Nous souhaitons offrir à nos lecteurs une synthèse qui leur permettra d’en savoir plus sur un système éducatif qui a besoin de subir des mutations profondes dans le contexte européen que l’on connaît. Récemment, un article du Turkish Daily News a en effet révélé que ce système éducatif est bien loin de respecter les normes internationales en matière d’éducation : Un effort pour déterminer l’état des écoles secondaires en Turquie a abouti à une critique majeure du système éducatif turc dans son ensemble, la Banque Mondiale appelant à des changements drastiques si la Turquie veut éviter que ses jeunes deviennent les gagne-petits de l’Europe dans le futur. » [1]. Il s’agira donc tout d’abord de mieux comprendre son histoire et ses grands principes fondateurs, pour expliquer ensuite le fonctionnement de l’enseignement secondaire et supérieur. Nous présenterons ensuite la situation de l’enseignement des langues étrangères et surtout du Français Langue Étrangère en Turquie. Nous verrons enfin quelles réformes ont eu lieu au sein des universités et surtout quels sont les réels besoins des professeurs de français turcs.
1.1. Les principes du système éducatif turc [2]
Après la fondation de la République turque en 1923, d’importants changements concernant le système éducatif furent mis en place : Il fallait précipiter la transition du « sujet » du Sultan, membre de la communauté islamique, au « citoyen » d’une nation moderne. De l’Empire agonisant à la République laïque, les élites du pays et les gouvernements successifs ont cherché à mettre en place un enseignement public capable de former des citoyens respectueux de l’ordre étatique, mais armés des connaissances, du savoir-faire et du savoir-être de base qu’exige toute vie sociale moderne, c’est-à-dire occidentale selon la vision du monde des élites turques. [3]. Hamit Bozarslan évoque quant à lui le concept de ‘je-nation’ et explique que par son fameux discours (Nutuk) prononcé entre le 15 et le 20 octobre 1927, Atatürk donna aux générations futures « une unique mission : préserver la nation, entité immuable fixée une fois pour toute, et le nom de son créateur/père : Atatürk » [4]. On ne sera donc pas étonné que le système éducatif turc vise à former les citoyens dans une perspective nationaliste et républicaine fidèle à ces principes politiques et éducatifs [5], comme l’explique Olivier Abel, qui évoque les premières décennies de la République turque :
| Le pays n’est plus qu’une vaste école primaire, dont les citoyens sont traités comme des enfants. Et jusqu’au cœur des années 80, on a senti la main de ces « instituteurs » de la Nation, mêmes si les instituteurs véritables n’étaient plus payés ! Cet ensemble incertain qu’on appelle le kémalisme apparaît comme un système pédagogique et militaire où s’est longtemps effacée toute différence dans un interminable cérémonial de l’unité du corps national, unité partout représentée par la statue d’Atatürk. Disons-le : ce fut pratiquement une religion laïque, avec ses fêtes et ses liturgies ; elle avait le caractère obsessionnel des religions, et la mémoire collective en restera marquée, longtemps elle en aura le « manque ». Manque d’un certain rapport commun au temps, qui puisse se substituer à celui que portait le rêve de l’Empire perdu, ou de l’umma islamique. [6] |
Les valeurs nationalistes ont donc une profonde influence sur la façon dont est organisée l’enseignement : dans les cours de récréation des écoles publiques, les enfants sont alignés en rangs d’oignons, tels de petits soldats [7], vêtus d’uniformes bleus vieillots et scandent des slogans nationalistes et simplistes [8] d’une manière plus que bruyante. A l’école turque on chante l’hymne national et on fait le lever du drapeau tous les lundis matins, d’une manière militaire, en scandant également un chant qui dit : « Je suis turc, je suis droit et travailleur, ma loi est de protéger les plus faibles, de respecter les plus grands, d’aimer mon pays, ma nation plus que moi-même. Mon but est de faire des efforts pour m’élever sans cesse, je voue mon existence à la Turquie, ma patrie, je promets au grand Atatürk qui nous a permis d’être là, de suivre la voie qu’il nous a tracée, d’atteindre le but qu’il nous a fixé sans jamais faillir. Heureux celui qui peut dire : je suis turc » [9]. On remet cela le vendredi après-midi, après les cours, en abaissant le drapeau cette fois. Un Turc vivant en Allemagne a d’ailleurs exprimé son propre vécu à ce sujet au journaliste Hugh Pope et son précieux témoignage nous laisse pantois : Lorsque j’étais à l’école en Turquie, on nous apprenait ‘qu’un Turc vaut tout l’or du monde.’ Nous quittions nos classes en chantant l’hymne national. Nous pensions vraiment que nous étions quelque chose. Ensuite, je me suis retrouvé dans une école où le fait que j’étais turc ne voulait pas seulement dire que je n’étais rien, mais que je n’étais qu’un sale bicot. Ils me brutalisaient [10].
Très centralisé, le système scolaire est donc rigide et l’enseignement, basé essentiellement sur la mémorisation, n’encourage ni la créativité [11] ni le développement d’un esprit critique : l’apprentissage par coeur plutôt que la recherche personnelle est la norme. [12] ; comme le rappelle James Pettifer :
| A un niveau institutionnel, le système éducatif tend à encourager la conformité et à réprimer la réflexion individuelle et la créativité. Dans les écoles primaires, une méthode outrancière et enrégimentée d’apprentissage par cœur est toujours d’actualité et l’atmosphère bien qu’humaine, n’encourage pas l’individualisme. Ce didactisme continue dans les écoles secondaires, sauf dans les institutions prestigieuses d’Istanbul et les grandes villes, qui suivent une philosophie éducative plus proche de celle des lycées français, avec un plus petit nombre d’élèves soudés et éduqués d’une manière créative et dans un environnement moderne. Toute formation professionnelle pour ceux qui sont moins doués d’un point de vue académique n’a vraiment lieu que lors de leur service militaire. [13] |
Le discours de l’état républicain depuis 1923 est ainsi constamment réaffirmé. Son influence sur le système éducatif et la famille est total. Les grands principes de l’état turc sont :
Comme l’explique Gaye Petek Salom :
| La république a remplacé un système fondé sur les « millets », système qui, sous l’empire ottoman rassemble des nations avec différentes religions et ethnies dans un consensus communautaire basé sur les liens religieux dans le cadre du contrat social ottoman. A la chute de l’empire ottoman, le consensus religieux a été remplacé par un consensus basé sur le nationalisme et la très forte affirmation d’appartenance identitaire au drapeau.
