La Littoralité Francophone, 2001

Festival Globe-Théâtre
mercredi 5 février 2003 , par Jérôme Carujo
 
Ce stage se déroula en 2 temps : je profitais tout d’abord de mon stage pédagogique à Hong Kong pour y rechercher les utilisations du théâtre dans l’enseignement du FLE, puis je participais au festival Globe-Théâtre lors de mon retour en France.

Introduction

Suite à une annonce vue à l’AFLEUR, je décidai de postuler à un stage d’ordre culturel à l’association La Littoralité Francophone. L’opportunité de découvrir un milieu que je connaissais mal (celui du théâtre), dans le cadre d’un festival international, au contact de troupes étrangères, me paraissait des plus intéressantes.

J’y ai découvert bien plus que ça : l’enthousiasme des bénévoles, un important tissu associatif, une action vraiment oecuménique, qui, à côté des troupes internationales et des divers ateliers, forment véritablement l’identité et la marque de ces rencontres.

Canteleu : L’association « La Littoralité Francophone »

Présentation

La définition

Créée en 1983 (Journal Officiel du 15 juin 1983), La Littoralité Francophone est une association à but non lucratif dont l’objet est de favoriser la création, la transposition et la diffusion des oeuvres de cultures francophones, ainsi que le témoignage des réalisations et des réalités des milieux dans lesquels ces oeuvres ou ces cultures s’inscrivent.

Le néologisme « littoralité » signifie zone de contact, de rencontre des différences, comme se rencontrent l’eau et la terre dans le littoral, ou encore la littérature et l’oralité dans les arts. La Littoralité Francophone, au travers du théâtre et de la langue française, permet donc la rencontre des individus au regard de leur propre expression culturelle.

L’association, agréée de Jeunesse et d’Education Populaire depuis 1992, regroupe 150 membres bénévoles dont une dizaine d’associations.

Les instances

Le conseil d’administration de l’association est composé de :
Présidente : Isabelle OUKOLOFF
Secrétaire : Fabienne MALEXIEUX
Secrétaire-adjointe : Gaëlle TAVENNEC
Trésorier : Marc THOMMERET
Trésorière-adjointe : Anne DAVID
Membres : Guy BAGLAND, Michèle LE BRET, Frédérique GUERRINGA, Claudie DIAKHATE

L’équipe professionnelle

Pour réaliser l’ensemble de son activité, l’association, outre la participation importante et bénévole de ses membres, salarié du personnel :
Directeur et animateur : François GENEREUX
Chargée de développement : Marie BOURY
Comédiens animateurs : Bérangère BAILLEUL, Stéphan JONES, Isabelle LEMETAIS
Art-plasticienne : Christelle BRE
L’association contracte également auprès d’associations-partenaires la mise à disposition de l’un ou de l’autre de leurs professionnels (comédien, metteur en scènes, etc.).

Les activités

Ses activités sont de plusieurs ordres :

Les ateliers de théâtre

En place depuis 1985, les ateliers de théâtre animés par des comédiens salariés de l’association concernent plus de 1000 participants par semaine dans la région de Haute-Normandie. Les groupes d’ateliers sont constitués d’enfants dès 2 ans, d’adolescents ou d’adultes dont certains sont handicapés ou en situation socioprofessionnelle fragile.
En prolongement ou en complément naturel de ces ateliers s’ajoutent des ateliers sonores et musicaux, des ateliers de création de décors et d’accessoires, des sorties-spectacles, des voyages en France comme à l’étranger dans le cadre de festivals, de tournées ou de camps à dominante artistique, une participation des groupes à Globe Théâtre, ainsi que la création d’une bibliothèque d’oeuvres de théâtre francophone.

Les formations

Les formations sont des réponses à des demandes précises d’organismes comme les I.U.F.M., les Francas, l’Institut du Développement social ou la Direction Départementale de la Jeunesse et des Sports. Elles s’adressent donc à des publics d’éducateurs, de moniteurs-éducateurs, d’animateurs, de formateurs ou d’enseignants et portent principalement sur l’activité dramatique, les marionnettes, et l’expression sonore et corporelle.

