Pour réussir une formation, la démarche ingénieriste doit respecter 3 critères :
la qualité,
le pilotage,
les indicateurs.
1- La qualité
Pour atteindre efficacement l’objectif fixé, une formation doit donc être de qualité. Nous pouvons citer une définition de la qualité qui est "un ensemble des propriétés et caractéristiques d’un produit ou d’un service qui lui confère l’aptitude à satisfaire des besoins exprimés ou implicites" .
Afin de remplir ces conditions, le CIEP a mis en place un label Qualité FLE qui s’appuie sur 5 points à respecter par les centres de formation :
Accueil, accompagnement
Des renseignements complets et détaillés sont fournis aux étudiants du Centre et les procédures d’inscription sont conçues de façon à leur faciliter la tâche. Une aide efficace leur est fournie en ce qui concerne le logement, les formalités et d’éventuels problèmes.
Locaux, équipement
Les locaux et les équipements du Centre permettent aux étudiants de bénéficier d’un environnement favorable à l’apprentissage, et au personnel du Centre de travailler dans des conditions satisfaisantes.
Enseignants
Les enseignants du Centre sont recrutés selon une procédure adéquate et explicite ; ils sont associés à la gestion de la pédagogie et encouragés à améliorer leurs compétences.
Formations, enseignement
Les formations de français langue étrangère proposées par le Centre visent à répondre aux besoins linguistiques des étudiants et sont fondées sur des référentiels de formation/curricula détaillés. La préparation des cours et leur animation sont cohérentes avec les référentiels de formation/curricula. Un dispositif d’évaluation des formations par les étudiants est mis en œuvre et sert au processus d’amélioration de la qualité.
Gestion
La gestion du Centre est assurée de façon à garantir la satisfaction de toutes les parties concernées" .
Le but de ce label est d’imposer aux organismes adhérant à cette certification des critères de qualité afin d’améliorer les formations de FLE et leur propre image. On peut s’apercevoir que le critère "Formations, enseignement" reprend les idées présentées dans la définition de la démarche de l’ingénierie de formation :
répondre, s’adapter aux besoins des apprenants,
une formation cohérente,
un contrôle et une évaluation.
Pour Laurens , une démarche de qualité doit respecter les points suivants :
détermination du besoin,
conception,
promotion,
mise en œuvre,
évaluation post formation.
Ces 2 références mentionnent également une certaine implication de la part des apprenants dans tout le processus de la formation (conception, mise en œuvre et évaluation), pour atteindre efficacement l’objectif fixé. L’apprenant doit être actif, il doit participer à la construction et à la production de la formation. On parle, alors, de coconstruction et de coproduction. "La coconstuction du savoir en classe de langue suppose donc une action concertée des différentes parties prenantes au contrat didactique.(…) Cet événement social d’interaction peut bien entendu avoir lieu en classe de langue, aussi bien entre enseignant et apprenants qu’entre les apprenants eux-mêmes" . En effet, tout d’abord, il faut connaître le niveau et les besoins de l’apprenant. Il existe, par exemple, deux possibilités de connaître le niveau, comme par exemple un test d’évaluation ou un questionnaire d’information à remplir par l’apprenant avant le début de la formation. Cette interaction va jusqu’à l’évaluation des formations par les étudiants qui "sert au processus d’amélioration de la qualité," pour reprendre les propos du label Qualité FLE. Par conséquent, la communication apparaît comme une composante importante en vue de la qualité de la formation. En effet, "la formation est avant tout un processus partagé de production de sens. (…) La qualité du service de formation tient donc très largement à la qualité de cette coproduction" .
2- Le pilotage
"Le pilotage peut se définir comme la prise de décision au niveau macroscopique (c’est-à-dire du système ou d’un sous-système éducatif), ou microscopique (c’est-à-dire d’un établissement, voire d’une classe), sur la base de constats aussi objectifs que possibles, relatifs à l’état, au fonctionnement ou au produit des systèmes. Ces constats ne parlent pas d’eux-mêmes : ils sont l’aboutissement d’une construction de sens à partir d’informations qualitatives et quantitatives constituants des indicateurs. Des décisions peuvent ainsi être prises en meilleure connaissance des tenants et aboutissants des choix. (…) L’instauration d’un pilotage doit toujours être précédée d’une réflexion approfondie sur le projet éducatif, aussi bien dans le monde politique que dans la société civile. C’est de l’aboutissement, toujours provisoire, de cette réflexion et de la clarification des enjeux politiques que doivent dépendre les lignes de force du pilotage. (…) Cette clarification concerne en premier lieu les buts, les objectifs, dont le choix dépend, en dernier ressort, de jugements de valeur" .