Pour les jeunes Turcs, une enquête faite en Allemagne, montre que dans leur grande majorité, l’identité turque est représentée par le drapeau et l’islam. Il y a exaltation de la subordination de l’individu à ses devoirs de citoyen, devoirs qui passent avant ses droits. Selon Ziya Gökalp, […] « C’est par la socialisation qu’un individu acquiert son identité et en faisant siennes les règles sociales qu’il devient libre. La conscience du sujet n’est que la conscience de ses rôles dans la société. »
L’éducation nationale a donc pour objectifs de conformer l’individu aux valeurs sociales et de lui apprendre sa culture définie par la langue, la religion, la morale et les valeurs. […] Mustapha Kémal Atatürk définissait ainsi les principes les plus importants de l’éducation :
Que tous les citoyens connaissent bien la République, qu’ils l’aiment et connaissent la séparation entre les pratiques mondiales et les pratiques religieuses en acceptant ces dernières comme des concepts spirituels. Il réaffirmait l’importance de la laïcité qui est devenue un laïcisme proche d’une nouvelle forme de religion avec, parallèlement, le développement de l’anticléricalisme. [14] |
Ces remarques vont pourtant dans le même sens que l’anecdote que nous aimerions conter maintenant. Quelle n’a pas été notre surprise en effet, lors d’un spectacle de derviches tourneurs de Konya donné au Casino de Paris, en janvier 2006, de voir une jeune fille turque voilée, de 17 ans environ, pleurer en regardant les danses soufies, en écoutant la musique et en contemplant le cadran digital de son téléphone portable dont le fond représentait le drapeau turc, qui est omniprésent en Turquie. Joëlle Pierre a une remarque qui nous permet d’analyser cet état de fait sous un éclairage différent : ‘On a même pu parler d’ethnocentrisme pour caractériser cette vigueur du sentiment d’identité transmis par l’école. On doit reconnaître de ce point de vue que l’école kémaliste a réussi à substituer au cosmopolitisme ottoman un puissant attachement patriotique et national. » [15] En ce qui nous concerne, et pour corroborer cette vue, il nous a un été un jour demandé, manu militari, de retirer les drapeaux québécois, canadien et français qui ornaient les murs de notre classe (dans un pur souci pédagogique et éducatif l’on s’en doute), cela sans le moindre tact et la moindre courtoisie, comme l’avait exigé un inspecteur de l’éducation nationale en visite dans notre classe, pour observer notre cours ; cet inspecteur, qui ne parlait que quelques mots de français, n’a pas eu de réelle réflexion pédagogique à nous transmettre, mais a tout de même eu l’audace de demander au principal de l’école primaire si nous avions retiré le drapeau turc qui accompagne habituellement le portrait d’Atatürk ; dans la mesure où de toute façon il n’y avait jamais eu de drapeau sur le dit mur, nous avons pris cet événement comme une belle leçon interculturelle et surtout comme la meilleure façon de constater à quoi peut mener un ethnocentrisme exacerbé, mais compréhensible dans un contexte que nous comprenons mieux maintenant. Selon la constitution de la République turque, l’éducation est un droit. L’éducation publique turque est mixte, laïque et gratuite. Les principes constitutifs du système éducatif de la Turquie, qui sont vraiment mis à mal dans la réalité, sont les suivants :
En 1923, il y avait 4894 écoles élémentaires et 10 238 enseignants. A la mort d’Atatürk, les ¾ de la population étaient analphabètes, soit 17 millions de personnes. De plus, 9 femmes sur 10 ne pouvaient ni lire, ni écrire. Atatürk, on le sait, fut très influencé par les théories éducatives de l’Américain John Dewey [16] et on ne saurait trop répéter que l’éducation fut l’un de ses grands chantiers. En 1938, il y avait ainsi 228 collèges avec 84 000 élèves dans tout le pays, 75 lycées d’enseignement général et 81 lycées techniques, soit 37 000 lycéens et seulement 10 000 étudiants. En 1941, le ministre de l’éducation, Hasan-Âli Yücel [17], fonda de nombreux instituts de villages, qui se transformèrent en ‘écoles normales’, avant de disparaître en 1954. En 1989-1990, il y avait 51 170 écoles primaires avec 224672 enseignants et 684 8083 élèves, 5558 collèges avec 45 774 enseignants et 203 8537 élèves, 2543 lycées professionnels avec 49 504 enseignants et 83 0716 élèves. [18] En 2000, 24 millions d’élèves sont sortis des écoles publiques, 4 millions des collèges, et un million et demi d’étudiants ont obtenu leur diplôme universitaire. A la fin des années quatre-vingt, seulement 7 $ par personne était dépensé au niveau éducatif [19]. Selon un rapport publié par les Nations Unies en 2002, les dépenses pour le système éducatif entre 1995 et 1997, représentaient 2,2% du produit national brut, ce qui est moins que dans beaucoup de pays en voie de développement. En 2002, un quart des diplômés du secondaire et du supérieur n’arrivaient pas à trouver de travail, soit 10% de la population active. [20] Alors que 80% des citoyens de l’Union Européenne âgés de 20 à 24 ans ont obtenu leur diplôme de l’enseignement secondaire, le chiffre n’est que de 55% pour Ankara et de 35 % pour Kars, une ville de l’est du pays [21]. Comme nous le verrons en détail plus tard, beaucoup reste à faire pour hisser le système éducatif turc au niveau européen. Essayons donc maintenant de mieux comprendre comment ce système éducatif fonctionne.
2.1. L’éducation préscolaire
En Turquie, l’enseignement préélémentaire n’est pas obligatoire et c’est une option offerte par le système éducatif, qui permet d’assurer l’éducation d’enfants de 3 à 5 ans. Les écoles maternelles sont rares et elles sont souvent privées et payantes. Quelques classes préscolaires ont été ouvertes pour les enfants de 5 à 6 ans dans les écoles primaires, principalement dans les grandes villes. En 1997, moins de 10% des enfants de 4 à 6 ans bénéficiaient d’un enseignement préscolaire, alors qu’en 2006, seulement 15% des enfants de 3 à 5 ans sont scolarisés [22] : « Les programmes proposés dans les écoles maternelles ne comprennent pas d’enseignement. Cependant, ils comprennent la pratique de la langue turque et l’initiation à l’écriture et à la lecture, l’étude de l’environnement, de l’hygiène, des jeux organisés, etc » [23].
2.2. Les études fondamentales
Avant les réformes qui ont été faites en 1996/1997, le taux de scolarisation dans le primaire était de 99,8% de la 1ère à la 5ème année et de 69, 6% de la 6ème à la 8ème année. Après 1997 et la fusion [24] entre l’école primaire et secondaire inférieure, le pourcentage d’enfants scolarisés est passé de 75, 8% à 91,1% en 1999/2000. Cependant, selon les chiffres du ministère du travail et des affaires sociales, « 12 067 000 enfants turcs de six à quatorze ans sont en âge d’être scolarisés, mais 1 434 000 d’entre eux ne vont pas à l’école. Plus de la moitié des enfants non scolarisés ont un emploi [25]. Trois millions d’écoliers contribuent également au revenu de leur famille en travaillant à temps partiel après les cours » [26]. De plus, il y a une disparité réelle entre les différentes régions, entre le monde rural et celui des villes, ainsi qu’entre la scolarisation des garçons et des filles, avec un abandon scolaire important de celles-ci dès la fin du premier cycle primaire. Le taux d’absentéisme des élèves est de plus beaucoup plus élevé en milieu rural puisque ceux-ci doivent souvent participer aux travaux de la ferme. Dans certaines régions, les écoles tentent de lutter contre l’absentéisme en mettant en place un calendrier scolaire flexible selon lequel les vacances sont organisées en fonction du cycle agricole. En dépit de multiples efforts ces dernières années et malgré la construction d’écoles, la gratuité des transports scolaires, l’aide aux familles démunies pour l’achat de fournitures scolaires, il est encore assez fréquent dans les grandes villes que l’enseignement ait lieu par roulement (un groupe le matin, un autre l’après-midi) et les effectifs des classes sont souvent pléthoriques (40 élèves, voire plus) ; dans ce cas, une session séparée est parfois nécessaire. L’année scolaire dure 180 jours et commence en général début septembre et dure jusqu’à début juin avec quelques différences entre les zones urbaines et rurales. Il y a 5 jours de classes par semaine, deux à trois semaines de vacances d’hiver en février et une semaine au printemps. Il y a également quelques jours fériés durant l’année. L’année scolaire est divisée en deux semestres : de septembre à janvier et de février à début juin. Les matières enseignées sont les suivantes [27] :
2.3. L’enseignement secondaire ( 14-18 ans)
2.3.1. L’enseignement public
Pour l’année 2005, le secteur public représentait 84,42% des écoles et 87,97% des élèves, et 88,28% des enseignants. Au terme de leur scolarité en école primaire, les élèves peuvent continuer leurs études dans des lycées d’enseignement général et technique, des lycées professionnels (3 ou 4 années), ou entrer en apprentissage. Pour être accepté au lycée, il faut passer un concours national (ÖKC). Récemment, l’instruction au lycée est passée à quatre années. La mission du lycée est d’offrir un enseignement général et seulement un cinquième des écoliers poursuivent leurs études dans le secondaire. La formation en apprentissage concerne les élèves qui n’ont pas pu suivre l’enseignement secondaire ou qui ont été très peu scolarisés. Les matières enseignées dans les lycées sont la langue turque et la littérature, la religion, la culture et la philosophie, l’histoire-géographie, les mathématiques, la biologie, la physique, la chimie, l’hygiène, les langues étrangères, le sport. Les élèves ayant terminé le lycée peuvent accéder à l’université après un concours d’entrée (ÖSS) organisé par le Conseil Suprême de l’Enseignement Supérieur et qui permet de sélectionner les candidats de chaque université ; les notes qu’il ont eues dans les matières concernées, leurs résultats au lycée et leurs préférences sont également pris en compte. Cet examen d’entrée, qui coûte la ‘bagatelle’ d’un milliard de lires turques par an, a été fortement critiqué par le dernier rapport de la Banque Mondiale dans la mesure ou une telle somme pourrait être allouée à d’autres secteurs du système éducatif turc et non pas dilapidée inutilement. Cet examen est critiqué pour différentes raisons ; il n’a en fait rien à voir avec l’enseignement qui est donné dans les lycées tout au long de l’année et force les lycéens à se concentrer sur cet unique but au détriment de leurs études ; de plus les lycéens, qui ont droit à 45 jours d’absences justifiées par an, se font également délivrer de faux certificats médicaux par des médecins peu scrupuleux afin de pouvoir être absent du lycée. Il ne faut pas oublier de mentionner le fait que les lycéens se désintéressent [28] progressivement de leurs cours alors à mesure que cet examen d’entrée approche [29].