Les spectacles

Les spectacles pour l’enfance et la jeunesse émanent également de cette volonté de l’association de participer activement à la diffusion des oeuvres de cultures francophones. Qu’il s’agisse de spectacles de rue, de transpositions de poèmes ou de contes, ou encore de tours de chants québécois, ces spectacles sont l’occasion de rencontres artistiques originales et d’échanges fructueux entre jeunes et moins jeunes, mais aussi entre professionnels et amateurs. Faire que se créent, se transposent, se diffusent des oeuvres des cultures francophones demeure une priorité de l’association.

Globe Théâtre

Globe Théâtre, Rencontre Internationale et Francophone de Théâtre-Jeunes organisée depuis 1994, permet chaque année aux groupes d’ateliers de l’association, mais aussi aux troupes d’autres régions françaises et d’autres nationalités qui le souhaitent, de se rencontrer par le théâtre dans un moment fort de découverte, d’échange, de partage et de joie. Spectacles, animations de rue, lectures, discussions, scènes ouvertes et stands divers sont au programme et permettent à chacun d’être tour à tour acteur et spectateur.

Globe Théâtre

L’historique

Globe Théâtre est né en 1994 des ateliers de théâtre réalisés au sein de l’association et des rencontres régionales, nationales et internationales auxquelles les participants ont pu prendre part. Il est donc intimement lié à l’activité quotidienne des ateliers et en constitue un moment privilégié.
A travers les éditions le festival s’est bien évidemment étoffé, redéployé, bref agrandi.

Les objectifs

Les objectifs de Globe Théâtre sont :
Favoriser la rencontre « socioculturelle »,
Initier plus de réponses appropriées aux besoins d’expression des jeunes,
Permettre à la mosaïque humaine représentée en Haute-Normandie d’y inscrire un espace d’échanges et de paroles,
Faire connaître le théâtre-jeunes ainsi que les oeuvres et réalisations francophones,
Créer une dynamique régionale de rencontres, d’animations et de fêtes,
Encourager la prise de responsabilités par des jeunes dans l’organisation et le déroulement de Globe Théâtre,
Développer le partenariat de structures éducatives de proximité, d’établissements scolaires de même que celui de compagnies de théâtre professionnelles, de centres culturels et d’artistes (écrivains, comédiens, etc.).

Le déroulement

Chaque troupe étrangère participant à Globe Théâtre effectue durant une semaine une tournée théâtrale dans la région de Haute-Normandie et joue entre 6 et 10 fois pour des publics scolaires et pour tout public. Au cours de cette tournée, les différents participants sont tour à tour acteurs et spectateurs, notamment lors des soirées publiques où deux ou trois troupes françaises et étrangères sont amenées à jouer les unes après les autres.
Des prestations de troupes professionnelles ou semi-professionnelles, suivies le plus souvent possible de débats, sont ponctuellement intégrées dans le déroulement du festival.
Des animations de rue (danses, chants, contes, extraits de théâtre, etc.) ou des lectures publiques en langue maternelle de préférence (sinon en langue française), ainsi que la mise en place et l’animation d’une exposition-vente de produits locaux (artisanat, livres, alimentation, etc.) sont prévues pour chaque groupe.
Des ateliers d’échanges et de formation peuvent être organisés à l’intention des enseignants dont l’expérience en matière de théâtre et de pédagogie sera alors vivement sollicitée.

La sélection des troupes

Globe Théâtre est ouvert à tous ceux qui, quelle que soit leur origine, souhaitent proposer une prestation théâtrale en français sous une forme ou sous une autre. La moyenne d’âge des participants doit être comprise entre 10 et 25 ans.

Les critères de sélection des troupes sont les suivants :
Originalité de la démarche du groupe,
Plaisir de l’ensemble des participants et qualité de l’expression,
Souci de l’ensemble de la troupe non seulement de jouer sa pièce, mais aussi de participer activement aux différentes manifestations liées à Globe Théâtre (animation d’ateliers auprès des jeunes et/ou des enseignants, animation de stands, lectures publiques, danses, chants en langue maternelle, etc.),
Durée maximale de la prestation : 40 minutes,
Accompagnement de la production artistique par un professionnel du spectacle de préférence,
Respect des échéances lors de la procédure de candidature.