Le pilotage est donc une prise de décision faisant suite à des constats, mis en évidence par des indicateurs, des informations. Ces choix sont pris dans une recherche de production de sens. Il faut constater, pour commencer, que le pilotage peut s’appliquer au niveau macroscopique ou microscopique. On peut ajouter qu’un pilotage microscopique n’est pas incompatible avec un pilotage macroscopique. En effet, "le pilotage microscopique, qui s’opère à l’échelle d’une classe, voire d’un seul élève, n’est pas incompatible avec un projet éducatif global et, moins encore, avec un projet d’établissement. Il s’agit, en réalité, d’un emboîtage de plus en plus fin. S’il n’est pas possible, c’est qu’il existe une défectuosité, une incohérence, au moins à l’un des échelons du système éducatif" .
La mise en place d’un pilotage doit être précédée d’une réflexion et d’une clarification des enjeux et surtout d’une clarification des buts. Ainsi, il apparaît que l’application d’un pilotage est liée aux objectifs de la formation. Le pilotage n’est pas définitif, il est provisoire. Il peut évoluer suivant les indicateurs. Le pilotage doit donc s’adapter, suivant les indicateurs, afin que l’apprenant se voit proposer "un environnement et un contexte de formation (outils, contenu, mode d’apprentissage, calendrier, …) qui s’adaptent à son niveau, ses besoins, ses préférences et lui permettent de progresser à son rythme" et de remplir les objectifs fixés.
Maintenant, une question se pose : Comment mettre en place un pilotage pour une formation ? Landsheere propose un pilotage formatif ou diagnostique :
Les élèves subissent un pré-test pour déterminer leur niveau de connaissance avant l’enseignement,
Les enseignants sont invités à concentrer leurs efforts sur les objectifs les moins bien atteints par leurs élèves,
Les enseignants proposent des tâches à réaliser, tant à l’école qu’à domicile, pour aider à atteindre ces objectifs. Dès qu’ils atteignent un niveau de maîtrise suffisant, les élèves en sont informés,
Les élèves sont soumis à un post test,
En fonction des résultats obtenus, le professeur élabore éventuellement un plan de remédiation.
Ce pilotage met en évidence la notion de provisoire et la nécessité éventuellement d’adapter la programmation suivant les difficultés rencontrées par les apprenants. Deux possibilités peuvent permettre à l’enseignant d’établir, si il y a besoin, et d’appliquer un plan de remédiation. Il s’agit :
d’un post-test,
d’un questionnaire qui permet aux étudiants de s’exprimer et d’évaluer la formation.
La remédiation peut intervenir au plan microscopique, en cours et en fin de formation, et au plan macroscopique, en vue d’améliorer les formations dans un temps n+1.
3- Les indicateurs
"Mesure destinée à servir le pilotage, un indicateur est une statistique directe et valide informant sur l’état et les changements d’ampleur et de nature, au cours du temps, d’un phénomène sociétal jugé important. En éducation, cette mesure informe notamment sur la santé et la qualité du fonctionnement du système, sur ce que connaissent les élèves, ce qu’ils sont capables de faire, et sur l’évolution positive ou négative de ces conditions (d’où l’intérêt à accorder à l’observation de caractéristiques durables) et sur des différences significatives qui peuvent exister entre des aires géographiques ou des institutions à un moment donné" et "un indicateur peut servir de clignotant dont il faut chercher les causes. Il attire l’attention et invite à l’action (pilotage). Il est aussi instrument de communication" .
Les indicateurs doivent donc servir le pilotage afin de s’assurer de la réussite ou non de la formation. Il convient alors d’établir une remédiation suivant les informations recueillies, en vue d’atteindre les objectifs fixés et donc d’obtenir une formation de qualité. Il apparaît qu’un pilotage se fait à partir d’indicateurs. Il faut rechercher les causes avant d’établir, s’il le faut, un plan de remédiation. Ces indicateurs doivent être "importants, valides, faciles à prélever, crédibles, et mettent sur la voie d’améliorations" .
Reste à savoir quelles informations doivent être identifiées par les indicateurs :
Une description des performances du système éducatif qui permettent d’atteindre les buts poursuivis.
Une information sur les caractéristiques liées aux résultats (ceci étant établi par la recherche expérimentale).
Une description de caractéristiques fondamentales du système. Elle doit permettre une meilleure compréhension du fonctionnement.
Une information à propos de problèmes qui se posent.
De l’information importante pour la politique éducative, notamment pour la décision de réformes.
Une description de caractéristiques générales, c’est-à-dire qui peuvent être observées sous une forme ou une autre dans tout le système, et qui peuvent être comparées dans divers contextes.
Des informations relatives à des caractéristiques permanentes de l’ensemble ou de sous-ensembles du système, formulées de façon à permettre la comparaison à travers le temps" .
Anthony JOUBIER
Bibliographie
Note ISO 8402
CIEP, Référentiel Qualité FLE, version du 05/09/2006.
Laurens P. et alii, Construire la qualité de la formation, réflexion théorique et guide pratique, érès.
Cuq J.-P. et Gruca I., Cours de didactique du français langue étrangère et seconde, PUG, 2002.
Landsheere G., Le pilotage des systèmes d’éducation, De Boeck Université, 1994.