Les lycées scientifiques sont des établissements qui offrent un enseignement en mathématiques et en sciences ; ils assurent une préparation scientifique. Le programme dure 4 ans. Ces lycées sont également des internats et la langue d’enseignement est le turc. Le lycée dit ‘anatolien’ est un lycée d’état, gratuit et l’enseignement est bilingue. Selon Joëlle Pierre, qui fait remarquer qu’il règne un certain élitisme dans ce système : « la sélection pour […] les écoles anatoliennes […] n’est-elle pas non pour les élèves méritants, mais pour les classes aisées ? [...] Mais de plus, qui se retrouve dans ces écoles anatoliennes […], si ce n’est une élite, car qui dit élite dit sélection) ? » [30]. Il permet aux jeunes de poursuivre leurs études dans toutes les matières en langues étrangères, en majorité en anglais, mais aussi en français ou en allemand. Jusqu’en 1998, les lycées anatoliens recrutaient leurs élèves dès la première année de collège, vers l’âge de 12 ans. Les élèves suivaient obligatoirement un ou deux ans de classe préparatoire (selon l’établissement scolaire), c’est-à-dire un enseignement intensif en langue avant d’entrer au collège proprement dit, où ils étudiaient alors les matières scientifiques en langue étrangère. L’enseignement de la langue étrangère se poursuivait tout au long du collège – 3 années – et les élèves avaient, à l’entrée du lycée après quatre ans d’études dans la langue choisie, un niveau satisfaisant pour la majorité d’entre eux. Depuis la réforme de l’organisation des études primaires et secondaires, le recrutement des élèves dans ces lycées se fait après les huit années de scolarité obligatoire. Il y a aussi des lycées de langues étrangères qui offrent un enseignement plus soutenu. La durée des études est de 4 ans, la première année consistant en un programme intensif de préparation à la langue étrangère concernée.
2.3.2. Les écoles privées
Elles représentent aujourd’hui seulement 1,5% du parc éducatif. En 1999, il y avait 400 écoles privées dans le pays pour 60 000 élèves. D’importants moyens sont offerts aux élèves dans ces écoles privées payantes, qui mettent surtout l’accent sur l’enseignement des langues étrangères et l’informatique. Comme le rappelle Doç Aydin :
| A côté d’un enseignement officiel, il existe aussi un enseignement privé, le plus souvent non confessionnel. L’admission aux écoles privées se fait également par un concours national et annuel. Il n’en demeure pas moins que, des maternelles aux universités, ces écoles sont payantes. Elles sont d’ailleurs très majoritairement localisées dans les quartiers aisés des trois métropoles turques : Istanbul, Ankara et Izmir. Parfois leur enseignement est partiellement dispensé dans une langue européenne (en anglais, en allemand ou en français et beaucoup plus rarement en italien). L’enseignement privé est également soumis aux programmes et à l’inspection du Ministère de l’éducation nationale. Mais il va sans dire, les écoles privées bénéficient d’une appréciable autonomie pédagogique et de mise en pratique quotidienne par rapport à l’instruction publique officielle. [31] |
Dans la mesure où beaucoup de familles ne trouvent pas de réponses adaptées à leurs attentes éducatives, elles choisissent donc de mettre leurs enfants dans ces institutions privées [32]. Force est de reconnaître que le but de ces écoles est souvent d’engranger les frais de scolarité et qu’il y a également de nombreux problèmes de discipline qui sont inacceptables étant donné le coût élevé de la scolarité. Leur niveau académique est également plus bas qu’on veut bien l’imaginer et nous pensons que leur attitude est tout simplement clientéliste, comme nous avons pu le constater tout au long de notre séjour en Turquie. Comme l’explique Joëlle Pierre : Une question me vient à l’esprit à propos de l’élite sociale qui se retrouve à l’université comme curriculum naturel de ses études après le lycée [...] pour les quelques écoles privées, n’est-elle pas non pour les élèves méritants, mais pour les classes aisées ? [...] Mais de plus, qui [...] se retrouve dans écoles privées, si ce n’est une élite, car qui dit élite dit sélection) ? [33]. Dans un pays comme la Turquie, où l’argent donne un statut social différent et des avantages évidents et où tout est fait pour capter la manne (comme l’ont notamment bien compris les dershane, ces boîtes à bachot qui préparent les élèves aux différents examens d’entrée que nous avons mentionnés plus haut et qui font le travail que les écoles n’arrivent pas à accomplir pour de multiples raisons), nul n’est suffisamment naïf pour penser que ce système est honnête d’un point de vue intellectuel et académique. Il est vrai que par rapport à un système public tant décrié et en complète déliquescence ce genre d’école apparaît comme la solution rêvée. De nombreux élèves fréquentent également les imam hatip (ils étaient 600 000 en 1997) ; les programmes sont similaires à ceux des lycées publics, mais les élèves suivent également des cours de religion et d’arabe.
3.1. Le système universitaire turc
C’est Mustaka Kemal qui, en 1933, fonda l’université d’Istanbul, en faisant appel à des enseignants allemands (et souvent juifs) fuyant le régime hitlérien et ses persécutions. Il y avait six universités en 1962 et dix-neuf en 1980. Sous le régime militaire du général Evren, 8 universités furent créées et la nécessité d’une distribution équilibrée des universités dans tout le pays fut même inscrite dans la constitution. Il y a maintenant en Turquie 54 universités publiques et 24 universités privées. Pour l’année académique 2004-2005, on a recensé 2 106 351 étudiants [34]. On distingue en fait trois types d’universités : tout d’abord, les vieilles universités comme celles d’Ankara ou d’Istanbul qui sont attachées à un système hiérarchique rigoureux de par leur ancienneté. L’Université Technique d’Istanbul a été fondée en 1773 durant l’époque ottomane et est considérée comme la meilleure pour l’enseignement de l’architecture et les études d’ingénieur. L’université d’Istanbul est quant à elle la première université de Turquie, renommée pour ses facultés de médecine et de littérature. L’université de Marmara, avec un passé de 118 ans est aussi une des universités les plus réputées. Il y a enfin les universités privées fondées sur le modèle américain, comme l’université du Bosphore ou encore l’Université Technique du Moyen-Orient à Ankara, où l’enseignement est donné en anglais et le système plus flexible et surtout plus ouvert sur le monde extérieur. L’Université Koç est l’une des plus populaires : située sur la rive européenne du Bosphore, c’est une institution privée à but non lucratif, qui a été fondée en 1993. Cette université a le soutien financier de la Fondation Vehbi Koç, fondée par Vehbi Koç, un important ‘self-made man’ turc. Le campus se trouve à Rumeli Feneri sur 62 hectares, près de la ville, mais loin des rumeurs et de l’agitation urbaine. L’enseignement est y donné en anglais. Les étudiants peuvent aussi choisir une deuxième langue : français, allemand, italien, russe. L’Université Koç offre des bourses aux étudiants méritants. L’université de Bilkent a été fondée en 1984 en tant que fondation universitaire par le Prof. İhsan Doğramcı, ancien recteur de l’Université d’Ankara et recteur de l’Université Hacettepe. Cette université est formée d’un corps enseignant venant de 43 pays différents. Enfin, le dernier type d’université est représenté par les universités de l’est anatolien, lesquelles ont moins de moyens [35]. L’est anatolien est en effet plutôt défavorisé et en proie à l’agitation politique et sociale, comme l’a écrit récemment la journaliste Sophie Shihab, qui évoque le marasme qui règne toujours dans le sud-est du pays, dont les campagnes sont désertées depuis la guerre alors que ses villes regorgent de chômeurs. ; elle cite Ahmed Türk du Parti pour une société démocratique qui évoque les raisons des émeutes d’avril : Ces gens n’ont ni éducation ni services de santé, ils sont affamés, déshérités… Comment voulez-vous contrôler de telles masses ? [36] Le système universitaire n’est en fait pas parvenu à faire face à la demande accrue en enseignement supérieur, laissant de nombreux jeunes sur le carreau, exclus totalement de ce système. Ces dernières années, les universités ont connu une crise de la ‘hiérarchie’ : face aux vieux ‘mandarins’ qui noyautent le