Certaines troupes sont sélectionnées à travers d’autres festivals de théâtre francophone. Ainsi la troupe d’Ukraine a traditionnellement remporté le premier prix au « festival de théâtre francophone de Kiev », la troupe italienne a fait de même au Festival de théâtre international organisé par le Centre Culturel de Turin.
Les autres troupes sont sélectionnées à travers la soumission d’une fiche technique (cf. en annexe) qui a été envoyée à diverses Alliances Françaises, Centres Culturels et ambassades de par le monde.

L’élargissement au plus grand nombre de pays plutôt qu’à plusieurs groupes d’un même pays, le public concerné, sont des paramètres qui peuvent aussi éventuellement intervenir dans le choix des groupes. En effet, si le premier objectif de La Littoralité Francophone, par le biais de Globe Théâtre, est bel et bien de favoriser la diffusion et l’émergence d’oeuvres de cultures francophones, il s’agit aussi, par le théâtre francophone, de favoriser l’expression de jeunes de cultures différentes, de leur permettre de se rencontrer et d’échanger sur leur passion commune et sur eux-mêmes.

Conditions d’accueil

Chaque groupe reçu assure lui-même son transport jusqu’au point d’accueil au Centre du Panorama à Canteleu (5 kms de Rouen) ainsi que son retour,
Globe Théâtre prévoit lui-même l’hébergement collectif ou familial, l’alimentation et assume le transport pendant toute sa durée,
Aucun frais de participation n’est exigé,
Cependant, chaque groupe sélectionné doit impérativement faire parvenir aux organisateurs une caution de 500 francs qui lui sera restituée le dernier jour de Globe Théâtre mais qui sera conservée en cas de désistement.

Hong Kong : Recherches de structures similaires

Partant à Hong Kong faire mon stage pédagogique, l’opportunité de faire sur place des recherches concernant la situation de l’enseignement du FLE par le théâtre était belle. C’est pourquoi Marie Boury me demanda de me faire l’inventaire des structures existantes et de faire un état des lieux. Le cas échéant, la mise en réseau de ces structures avec la Littoralité Francophone serait idéale.
Autant préciser de suite que ces objectifs ne furent pas tous atteints.

Les recherches

Une première recherche consista à consulter sur l’Internet le site du consulat de France à Hong Kong et à Canton. Ainsi furent trouvées les adresses électroniques de divers personnes et organismes susceptibles de m’aider dans mes recherches :
L’attaché de coopération pour le Français au Consulat Général de France à Hong Kong, M. Patrick Coustance
Le directeur des cours à l’Alliance Française de Hong Kong, M. Jacques Cretin
L’Alliance Française de Macao
Le lycée français international Victor Ségalen, à Hong Kong
Le service culturel du Consulat Général de France à Canton
L’Alliance Française de Canton
L’Espace EduFrance Hong Kong

Les contacts pris

J’ai donc envoyé ce courrier électronique type à chacune de ses personnes ou organismes.

From : "jerome carujo"
To : XXXXXXXXXXXXXXXXXXX
Subject : demande de renseignements sur la situation du FLE a XXXX
Date : Thu, 22 Mar 2001 06:33:42 +0100
Madame, Monsieur,
Etudiant en maîtrise de FLE, j’effectue mon stage culturel au sein de l’association La Littoralité Francophone, dans le cadre de la huitième édition du Festival International et Francophone de Théâtre-Jeunes "Globe Théâtre".
Ce festival permet à de jeunes francophones de différents pays de se rencontrer, d’échanger, mais aussi d’effectuer une tournée théâtrale en Haute-Normandie. Ces représentations sont produites en milieu scolaire et universitaire.
Mon projet de stage est d’effectuer des recherches sur la situation de l’enseignement du FLE par le théâtre a Canton et, le cas échéant, d’entrer en contact avec les structures concernées afin de pouvoir dresser un bilan.
C’est dans cette optique que je me permets de prendre contact avec vous dans l’espoir que vous puissiez me guider dans ces démarches.
Je serai ravi de vous fournir toute information complémentaire sur "Globe Théâtre" ou mon projet de stage, et de vous rencontrer si vous le désirez. Etant actuellement a Hong Kong, et ce jusqu’au 18 avril, vous pouvez facilement prendre contact avec moi par email ou au 9475-1076.
En vous remerciant par avance du temps que vous voudrez bien accorder à ma requête, je vous prie, Madame, Monsieur, d’accepter mes salutations distinguées,
Jérôme Carujo

