements et le métissage croissant des peuples de la planète.
La culture de la pauvreté, engendrée par les difficultés d’ordre matériel ou relationnel, est caractérisée par des traits constants de déstructuration de l’individu (perte de confiance en soi). Les gens issus de la culture populaire, à différencier de la culture de la pauvreté, serait au contraire apte à s’adapter aux situations nouvelles. Il s’agit souvent de catégories issues du monde rural ou ouvrier, qui ont un sens de la matière et du concret. Dans les deux cas de culture, on trouve une difficulté et une réticence à manier les idées générales et abstraites.
II.2. Société holiste, société moderne
« Un individu, dans la société moderne, appartient à plusieurs réseaux qui se chevauchent, tout en conservant chacun sa spécificité, son autonomie » : réseau professionnel, réseau familial, réseau religieux, réseau idéologique... A ces réseaux s’ajoute l’identité personnelle qui fait face à l’identité collective (nationale, religieuse, ethnique...). L’intégration se fait donc à plusieurs niveaux (réseaux, espaces...).
Dans la société holiste, les réseaux sont interdépendants, mais s’arrêtent à l’horizon du groupe.
II.3. Identité individuelle, identité plurielle
Le migrant en pays d’accueil a une identité individuelle tout en étant au carrefour des cultures de la (des) société(s) qui l’entoure(nt).
Le changement de culture demande du temps et une grande part d’investissement individuel. Il donne lieu à des dissensions avec le groupe d’appartenance, qui se considère comme rejeté. Des passerelles peuvent toutefois être jetées entre la culture d’origine et la culture d’accueil : pour tel ou tel point, on est algérien ou sri lankais, pour tel autre on réagit en français par exemple. L’individu « négocie » entre les différentes sphères culturelles.
III.1. Les représentations vis-à-vis de la formation pour adultes
Les obstacles d’ordre culturels peuvent jouer sur l’entrée en formation ou non de certaines personnes. On notera parmi eux la relation au travail : en France, l’intégration sociale repose essentiellement sur l’insertion par l’emploi. Ce n’est pas le cas dans toutes les cultures, où le travail ne peut y être vu que comme l’accomplissement de tâches non contraignantes. « Concept central en Occident pour l’intégration sociale, le travail est parfois une valeur secondaire ailleurs ».
Autre obstacle à l’entrée en formation : la pression du milieu. Le stagiaire migrant peut ressentir une certaine dépendance vis-à-vis de la communauté d’origine établie en France et notamment du regard que celle-ci peut porter sur l’action de formation. Ce dernier obstacle est étroitement lié aux représentations de la formation (images de l’école, d’un certain rôle du maître par exemple...) qu’ont certaines cultures, représentations qui peuvent déconcerter le stagiaire face à la formation qu’on lui proposera.
Tous ces critères et représentations vis-à-vis du travail et de la formation sont des critères dont il faut tenir compte pour l’analyse de la motivation et de l’entrée en formation des stagiaires issus de société holiste.
L’entrée en formation peut donc être un acte difficile, une violence envers ses représentations et sa culture, une incompréhension de la part de la communauté d’origine...
III.2. Tableau : Les représentations vis-à-vis de la formation pour adultes
| Société holiste | Société moderne | |
| Insertion sociale | Dans les sociétés holistes, l’insertion sociale est marquée dès le plus jeune âge par l’appartenance à la communauté (familiale, religieuse, géographique notamment) | En France, l’intégration sociale repose essentiellement sur l’insertion par l’emploi à l’âge adulte. L’insertion dans l’emploi exige une entrée en formation.(famille, religion... constituent des réseaux distincts) |
| Valeur de l’emploi | Avoir un emploi (salarié), c’est vivre sous le poids d’une aliénation. | Ne pas avoir d’emploi est marqué négativement. L’emploi constitue l’identité d’une personne(cf. prise de contact en France). Avoir un emploi, c’est être indépendant. |
| Valeur des certifications | L’expérience est une valeur concrète, le diplôme non. | Ils sont valorisés dans le sens qu’ils doivent permettre l’accès à l’emploi. |
| Entrée en formation | L’entrée en formation est bien souvent liée à des obstacles d’ordre matériel (besoin d’argent, place et condition de la femme, conditions de logement) | La formation initiale fait partie du parcours d’entrée dans l’emploi. La formation continue tend également à faire partie du parcours habituel d’un travailleur. |
| Valeur de la formation | Un métier ne s’apprend pas dans une salle de classe. La formation est généralement informelle, initiée par les anciens. | Elle est valorisée dans le sens qu’elle doit permettre l’accès à l’emploi. Elle s’effectue dans des lieux institutionnalisés. |
Compte rendu élaboré dans le cadre du module « Pragmatique de la communication interculturelle » de M. Srpova - DESS Formation de formateurs en FLE - Sorbonne-Nouvelle Université Paris III - 2000-2001