système, des jeunes bien formés dans les universités occidentales n’arrivent pas à trouver leur place. Comme le précise James Pettifer : Les professeurs d’université ont une influence et un pouvoir sans bornes, et beaucoup d’entre eux s’attendent à ce que leurs étudiants reproduisent leur idées avec loyauté. Le niveau académique est raisonnable, mais le travail innovant est beaucoup plus rare qu’il devrait l’être, cela dans de nombreuses disciplines. [37]. De même, il faut faire remarquer que le système éducatif et universitaire turc est fortement centralisé : le Conseil de l’Enseignement Supérieur (YÖK) contrôle les programmes d’enseignement et dispose de vastes pouvoirs disciplinaires. Son contrôle n’est pas seulement administratif, mais il s’étend aussi aux contenus de l’enseignement et de la recherche. A tous les échelons de la hiérarchie universitaire, les responsables sont nommés par le gouvernement et l’enseignement du kémalisme a de plus été renforcé. L’enseignement supérieur souffre d’un manque réel d’autonomie académique, administrative et financière ; ainsi, selon les chiffres de l’OCDE, seulement 4784 $ par étudiant sont dépensés par le gouvernement turc comparés à une moyenne générale de 12,319 $ pour les autres pays (22,234 $ pour les Etats-Unis). Tous ces désavantages empêchent finalement ce système sans moyens d’être davantage axé sur le marché du travail. Des réformes au niveau de l’administration locale ont cependant permis la décentralisation de secteurs tels que l’enseignement général et la formation professionnelle. Dans l’avenir, la Turquie doit tout mettre en oeuvre pour faciliter l’accès à l’enseignement supérieur aux diplômés de l’enseignement professionnel pour encourager les inscriptions dans les différentes filières universitaires et aussi développer davantage l’éducation tout au long de la vie qui est très peu soutenue dans ce pays. Le tableau [38] suivant synthétise parfaitement le système éducatif turc [39] et nous permettra de clore cette sous-partie avant de nous concentrer sur l’ensemble des critiques adressées au système éducatif turc :
3.2. Critiques
Malgré des efforts importants, le niveau général de l’éducation en Turquie n’est donc pas équivalent à celui de l’Union Européenne ; Andreas Schleicher, qui a récemment enquêté sur le système éducatif turc, pour le compte de l’OCDE, a fait remarquer que le niveau des élèves et des écoles est très bas ; il y a de plus de grandes disparités entre les différentes écoles. Selon lui, la Turquie mettra du temps à rattraper le niveau éducatif des autres pays de l’Union Européenne et la privatisation du système éducatif n’est pas une solution aux maux de cette société, dans la mesure où la qualité de nombreux établissements privés est vraiment douteuse et où cela va à l’encontre des principes défendus par Atatürk [40]. D’autres rapports sont encore plus clairs :
| Le rapport de l’union européenne de 2000 constatait que les préparatifs s’étaient poursuivis en vue de la participation de la Turquie aux programmes communautaires de ce domaine et que quelques progrès avaient été réalisés. Cependant, l’amélioration de l’enseignement restait une priorité en Turquie. Le rapport de novembre 2001 estimait que la Turquie n’avait fait que des progrès limités mais reconnaissait que la nouvelle loi sur l’enseignement, adoptée en juin, constituait une étape positive dont aurait profité aussi le secteur de la formation professionnelle. Cette loi prorogeait le financement octroyé par la Banque mondiale en faveur de l’enseignement secondaire jusqu’en 2010. Ce plan de développement envisageait de porter à 12 ans la scolarité obligatoire d’ici 2005. Le rapport d’octobre 2002 constatait que des progrès limités avaient été faits et que la Turquie devait continuer à concentrer ses efforts sur la transposition de l’acquis dans ce domaine. La capacité administrative, le processus de réforme, y compris la décentralisation, devaient être accélérés. Le rapport de novembre 2003 estimait que certains progrès avaient été accomplis mais que beaucoup restait à faire : achever les préparatifs en vue de la participation aux programmes communautaires, veiller à la mise en œuvre de la directive sur la scolarisation des enfants des travailleurs migrants, réexaminer le rôle du conseil supérieur de l’enseignement, encourager la participation des enfants handicapés à l’enseignement et réformer le système de l’enseignement secondaire afin de le rendre plus axé sur le marché de l’emploi. Le rapport d’octobre 2004 constate des progrès dans la gestion des programmes communautaires et la réforme du système d’éducation et de formation. Cependant, les efforts doivent se poursuivre pour permettre l’intégration des groupes défavorisés et une meilleure coordination entre l’enseignement et le marché de l’emploi. Le renforcement des services régionaux ainsi que l’encouragement de l’éducation et la formation tout au long de la vie doivent rester des priorités pour la Turquie. [41] |
La Turquie a pourtant mis en place les mesures préparatoires nécessaires qui lui permettent de participer pleinement aux programmes communautaires Socrates, Leonardo da Vinci et Jeunesse. En outre, la modification de la Constitution a écarté les autorités militaires du processus de désignation des représentants du conseil d’administration du Conseil de l’enseignement supérieur. La réforme du système éducatif a permis une amélioration du taux de scolarisation des filles, notamment dans les régions du sud-est et dans l’est de l’Anatolie grâce aux programmes de l’UNICEF et de l’Union Européenne. D’autre part, la distribution gratuite de manuels pendant l’année scolaire 2003/2004 a permis la scolarisation des enfants des familles pauvres. Cependant, des disparités entre sexes ainsi que des disparités régionales importantes continuent à persister et les investissements dans l’éducation d’une manière générale sont inférieurs à la moyenne de l’Union Européenne. Comme l’écrit Joëlle Pierre :A cause de la démographie galopante, les écoles et les universités sont surpeuplées, les enseignants sont surmenés et ne peuvent s’occuper sérieusement de tous les élèves ; l’ensemble de l’enseignement en souffre, le niveau ne monte guère ou bien est même en baisse. [42] Doç Aydin et ses collègues expliquent quant à eux un point important : En corollaire, la nature de la mission que le système éducatif national a dû, tant bien que mal, assurer durant le siècle écoulé et continue encore à assumer sous-entend un important degré de centralisation administrative. Depuis des décennies cependant, l’importance de l’enseignement en Turquie est paradoxalement sans commune mesure avec les moyens budgétaires chroniquement insuffisants qui lui sont alloués, mais ceci est une autre histoire... [43].
Le système éducatif turc est donc à la croisée des chemins ; les critiques adressées à son encontre sont reprises par l’opinion populaire : citons par exemple une personne comme Elyas Kesen, 34 ans, un patron de bar à Beyoğlu, un quartier central d’Istanbul connu pour son intense vie nocturne, qui « se désole de voir à la tête du pays un exécutif ‘‘tourné vers le passé et qui tergiverse sur les écoles religieuses au lieu de régler les vrais problèmes du système éducatif turc. » [44]. Conscients d’avoir choisi une profession dévalorisée, les enseignants turcs se considèrent quant à eux comme des citoyens de seconde zone, surtout quand la plupart du temps, ils n’ont pas vraiment choisi cette profession de leur plein gré et n’ont pas d’autre choix. Certains sont souvent obligés de prendre un deuxième travail afin de joindre les deux bouts [45]. Des réformes sont également nécessaires afin de régler les problèmes de l’emploi et d’avoir une main d’œuvre plus compétitive par rapports aux autres pays de l’Union Européenne. Comme le dit Andrew Vorbink, responsable de la Turquie à la Banque Mondiale : Il y a eu des débats émotionnels sur un certain nombre de problèmes allant du Conseil de l’Enseignement Supérieur jusqu’aux écoles religieuses. Mais ces débats n’ont rien à voir avec une vision stratégique de l’éducation, qui devrait être le réel point de mire. » [46] Comment ne point souscrire à toutes ces vues ? Si le système éducatif turc est remis en question à un tel point, on est en droit de se demander ce qu’il en est de l’enseignement des langues étrangères et surtout du Français Langue Étrangère.