Les réponses

Sur cet envoi, je ne reçus que 2 réponses, l’une de M. Cretin, l’autre de M. Coustance.
M. Coustance me proposa de prendre rendez-vous avec lui afin de discuter de ces questions. La seule date possible fut l’avant-veille de mon départ pour la France. A ce moment, il n’eut plus d’informations nouvelles à m’apporter. En effet, la situation de l’enseignement du FLE par le théâtre à Hong Kong est pour ainsi dire inexistante.
C’est M. Cretin qui me l’annonça et m’en donna la raison à travers l’exemple de l’échec de ce type de cours à l’AF : « L’AF, quant à elle, propose un atelier théâtre depuis janvier de cette année, sans succès jusqu’ici. Cette approche du français par le théâtre est sans doute difficile pour notre public adulte hongkongais, pressé, très actif et soucieux d’une efficacité qu’il ne voit pas dans le théâtre.  ».
Cependant, il m’indiqua une piste que la suite de mes recherches confirmèrent malheureusement comme étant unique « Il y a chaque année un festival d’art dramatique organise au niveau des écoles secondaires par les clubs de français. L’organisateur principal de cet événement ne cache pas d’ailleurs sa déception au vu du manque d’intérêt des collègues pour inciter leurs élèves a participer. Il s’agit de M. Jean-Michel SOURD qui travaille comme professeur de français a DIOCESAN BOYS’ SCHOOL. Lui, par contre est très actif et s’investit beaucoup dans son travail. »

Un cas à part : J M Sourd

C’est ainsi que j’ai pris contact avec Jean-Michel Sourd, un professeur de français des plus actifs sur Hong Kong. En plus de son travail de professeur, d’être président de l’association des professeurs de FLE de Hong Kong, d’organiser des rencontres inter-scolaires de théâtre francophone, de mettre sur pied expositions et diverses rencontres artistiques, il prépare également une thèse à l’université de Rouen (thèse suivie par M. Gardin).
Jean-Michel Sourd est professeur de français dans une école du système britannique (Diocesan Boys’ School).
Il me confirma que l’enseignement du FLE par le théâtre était une rareté à Hong Kong et le festival d’art dramatique qu’il organise ne rencontre qu’un succès très modéré. Ce type d’enseignement n’existe à un état embryonnaire qu’au niveau du secondaire, étant complètement abandonné au niveau universitaire.

Entretien

Au cours de la prise de contact avec Jean-Michel Sourd, celui-ci m’a proposé de réaliser un entretien par courrier électronique sur la situation de l’enseignement du FLE par le théâtre à Hong Kong et ses initiatives personnelles dans ce domaine.
Je suis convaincu que cet entretien se révélera profitable à toutes personnes intéressées par le sujet.

Q1 : Jean-Michel, accepterais-tu de te présenter en m’expliquant ce qui, dans ton passé, t’a amené à t’intéresser particulièrement au théâtre, si tu as suivi une formation, où, quand, par qui, etc. ?

Je m ?intéresse d ?une manière active au théâtre depuis le lycée où avec un groupe de camarades, j ?avais mis en scène la pièce de René de Obaldia, ?Le général inconnu ?. Je me souviens que je passais alors les épreuves du bac, et que j ?avais réussi à combiner les deux, car j ?avais une réelle passion pour ce projet. Ce fut d ?ailleurs un double succès. Ces camarades sont devenus pour les uns acteurs de rue et pour les autres créateurs de spectacles de marionnettes. Le lycée où j ?étais était une vraie pépinière de talents car on peut y compter Etienne Daho, François Negret, Mariana Otero. Moi-même, je me suis risqué par 3 fois au concours de l ?Institut National des Arts du Spectacle de Bruxelles (dans la section mise en scène), et à la FEMIS à Paris.

