Industrie culturelle, brassant beaucoup d’argent, le cinéma, machine à fabriquer du rêve, se nourrit de vedettes, de fiction mais aussi de réalité. Les cinéastes expriment leur vision du monde et leur imaginaire dans lesquels se retrouvent les spectateurs, et notamment les jeunes qui sont nombreux à fréquenter les salles obscures.
La relation que ce public entretient avec le monde par l’intermédiaire 7ème art est un beau sujet de réflexion si l’on s’intéresse au regard que les jeunes portent sur les films, à l’intérêt qu’ils leur accordent et à la manière dont ils les jugent.
Vision du monde et identité personnelle
L’individu construit son identité personnelle sur la base de sa perception du monde. Emotions, sentiments, croyances, concepts et valeurs sont autant de facteurs qui influencent sa vision du monde. Chacun pense, décide, agit d’une manière qui, si elle ne lui est pas propre, lui est au moins singulière. Le regard porté sur soi et autour de soi dépend de nombreux facteurs et subit de multiples influences, ne serait-ce que l’héritage génétique ou le milieu familial qui déterminent peu ou prou les modes d’appréhension de la réalité. Cette perception du monde résulte plus ou moins directement de l’interaction avec son environnement familial, social et culturel.
Réalité intérieure
La manière d’interagir avec la réalité extérieure dépend de l’organisation de la réalité intérieure. Celle-ci correspond à des modèles ou « patterns » qui permettent d’interpréter un événement ou en l’occurrence un film. C’est à l’aide de ces modèles intérieurs que l’on appréhende ou non une nouvelle expérience qui, à son tour, peut influer sur les modèles intérieurs. A partir de leur vécu, les jeunes construisent et développent identité personnelle et vision du monde. Ils se construisent des repères qui les aident à entrer en relation avec la réalité extérieure. Mais, celle-ci ne correspond pas toujours à leur vision intérieure qui parfois relève plutôt de l’illusion ou du mirage. Les arts, les médias et le cinéma constituent des expériences et interviennent dans la construction de leur vision du monde. Par ailleurs, la réalité cinématographique est celle que le cinéaste donne à voir, elle relève de son point de vue.
Vision du monde et ciné
L’interprétation d’un film diffère souvent d’une personne à l’autre. Chaque spectateur réagit à sa manière. C’est sans doute un bon point de départ pour un échange. On peut en effet demander aux jeunes de distinguer entre la fiction et ses caractéristiques et la réalité, leur vécu. Ils pourront comparer les personnages et les situations dans lesquelles ils évoluent à ce qu’ils connaissent, même s’ils ne l’ont pas vécu ou à leurs propres expériences.
En général, les 13–16 ans comprennent aisément que toute fiction n’est pas un reflet exact de la réalité. Ils savent que les histoires sont inventées et que des acteurs interprètent des rôles. Conscients des moyens techniques mis en oeuvre, ils savent qu’un film ne restitue que plus ou moins fidèlement la réalité. La peur que provoque un film d’horreur est tempérée par la conscience des trucages et des maquillages. Aussi ne confondent-ils pas réalité et fiction mais entrent dans l’histoire du film comme dans un espace faisant le lien entre le réel et le fictif, entre leur vécu, leur passé et de nouvelles situations, leur possible. Ils font comme si ; oubliant l’illusion, ils s’identifient aux personnages mettant leur incrédulité en suspension et selon leur réalité intérieure, les jeunes ils se percevront alors comme victime, agresseur ou témoin.
Parler, c’est grandir.
Les jeunes ne nomment pas aisément ce qui se passe dans leur monde intérieur, mais en suscitant un questionnement il est possible de les conduire à échanger leurs points de vue sur leur manière de percevoir le réalisme des films, leur donner la possibilité d’exprimer leur vision du monde, les fictions, la réalité extérieure.
Questionnement possible
Quelles émotions ressentent-ils ?
Comment comprennent-ils les films à partir de leur réalité intérieure ?
Les images de violence présentées dans les films reflètent-elle la réalité extérieure ?
En quoi sont-elles différentes de leur réalité intérieure ?
(Article également paru dans l’Apfascope n°43, journal de l’assosiation des professeurs de français en Autriche)