4.1. L’actualité récente et l’enseignement du français en Turquie
L’article « Yabanci dil eğitimi, ama nasil ? » [47] publié dans le magazine pédagogique artieğitim, a récemment fait beaucoup de bruit dans la communauté des professeurs de langues. Ainsi, en Turquie, selon cet article, seulement 12% de la population a une connaissance de l’anglais, tout en sachant que ce chiffre comprend les personnes qui n’ont fait que deux ans d’anglais à l’école, dans un contexte qu’on peut facilement imaginer. Dans cet article, certains objectifs éducatifs envisagés pour la Turquie sont réaffirmés :
Force est de reconnaître que l’état devrait revoir ce modèle et surtout prendre en charge l’enseignement des langues et ne pas le laisser au secteur privé, afin d’avoir des personnes qualifiées en langues étrangères dans une économie qui se mondialise. Par conséquent, d’autres objectifs ont été réaffirmés :
Comme en écho à cet article, Naz Mohammed Agh-Atabay, dans son article Why should we teach ? And how should we teach ?, publié dans le Turkish Daily News du 22 avril 1998, affirmait déjà bien avant : « Il faut enseigner aux gens à parler et à utiliser une langue étrangère dans la vie quotidienne… à tous les niveaux (privé, scientifique, et commercial) et aussi les contenus des langues étrangères devraient être scrutés à la loupe afin de se rendre compte s’ils sont applicables dans ce pays. Nous ne devons pas seulement apprendre des faits concernant la littérature étrangère ou apprendre à passer des examens d’entrée, mais nous devons donner aux gens les compétences, l’aptitude à faire certaines choses, non pas l’aptitude à apprécier ou critiquer. » [49]
Le 15 juin 2004, le ministre turc de l’enseignement a annoncé qu’en dehors de l’anglais, la première langue obligatoire, les petits Turcs devraient désormais choisir entre le français et l’allemand comme seconde langue obligatoire. Cette mesure assurément dictée par la candidature de la Turquie à l’entrée dans l’Union européenne est particulièrement appréciable alors que depuis trente ans l’usage et l’enseignement du français reculent devant celui de l’anglais. Un autre grand mérite de la réforme du système éducatif est l’avancement de 2 ans de l’apprentissage d’une langue étrangère. Il commence désormais dans les écoles primaires, dès la quatrième année de la scolarité, c’est-à-dire à 10 ans, dès la 4ème année de l’enseignement primaire à raison de 2 heures par semaine. Elle est ainsi avancée de deux ans par rapport au passé. Ce n’est qu’à partir de la 6ème année que l’horaire hebdomadaire passe à 4 heures. Il est indiqué d’autre part qu’on peut utiliser les 2 heures accordées aux options obligatoires en vue de renforcer la langue vivante. Parallèlement, il a été mis en place des commissions disciplinaires pour le renouvellement des contenus et la rédaction de nouveaux manuels. Cette démarche qui fait intervenir les différents acteurs du système éducatif a été considérée comme un pas important dans le processus de la démocratisation de la Turquie.
Le français est d’ailleurs présent dans les écoles publiques, le pourcentage d’élèves turcs apprenant le français étant évalué à 2,2%. Il a trouvé un second souffle avec la décision de Ministère de l’Education Nationale de diversifier la formation linguistique des élèves des lycées anatoliens. L’existence de ces lycées et des classes en français est importante car elle permet à des jeunes qui n’auraient pas les moyens de fréquenter un lycée privé francophone d’étudier le français s’ils le désirent. En plus des lycées anatoliens à section de français première langue vivante (à Ankara, Izmir et Istanbul), plus de trente établissements de ce type à travers tout le pays proposent désormais cette langue dans les classes préparatoires. Les élèves qui intègrent, après avoir passé un concours, les sections de français des lycées anatoliens arrivent donc à 15 ou 16 ans actuellement, sans aucune base de français. Ils sont souvent déçus et amers de ne pas avoir été admis en section d’anglais. Leur motivation est de ce fait souvent très relative vis-à-vis du français. Il leur faut suivre une ou deux années d’enseignement intensif de français avant d’entamer leur cursus au lycée. Cet enseignement intensif est crucial pour eux et ils doivent donc obtenir de bons résultats. Citons le lycée technique anatolien Profilo d’Istanbul, qui a été créé en 1989 et qui est un lycée anatolien public. Pierre Dumont nous parle cependant de ces lycées de manière négative : « La rigidité confondue avec la rigueur, peut-être encore de mise dans les lycées anatoliens où l’on enseigne (mal) le français, mais ces établissements sont de moins en moins nombreux. » [50] Il évoque de plus un lycée anatolien d’Izmir et rappelle la menace grandisssante que l’anglais représente pour le français : « En trois ans, de 1995 à 1998, le lycée de Buca, dans la banlieue d’Izmir, a perdu presque tous ses élèves francophones et c’est l’anglais qui s’est installé à la place du français. Le « super lycée » d’Izmir, également qui accueillait au niveau de la seconde des débutants en français, triés sur le volet, n’en accueille aujourd’hui pratiquement plus, le français ne faisant pas partie des disciplines prises en compte lors du concours d’entrée à l’université. » [51]
Comme le rappelle également Jean Duverger, « l’enseignement turco-français en Turquie peut trouver un second souffle, après une très longue tradition. La demande en français reste forte, même si l’anglais et l’allemand prospèrent. Mais comme c’est souvent le cas pour l’enseignement bilingue, le problème du recrutement et de la formation des enseignants de – et en – langue 2 est une préoccupation essentielle. » [52]. Nous avons d’ailleurs reçu deux courriels de professeurs de français turcs, qui nous confortent dans nos certitudes. Nous les citons parce qu’ils offrent un exemple ‘pitoyable’ du niveau de français de certains enseignants en Turquie :
| Bonjour Monsieur Morlet, Je m’appelle C. […]. Je suis profeseur de français […]. Pendant une promenade sur l’internet j’ai vu votre nom. Je voudrais bien etre en contact professionnellement avec vous. J’aime bien le français. C’est pour cette raison que j’ai fait mes etudes superieurs sur le français (L’universite Atatürk, Faculte pedagogique, le departement de langue française 1987 Erzurum ) Si bien que j’aime le français, les conditions de la vie ne me permettent suffisamment pas de l’exercer. Je voudrais bien correspondre avec vous. je crois que ça suffit pour un commencement. Je vous demande pardon de manque des accents. Vous savez que les claviers que nous utilisons n’ont pas de capabilite d’ecrire les accents. J’espere continuer a nous correspondre . Veuillez agreer mes salutations les plus intimes. C. |
Après la réponse que nous lui avions envoyée, nous avons reçu le mél suivant :
| Cher collegue,
Merci bien d’avoir repondu. J’en ai ete tres content et a la fois honore. J’ai 80 etudiants. Etant deuxieme langue, ma leçon n’est pas dans son lieu. Mais une chose me rejouit que, mes etudiants sont interresses au français. Ils veulent communiquer sur le français. J’excerce l’approche communicative dans mes cours. L’an dernier les classes preparatoires avaient quatre heures de français par semaine. Maintenant, selon le nouvel programe des lycees on n’a que deux heures. Imaginez, qu’est-ce qu’on peut faire dans ce cas ? Mes etudiants n’ont pas de connaissances sur français jusqu’a ce qu’ils viennet ici. C’est pour quoi je commence au premier niveau, au niveau de sixieme classe. La domination d’Anglais est inevitable contre le français soit en vertu de quantite de cours par semaine, soit l’usage general. Je n’ai pas de collegue a qui je puisse me comparer dans le domaine de cours, de niveau que mes etudiants arrivent. On a des difficultes de trouver des materiaux supplementaires qu’ils pourraient attirer l’attention. On est loin des centres importants au sujet de français. Dans les annees dernieres j’ai essaye au moins a mes etudiants de donner le son authentique du français, j’ai enregistre des sons sur Radio France Internationnal. Je les ai fait ecouter une chanson tres populaire telle que "Oh lady Mary" Ils se sont interresses. je crois que ça suffit pour le present, je ne voudrais pas vous ennuyer en racontant beaucoup de choses. J’espere continuer a nous correspondre. J’attendrais vos sugestions qui me sont tres importantes. Respectivement, A bientot C. |
Un autre courriel qui nous a été envoyé par un autre professeur parle de lui-même : « salut jean, / je m’appelle s. […] / je suis ne de tarsus en 1977. / je suis prof.le français,j’ai fini a l’üniversite de gazi(la departement de la lanque etrangere / je veux developper mon français et travailler en professeur / aide moi svp, je t’attends tes nouvelles. merci........... ». Finalement, comme le précise cependant Jean Duverger :
| Pour que les élèves réussissent, il faut que les enseignants soient compétents et de formation adaptée aux méthodes utilisées de FLE, parfois plus traditionnelles pour la grammaire. En général, ce sont les méthodes communicatives qui sont le plus utilisées. L’enseignant travaille souvent des années avec les mêmes méthodes, qu’il pense maîtriser. Elles visent à proposer au jeune un enseignement lui donnant rapidement accès à la communication orale. Le travail avec la vidéo et les cassettes audio devrait offrir aux enseignants un support très large et varié qui peut même limiter les faiblesses des enseignants en communication orale. L’utilisation de l’ordinateur est assez rare, celle de l’Internet encore plus. La méthode est-elle utilisée au maximum et dans les meilleures conditions ? Longtemps l’absence, souvent totale, de formation en FLE des enseignants et de formation continue a fait que les élèves n’en retiraient pas tout ce qu’ils pourraient y trouver.