Q2 : Peux-tu aussi parler de l’école où tu travailles, du type d’élèves à qui tu t’adresses et de la façon dont tu intègres le théâtre francophone à ton enseignement du FLE ?

Depuis 1993, je travaille à l ?École Diocésaine de Garçons, une école secondaire anglo-chinoise, très ancienne fondée en 1869. Je suis directeur du Département de Français, qui en fait ne compte qu ?un seul et unique professeur : moi-même ! Les étudiants poursuivent une formation en FLE depuis le niveau de la 6ème jusqu’à la Seconde où ils passent les épreuves de l ?examen de français de l ?Université de Cambridge (GB), le IGCSE. Le but est qu ?ils obtiennent au moins la moyenne. Toutefois, comme je place la barre de niveau assez haut, nombreux sont ceux qui obtiennent B ou même A à leur examen. De même, la méthode employée est celle de la non-méthode, c ?est-à-dire que pour rassurer l ?établissement, j ?utilise le manuel « Fréquence Jeunes », mais en fait, je dépasse tout le temps ce manuel en intégrant non seulement des textes trouvés sur Internet ou dans des revues et journaux, mais aussi en offrant aux étudiants une approche du monde francophone à travers des films sélectionnés en format DVD ; ce qui facilite la compréhension à divers niveaux de l ?apprentissage. A ces expériences, s ?ajoute celle de la créativité en motivant les étudiants à écrire, jouer et mettre en scène de petites pièces de théâtre, à l ?occasion d ?un Festival annuel d ?Art Dramatique Francophone. Cela demande bien sûr beaucoup d ?énergie, de disponibilité et de dévouement car ce n ?est pas avec les 6 périodes de 35 minutes de cours hebdomadaires que des miracles peuvent se faire.

Q3 : Comment organises-tu ton activité ? Choisis-tu des oeuvres connues ou des créations de tes élèves ? Dans le cas d’oeuvres connues, les fais-tu jouer en entier ou seulement certaines scènes ? Quelle place est laissée à l’improvisation ?

Comme je le disais plus haut, j ?utilise le potentiel de créativité de mes élèves, donc pour l ?instant, je n ?ai jamais envisagé de faire jouer une ?uvre francophone connue, mais c ?est une idée que je ne rejette pas et que j ?aimerais peut-être réaliser l ?an prochain, pour faire varier l ?expérience, car je déteste la routine, et mon but ultime est de toujours renouveler mon enseignement.

Q4 : Quelles réticences connaissent tes élèves face à cette activité ? A l ?opposé cela déclenche-t-il de l’enthousiasme ? Ressens-tu des différences selon l’origine des apprenants (chinoise, britannique ou autre) ?

Bien sûr, il y a des réticences. Ce sont surtout celles relatives au temps qu ?il faut consacrer pour apprendre un rôle. De plus, le principal obstacle est que le spectacle a très peu de retombées au niveau de la reconnaissance des institutions locales et de l ?audience. Mon propre directeur soutient avec distance cette activité sous prétexte qu ?il ne connaît pas le français. Le français est plutôt considéré comme une matière « accessoire » aux yeux des élèves. Quelque soit leur origine, (chinoise, indienne, pakistanaise, philippine et anglo-chinoise), l ?enthousiasme dépend de l ?individu et de la confiance qu ?il porte pour le projet.

Q5 : Quels progrès as-tu constaté ? Dans quel domaine sont-ils les plus notables (prononciation, production orale, voire même production écrite dans le cas de création de pièces) ?

Les progrès vont et viennent. Ils dépendent vraiment du profil de l ?élève qui s ?y implique. Il est certain qu ?au niveau de l ?oral, il y a quelque chose qui reste pour ceux qui y croient le plus. Au niveau de l ?écrit, il y a un réel travail de recherche par le petit groupe, qui prend en charge l ?écriture, mais si on se place sur le registre de la créativité, on note beaucoup d ?influences du cinéma américain hollywoodien. Toutefois, cette année, la pièce produite en collaboration avec une école de filles a cassé ce schéma traditionnel.

Q6 : M Cretin de l’Alliance Française a mentionné que tu organises chaque année un festival d’art dramatique au niveau des écoles secondaires. Peux-tu présenter ce festival ?

présenter ce festival ? C ?est un Festival qui existe, à peu près depuis 7 ans. Il a été créé, à la suite de la Fédération des Clubs Français des Écoles Secondaires de Hong Kong, que j ?ai créée aussi en 1994. Au départ, c ?était une compétition de pièces de théâtre en français où diverses écoles pouvaient collaborer en binômes. Ensuite, cet esprit de compétition ayant été vivement critiqué, j ?ai transformé cette rencontre en une espèce de fête théâtrale où chacun respectait le talent des autres.

Q7 : Ton approche du FLE par le théâtre est donc partagée par d’autres professeurs dans d ?autres écoles ? Y a-t-il néanmoins différents points de vue sur la question ?

Mon approche est partagée « de loin »par les autres professeurs. Je pense que fondamentalement, si je ne fixais pas de date, rien ne serait réellement fait. La tendance du corps professoral au niveau du français, à Hong Kong, et j ?ajouterai même au niveau de toutes les disciplines, est foncièrement proche de l ?inertie totale. Il y a non seulement un réel manque d ?initiative de la part de mes collègues du secondaire, mais aussi un manque d ?intérêt pour ce qu ?ils font, et surtout une peur des responsabilités. Je me demande parfois pourquoi ils ont choisi ce métier. Il y a heureusement quelquefois des exceptions, mais elles sont éphémères. En d ?autres termes, je pense que si je n ?organisais pas cet événement annuel, il n ?existerait tout simplement pas.

Q8 : J’imagine que cette pratique représente pour toi un investissement lourd. Peux-tu me parler des contraintes, quelles soient matérielles ou de temps ?

D ?abord, il faut convaincre chaque année les collègues, les relancer constamment. C ?est parfois épuisant. Combien de mêles, de fax envoyés, de coups de fil passés ? Ensuite, il faut aussi garder, après l ?avoir lancée, la motivation des élèves, se battre avec la bureaucratie locale pour réserver la salle et demander l ?aide technique de l ?équipe audio-visuelle de mon école, qui ne s ?intéresse guère en général au français. L ?Association Français Langue Étrangère qui regroupe environ un tiers des professeurs de français aide financièrement à l ?élaboration du projet, mais ses membres, du secteur universitaire, en particulier, ont tendance à bouder l ?événement. J ?ai rarement vu des universitaires venir avec leurs étudiants ou les encourager à assister aux représentations. De plus, au niveau du secondaire, les écoles internationales et du système anglais (English School Foundation) ne se manifestent guère. Je ne comprends pas cette attitude clanique qui désagrège vraiment l ?image du français à Hong Kong.

Q9 : J’aimerais aussi que tu me parles des réalisations dont tu es le plus fier, des souvenirs qui t’ont le plus marqué dans ton activité .

Il est difficile d ?en parler, car je suis probablement trop perfectionniste pour être vraiment satisfait par l ?une de ces manifestations théâtrales. Toutefois, il y deux ans, j ?avais lancé un nouveau projet de concours d ?élocution française que le lycée français dans le cadre de la journée mondiale de la francophonie avait bien voulu héberger. Environ sept écoles avaient participé, et les épreuves avaient duré toute l ?après-midi. Des représentants de l ?Alliance et du Consulat avaient bien voulu prendre part parmi les membres du jury. Toutefois, paradoxalement, aucun représentant du lycée français n ?était présent. Il y a 5 ou 6 ans aussi, j ?avais réécrit totalement une pièce, d ?abord écrite en anglais. J ?y ai passé de nombreuses heures à remanier toute l ?histoire pour que certains personnages parlent en vers. La représentation qui durait plus d ?une demi-heure fut vraiment remarquable grâce au dynamisme d ?un étudiant belge en échange international dans mon école et grâce aussi à l ?intervention d ?une jeune chinoise d ?une autre école, qui avait vécu en France et qui possédait un français remarquable. Je garde encore contact avec elle et je suis ravi de lui donner encore des conseils dans ses études.

Q10 : Enfin, accepterais-tu de donner quelques conseils aux jeunes professeurs de FLE qui voudraient se lancer sur tes traces ?