Cependant, pour que cet enseignement soit réellement bénéfique et de qualité, il est important que les enseignants soient formés aux méthodes FLE et qu’ils puissent être soutenus par des enseignants de langue maternelle française en classe préparatoire pour assurer les bases les plus solides possibles. Ceci permettra sans doute à un plus grand nombre d’élèves d’apprendre le français sans trop de difficultés ni découragement. [53] |
Il faut préciser qu’à l’université la grammaire est enseignée de manière trop traditionnelle et les ouvrages de grammaire française publiés en Turquie sont vraiment poussiéreux et dépassés. Pour ce qui est de l’enseignement de la littérature, c’est l’histoire littéraire qui est privilégiée et l’analyse textuelle n’existe pas. Pour ce qui est des manuels, il n’existe pas de manuel de FLE ou de FLS adaptés aux différentes situations de l’enseignement du français en Turquie. Les professeurs turcs se sentent de par ailleurs plutôt déstabilisés face à leurs classes : ils ne maîtrisent le plus souvent pas suffisamment le français et encore moins la didactique du FLE, de la littérature et de la culture. S’il y a tant de problèmes au niveau de la formation linguistique et pédagogique des professeurs en Turquie, nous pouvons peut-être essayer d’en comprendre les causes.
4.2. La restructuration des départements de langues vivantes dans les universités
4.2.1. Aperçu historique
Nous avons vu plus haut que le gouvernement turc a prolongé la scolarité obligatoire jusqu’à l’âge de 14 ans ; il a également avancé de deux ans l’introduction d’une langue étrangère et a entamé une restructuration des facultés de pédagogie, établissements de formation communs à tous les enseignants de la maternelle à l’université. Une loi de 1973 prévoyait à la fois la prolongation de l’éducation de base de 5 à 8 ans et décrétait que les enseignants de tous les niveaux devraient suivre une formation initiale universitaire. Ainsi, en 1974-1975, une partie des écoles normales d’instituteurs ont été supprimées tant que les autres ont été transformées en lycées. La mise en place des instituts de pédagogie de deux ans a permis de former des instituteurs sélectionnés à la fin de leurs études secondaires. Dans les années quatre-vingt, dans un contexte politique et social tendu (absence d’enseignants, pressions politiques), ils ont été rattachés aux universités. Durant l’année scolaire 1989-1990, la formation a été prolongée de 2 ans et en 1992 ils ont été transformés en départements d’éducation de base qui font désormais partie des facultés de pédagogie. Quant à la deuxième transformation, elle a été faite au sein des facultés de pédagogie. Les instituts pédagogiques, dont l’objectif principal était de former, dès les années quarante, des enseignants pour le collège à travers une formation de 2 ou 3 ans suivant les départements furent réorganisés. A partir de la rentrée 1967-1968, tous les départements ont commencé à offrir une formation de 3 ans jusqu’à la rentrée 1978-1979, date à laquelle cette formation a été prolongée d’une année ; ces instituts fonctionnent désormais sous le nom ‘d’écoles normales supérieures’ et assurent la formation des enseignants du secondaire. En 1982, ils ont été transformés en facultés de pédagogie et sont désormais sous la tutelle des universités.
4.2.2. Les réformes du système éducatif en matière de formation des professeurs [54]
4.2.2.1 La restructuration des facultés de pédagogie
La réforme des facultés de pédagogie dont l’objectif principal est de mieux s’adapter à la réorganisation de la scolarité en école primaire, à savoir jusqu’à l’âge de 14 ans, est devenue effective une année après la première réforme de l’année scolaire 1998-1999. Les facultés de pédagogie, qui forment les enseignants pour tous les niveaux et dans toutes les disciplines de l’enseignement secondaire général, sont désormais considérées comme des établissements d’enseignement supérieur dont le rôle est aussi de former des enseignants pour l’éducation de base de 8 ans. Ainsi, de nouveaux départements ont été créés afin de former des professeurs des écoles. Cette réforme fait d’autre part une distinction entre la formation académique et la formation professionnelle. Désormais, la formation académique est assurée par les enseignants des facultés de lettres et de sciences pour une durée de 7 ou 8 semestres. Les étudiants qui se destinent à l’enseignement reçoivent ensuite un complément de formation dans les facultés de pédagogie où ils suivent un programme intitulé ‘maîtrise sans mémoire’ de 3 semestres dont le cursus est à dominante professionnelle ; ils suivent ainsi des cours de pédagogie générale, de didactique et font des stages.
4.2.2.2. La restructuration des département de langues vivantes
En ce qui concerne l’enseignement supérieur, les études linguistiques sont réparties essentiellement en 4 types de filières, les deux premières prolongeant les structures traditionnelles et les deux dernières étant relativement nouvelles ; les départements de didactique ; les départements de langue et de littérature ; les départements de langue et de culture et les départements de traduction et d’interprétariat.
Les départements de didactique font partie des facultés de Pédagogie et leurs professeurs assurent la formation pédagogique des futurs enseignants. Les autres départements dépendent des facultés de lettres, des facultés de sciences et de lettres, ou enfin de l’unique faculté de langues et d’histoire-géographie. La réforme a eu lieu au niveau des départements de didactique alors que les départements de langue et de littérature recrutent le plus grand nombre d’étudiants. En ce qui concerne le français, les trois premiers types de département regroupent 21 départements sur 25 dont les objectifs sont plutôt vagues et il n’y a de plus aucune orientation professionnelle pour les étudiants, qui ne sont pas toujours assurés de trouver un emploi, ce que corrobore Pierre Dumont : « c’est là que le bât blesse. La formation initiale, du type le plus traditionnel, que reçoivent les professeurs turcs de français, […] dans les départements de didactique des grandes universités turques, est parfaitement inadéquate. » [55]. Ainsi, les départements de Français Langue Etrangère, tels que ceux de l’université de Marmara ou de Gazi, forment les futurs enseignants [56] à la linguistique appliquée et à la didactique, laquelle n’est pourtant pas enseignée comme en France et n’a pas vraiment franchi les frontières turques, comme le rappelle Pierre Dumont : « ce sont généralement des « mandarins » littéraires qui dirigent encore ces départements. L’enseignement de la langue y est minoré et s’y pratique de façon traditionnelle, ce qui est très lourd de conséquence quand on connaît l’importance et la prégnance du « modèle du maître » en Turquie. » [57] ; il évoque aussi, pour la plupart des enseignants, « l’adoption d’un modèle, d’une « posture » d’enseignement, d’un « comportement » didactique, extrêmement rigide, imité de celui des « mandarins » qui les ont formés ( ?). A cette attitude arrogante de l’enseignant turc en situation d’insécurité face à ses élèves, s’oppose celle du même enseignant face à ses collègues français […] : le mutisme. » [58]. Dans un tel contexte, on est en droit de se demander si des professeurs compétents sortiront un jour des universités turques. Les départements de littérature française de l’université d’Istanbul, d’Ankara ou Hacettepe dispensent une formation à vocation philologique ; enfin, les traducteurs et interprètes sont formés dans les filières spécialisées de l’Université Yildiz, de l’université Hacettepe ou encore de Bilkent. Le français est également présent dans des institutions qui souhaitent donner à leur cursus une orientation résolument européenne ou se ménager des ouvertures sur le monde francophone. Outre l’université Galatasaray, dont l’enseignement est entièrement dispensé en français, l’université d’économie d’Izmir, de Marmara et d’Akdeniz proposent des filières bilingues en sciences économiques et politiques. Le français est enfin proposé en tant que langue vivante optionnelle dans un grand nombre d’établissements, notamment parmi ceux qui proposent des filières de tourisme (Université Dokuz Eylül) et de technologie (UTMO).
Dans un monde où le processus de mondialisation s’accélère, la mission de tout système éducatif est de donner à ses étudiants des savoir-faire et des compétences pour l’avenir. Il est donc évident que le système éducatif turc doit relever de nombreux défis et s’adapter à d’énormes changements : la promotion des langues vivantes sera l’un de ses grands chantiers ; pourtant, le nombre d’heures consacrées aux langues étrangères, tout comme le nombre de langues offertes dans le primaire et le secondaire ne semblent pas vraiment refléter une politique linguistique digne de ce nom. Quant à la restructuration des facultés de pédagogie, la nouvelle réforme a certes permis d’opérer un changement radical, mais elle pèche par son manque de réalisme et de faisabilité dans la mesure où elle s’inspire de modèles éducatifs américains et européens qui ne tiennent pas suffisamment compte des enjeux et des besoins de la société turque, tant au niveau régional que national. L’autre grand paradoxe de cette réforme est avant tout son haut degré de centralisation, et par conséquent son décalage par rapport à la réalité sociale et économique du pays. En Turquie, chaque région ayant des besoins bien spécifiques, une action de formation unique n’est pas suffisamment rentable d’un point de vue économique. De plus, rien n’est prévu dans ce nouveau programme pour ceux qui ne se destinent pas aux métiers de l’enseignement. Les jeunes diplômés des départements de didactique, de langue ou de littérature, ou encore de FLE sont souvent contraints de travailler dans des secteurs qui n’ont rien à voir avec leur formation universitaire, dans la mesure où ils ne trouvent pas de réels débouchés professionnels dans leur branche. Pourtant, la présence de tant d’entreprises françaises en Turquie et l’augmentation des échanges économiques entre l’Union Européenne et la Turquie sont telles qu’il y a un réel besoin de formation dans des secteurs professionnels comme les affaires, le tourisme, l’hôtellerie et le secrétariat, tout un ensemble de disciplines qui ne sont pas suffisamment enseignées, alors qu’il y a de vrais débouchés pour les jeunes diplômés turcs.
De nombreuses réformes ont également été effectuées en ce qui concerne l’enseignement des langues étrangères, mais tout cela est-il bien suffisant ? Où va donc le système éducatif turc ? İl est temps de tirer la sonnette d’alarme et de ne point se leurrer. Notre expérience de terrain n’a pas infirmé les premières intuitions tirées de lectures sérieuses et mêmes intuitions se sont même transformées en certitudes ; comme le rappelle Joëlle Pierre, on est bien loin de certains principes du père du kémalisme : l’instruction pour tous, l’égalité des chances, l’apprentissage par l’esprit scientifique et l’ouverture d’esprit :
|Pratiquement tout le système éducatif turc a été touché ces dernières années par des transformations et des réformes qu’il n’est pas certain que le père du kémalisme aurait voulues : ainsi que dirait Mustafa Kemal Atatürk de l’enseignement en anglais, à la place de l’enseignement en turc, dans certains lycées, du cours de religion imposé dans toutes les écoles d’état et du développement de l’enseignement privé et payant préparant l’élite de la nation, très minoritaire […] en laissant l’enseignement public et gratuit (dénigré !) pour les couches populaires ? [[Joëlle PIERRE, Op. cit., pp. 35-36.]|
[1] World Bank calls for major reform of education system, Turkish Daily News, mardi 28 mars 2006, : An effort to ascertain the state of Turkish high schools has resulted in a major critique of the Turkish education system as a whole, with the world Bank calling for major changes if Turkey wants to prevent its youth from becoming the low-wage earners of Europe in the future.
[2] On lira avec intérêt l’ouvrage d’Eren NURI, 1963, TURKEY TODAY : An Experiment in Westernization, New York / London, FREDERICK A. PRAEGER, Publisher, pp. 184-210. Ce livre publié en 1963 n’a pas perdu de son actualité puisque toutes les critiques au sujet du système éducatif turc semblent être les mêmes que celles énoncées de nos jours !
[3] Doç AYDIN, Mehmet ZEKI, Ural MANÇO, 1998, L’enseignement de la religion et de la morale dans le système éducatif turc, Conférences du Centre El Kalima, No 28, janvier.
[4] Doç AYDIN, Mehmet ZEKI, Ural MANÇO, 1998, L’enseignement de la religion et de la morale dans le système éducatif turc, Conférences du Centre El Kalima, No 28, janvier.
[5] Voir Hamit BOZARSLAN, Ibid., p. 44 : « Le kémalisme fut simplement un régime autoritaire, se situant, comme le suggère Taha Parla, quelque part entre les versions solidariste et fasciste du corporatisme. ». L’auteur ne nous indique cependant pas qui est Taha Parla.
[6] Olivier ABEL, « La mémoire blessée », dans Stéphane YERASIMOS (Dir.), 1994, Les Turcs : Orient et occident, islam et laïcité, Paris, Editions Autrement, p. 183.
[7] Hamit BOZARSLAN, Op. cit., p. 38 : « Les Turcs, rappelait Mustafa Kemal, sont ‘cette nation qui fut créée comme une armée’. ».
[8] Citons un autre texte important : « Jeunesse turque », texte tiré de S. Eriş ÜLGER, 1994, MUSTAFA KEMAL ATATÜRK I et II, Ministerium für Kultur & Verlag Anadolu : « Jeunesse Turque ! / Ton premier devoir est de protéger et de défendre à tout jamais l’indépendance turque et la République turque. / Cela constitue le seul fondement de ton existence et de ton avenir. Il représente la source la plus précieuse de ta sécurité. Il pourra également exister à l’avenir des ennemis intérieurs et extérieurs qui voudront te voler cette source. Si un jour tu es forcé de défendre ton indépendance et ta République, tu rempliras cette mission sans tenir compte des possibilités et des conditions dans lesquelles tu te trouves. Elles peuvent être particulièrement défavorables. Les ennemis qui en veulent à ton indépendance et à ta République peuvent avoir remporté une victoire sans égal dans le monde entier. Il se peut que toutes les forteresses de ta patrie aient été prises par la ruse et par la force, que tous les chantiers navals aient été occupés, que toutes les armées aient été vaincues et que des ennemis aient envahi tous les coins de la patrie. Bien pire et bien plus effroyable encore que cette situation, ceux qui exercent le pouvoir dans ta patrie peuvent s’être laissés aller à la négligence, s’être écartés du droit chemin ou même avoir commis des trahisons. Il se peut également que ces personnes qui sont au pouvoir allient leurs intérêts personnels aux desseins politiques des ennemis. La nation peut être épuisée et s’être effondrée dans le besoin et la misère. / Jeunesse de l’avenir de la Turquie ! Même dans de telles circonstances et conditions, il est de ton devoir de sauver l’indépendance et la République turque. / Ton sang noble te fournira la force dont tu auras besoin pour cela. / 20 octobre 1927 / Mustafa Kemal Atatürk.
[9] Voir Gaye PETEK SALOM, « L’enfant turc à l’école », Conférence du 21 mai 1997, association ELELE, Maison des travailleurs de Turquie.
[10] Voir Hugh POPE, 2005, Sons of the Conquerors : The Rise of the Turkic World, New York / Woodstock / London, OVERLOOK DUCKWORTH, p. 364 : When I had been at school in Turkey, we were taught that ‘a Turk is worth the whole world.’ We left classes proudly singing the national anthem. We really thought we were something. Then I found myself in a school where the fact that I was Turkish didn’t just mean that I was nothing, it meant that I was dirty scum. They used to beat me up.
[11] On lira avec un grand intérêt le magnifique témoignage de la Québécoise Huguette BOUFFARD EYÜBOĞLU, qui est en Turquie depuis quarante ans. Elle nous donne dans ce récit une très belle leçon interculturelle et des pages cinglantes sur le système éducatif turc ; Huguette BOUFFARD EYÜBOĞLU 2004, Du Clocher au minaret, Istanbul, Bartok, pp. 176-179.
[12] Voir l’article Education, dans Metin HEPER, 1994, Historical Dictionary of Turkey, Metucken, N.J. / London, The Scarecrow Press, Inc., p. 136 : Rote learning rather than personal investigation is the norm.
[13] James PETTIFER, 1997, The Turkish Labyrinth : Atatürk and the New Islam, London, Viking, pp. 32-33 : At an institutional level, the education system tends to encourage conformity and repress individual thought and creativity. […] In primary schools an extreme and regimented method of rote learning is still common, and the atmosphere, although humane, does not encourage individuality. This didacticism continues in secondary schools, except in the prestigious academies of Istanbul and the big cities, which follow an educational philosophy closer to that of the French lycées, with a small number of well-connected pupils being educated in a creative and up-to-date environment. Any vocational training for the less educationally gifted only really takes place in the armed forces.
[14] Gaye PETEK SALOM, Ibid.
[15] Voir Joëlle PIERRE, Ibid., p. 36.
[16] John Dewey est né dans le Vermont aux Etats Unis en 1859. Son œuvre a marqué, pendant la première moitié du XXe siècle, non seulement la vie scolaire des Etats-Unis, mais aussi la pensée pédagogique de la plupart des pays. Après avoir exercé les fonctions de professeur de lycée et de professeur d’université, John Dewey fonde une école laboratoire en 1896 et publie ses premières œuvres importantes : Mon Credo pédagogique (My Pedagogic Creed, 1897) et L’école et la société(School and Society, 1899). Il enseigne ensuite à l’université Columbia jusqu’à sa retraite (1930). Il approfondit et précise sa doctrine dans de nouveaux ouvrages, parmi lesquels Comment nous pensons (How We Think, 1909) et Démocratie et éducation (Democracy and Education. An Introduction to the Philosophy of Education, 1917). Au cours des années 1950, les conceptions de Dewey tombent en discrédit. Ses compatriotes lui imputent, entre autres, l’échec de certaines innovations scolaires et le retard dans la conquête de l’espace, sa conception pédagogique ne préparant guère les jeunes à la compétition scientifique et technique internationale. Il se spécialise en philosophie et en pédagogie avec Stanley Hall et B. S. Morris. En 1896, il fonde la première école expérimentale rattachée à une université. Il fait des conférences dans le monde entier et meurt en 1952 à New York.
[17] Hasan-Âli Yücel (1897-1961) : éducateur, poète et politicien. Outre la formation de ces instituts de villages, c’est également lui qui a été le maître d’oeuvre d’un projet pharaonique, puisqu’il a coordonné la traduction de 500 classiques de la littérature étrangère en turc. Il a également beaucoup écrit sur la littérature turque.
[18] Voir l’article Education, dans Metin HEPER, 1994, Historical Dictionary of Turkey, Metucken, N.J. / London, The Scarecrow Press, Inc., pp. 134-136.
[19] Ibid., p. 136.
[20] Andrew MANGO, 2004, The Turks Today, London, John Murray, pp. 160-161.
[21] World Bank calls for major reform of education system, Turkish Daily News, mardi 28 mars 2006.
[22] Voir « Zoom sur la presse turque », 1er avril 2006.
[23] Le système de l’éducation turque, 2000, Turquie, Ministère de l’éducation nationale, Direction générale des relations extérieures, Ankara, p. 16. Cité dans : « Objectifs généraux et principes fondamentaux de l’éducation »->, CEFISEM de Nancy-Metz .
[24] Depuis 1997, l’instruction publique obligatoire est passée à 8 ans (au lieu de 5) pour les enfants âgés de 6 à 14 ans, les 5 premières années correspondant à l’école élémentaire française, les 3 années suivantes aux 1er et 2ème cycles du collège ; ces 8 années d’études fondamentales se déroulent dans le même lieu. Le but de cette réforme était notamment d’en finir avec l’influence des écoles secondaires islamiques (Imam Hatip) qui auront du mal à se réorganiser par rapport à un tel système.
[25] En comparaison avec ces élèves qui sont plus que ‘gâtés’, combien d’enfants font les poubelles, travaillent comme aides dans les magasins, ou encore avec leurs parents !?
[26] Nicole Pope, Turquie : une école à l’abandon, Le Monde de l’éducation, janvier 2002, p. 68.
[27] Nous avons trouvé ce tableau sur le site du CEFISEM de Nancy-Metz, Ibid.
[28] Il en est de même pour l’examen d’entrée au lycée ; les enfants subissent d’intenses pressions psychologiques et un stress inutile.
[29] Pour plus de détails sur cet examen d’entrée tant décrié par les professionnels de l’enseignement, voir Whitman SHEPARD, « Consequences of the Turkish university entrance examination », dans Necmi AKŞIT, Margaret SANDS, 2004, Assessment in Schools : Proceedings of the 3rd International Conference, May 5-7, Graduate School of Education, Bilkent University, Ankara, Turkey, pp. 9-11.
[30] Joëlle PIERRE, Op. cit., p. 70.
[31] Doç AYDIN, Mehmet ZEKİ, Ural MANÇO, Op. Cit.
[32] Voir Yusuf KANCI, Support for private schools, Turkish Daily News, mercredi 19 octobre 2005.
[33] . Joëlle PIERRE, Op. cit., p. 70.
[34] Voir Süleyman DEMIREL, « Transformation of Turkish Higher Education », Turkish Daily News, 20 février 2006. Cet article, écrit par un ancien président de la Turquie, bien qu’il ne soit pas très critique, donne des faits et des informations sur le système universitaire turc.
[35] Voir l’article Education, dans Metin HEPER, Op. cit., p. 136 : Educational standards are far lower in eastern and southeastern Anatolia. Notre traduction : le niveau éducatif est beaucoup plus bas en Anatolie de l’est et du sud-est.
[36] Sophie SHIHAB, Les Kurdes « modérés » tentent d’enrayer les violences, Le Monde, 5 avril 2006.
[37] James PETTIFER, Ibid., pp. 32 : University professors have an inordinate amount of power and influence, and many expect their students to reproduce their ideas loyally. Educational standards are reasonable, but innovation work is much rarer than it should be in many subjects.
[38] Voir Le système de l’éducation nationale turque .On consultera aussi la page suivante pour un ensemble de chiffre et un tableau similaire à celui qui suit.
[39] Nous avons également trouvé ce tableau sur site du CEFISEM de Nancy-Metz, Op. cit.
[40] « Quality gap between schools vast », Turkish Daily News, 15 décembre 2004.
[41] « Turquie », Activités de l’Union européenne, Synthèses de la législation.
[42] Joëlle PIERRE, Op. cit., p. 63.
[43] Doç AYDIN, Mehmet ZEKİ, Ural MANÇO, Op.cit.
[44] « La loi sur les écoles religieuses divise la société turque », Agence France Presse, Istanbul, 13 mai 2004.
[45] Ilnur CEVIK, Can our teachers survive on words and praise ?, Turkish Daily News, 25 novembre 1997.
[46] « WB calls for education reform », Turkish Daily News, 16 janvier 2006 : « There have been emotional debates on a number of issues, ranging from the Higher Education Board to religious imam-hatip high schools. But these are debates that are outside the strategic education vision, which is what should be focused on.
[47] « Yabancı dil eğitimi, ama nasıl ? », dans arti eğitim, février 2006, pp. 12-13.
[48] Andrew MANGO, 1968, Turkey, New York, Walker and Company, p. 119 : The whole educational system has been vitiated by a theoretical classical bias, copied from the French model. This has been partially remedied by the development of technical education in the 1960s. But the trouble is deeper. In France, a theoretical classical training is in fact provided ; in Turkey, it is only attempted, the attempt being frustrated by a shortage of qualified teachers.
[49] Naz Mohammed AGH-ATABAY, 1998, « What should we teach ? And how should we teach it ?, Turkish Daily News, 22 avril, : we must teach people to speak and use a foreign language in daily intercourse… in all levels (private, scientific and commercial) and also the contents of these foreign languages should be scrutinized to make sure that they are applicable in this country. We must not just learn about foreign literature or learn just to pass certain entry examination. We must give people skills, the ability to do things, not just the ability to appreciate or criticize.
[50] Pierre DUMONT, 1999, La politique linguistique et culturelle de la France en Turquie, Paris, L’Harmattan, pp. 49-50.
[51] Pierre DUMONT, Ibid., p. 50.
[52] Jean DUVERGER, Hüsnü ARSLAN, 2002, « L’enseignement du français en Turquie : Entre traditions et nécessaires évolutions », dans Le Français dans le Monde, mars-avril , no 320.
[53] Jean DUVERGER, Hüsnü ARSLAN, Ibid.
[54] Voir Hanife GÜVEN, 1999, « Restructuration des langues vivantes en Turquie », dans Transformations dans les anciennes institutions scientifiques, section II, Etudes Culturelles Internationales, Institut de recherche de littérature et civilisation autrichiennes et internationales. Nous tenons à mentionner que cet article écrit est dans un français très lourd et incorrect, mais il comprend de nombreux détails sur un sujet difficile à appréhender.
[55] Pierre DUMONT, Op.cit., pp. 46-47.
[56] Par ailleurs, il faut préciser que le nouveau programme est complété par un certificat d’enseignement dans le primaire pour les étudiants désireux de devenir instituteurs.
[57] Pierre DUMONT, Op. cit., p. 47.
[58] Pierre DUMONT, Op. cit., p. 49