C ?est avec plaisir que je les aiderais, mais je dois les prévenir qu ?ils doivent avoir les reins solides et une motivation profonde et permanente. Ils ne doivent pas se décourager, même s ?ils se sentent, des fois, très seuls sur le chemin. Ils doivent avoir une conviction inébranlable, une très grande confiance en eux-mêmes, et finalement une réelle vocation et un vrai esprit de dévotion dans ce qu ?ils croient être juste et vrai. Cela devient de plus en plus rare de trouver de nos jours ce type d ?hommes ou de femmes.

Vers une mise en réseau

Jean-Michel Sourd n’a pas caché son intérêt pour venir participer à Globe Théâtre avec des élèves hongkongais. Néanmoins ce ne sera pas forcément chose aisée du fait de la présence d’examens vers la fin mai dans les écoles du système britannique et du coût de transport pour venir de Hong Kong à Rouen. Toutefois il existerait peut-être des possibilités de faire sponsoriser ce voyage par le service culturel du consulat.

(note : Jean-Michel Sourd est bel et bien venu avec une troupe d’élèves à l’édition 2002 de Glôbe Théâtre)

Canteleu : Globe Théâtre 2001

Déroulement du festival

Les huitièmes Rencontres Francophones de Théâtre Jeunes se sont déroulées du 20 au 27 mai 2001, avec la présence de 7 troupes étrangères amateurs,
El Wannis, Algérie
MJC de Ciney, Belgique
Le royaume des bons, Hongrie
Personne n’est parfait, Italie
La section bilingue de Brno, République Tchèque
La première, Russie
Voilà, Ukraine
1 troupe étrangère professionnelle (la seconde, du Cameroun, n’a malheureusement pas pu venir pour cause de visa),
Le théâtre de la Renaissance, Belgique
ainsi que plusieurs troupes françaises,
La réplique, Rouen
Le collège Fontenelle de Rouen
Le lycée André Maurois d’Elbeuf
La ligue en fête, foyer Edmond Debraize du Havre
L’école primaire de Deux-Evailles (Mayenne)
entre autres.

Prestations

Chaque troupe eue entre 6 et 10 représentations à faire, dans des espaces culturels institutionnels (Espace culturel François Mitterrand à Canteleu, la Chapelle St Louis à Rouen, le Théâtre de Duclair) ainsi que dans des structures de proximité (Foyer rural de St Jean du Cardonnay, Foyer municipal de Bihorel, Salle polyvalente de Bouville, Salle polyvalente de St pierre de Varengeville). C’est cette dualité dans les lieux qui donne tout son intérêt de un festival comme Globe Théâtre : en effet, il se crée ainsi une véritable passerelle entre l’art institutionnel et une approche plus populaire, quasiment de quartier.

Stands et animations de rues

Diverses animations de rues se tinrent le jeudi matin, à Canteleu, place de la mairie. Elles prirent place autour de stands, lieux d’exposition et de ventes de produits locaux pour les différentes troupes participantes.
Certains participants étaient venus en costumes traditionnels (du Piémont, d’Algérie), d’autres présentaient des cours spectacles de danses, de chansons, et aussi de théâtre.
L’ambiance y fut très bonne, attira de nombreux curieux, et servit de vitrine à la fois pour le multiculturalisme de Globe Théâtre et pour les divers pays représentés.

Ateliers internationauxdumercredi

Diversateliersétaientouvertsàtous, moyennant une participation de 10 à 30 francs, le mercredi toute la journée.
« Approche de l ?improvisation », animé par Frédéric Seintignan
« Théâtralisation de poèmes et musiques », animé par Patrick Rousseau
« Présentation interactive de démarches en direction de la petite enfance et du personnel responsable », animé par François Généreux
« Chants et danses africaines », animé par Christian Nguesse
« Du re-jeu à la création », animé par Isabelle Lemétais
« Travail d’acteur », animé par Stéphane Jones
« Chants et danses africaines », animé par Christian Nguesse
Ces ateliers permirent un véritable échange entre les différentes troupes étrangères qui étaient pour cette journée séparées en divers groupes. Une réelle interaction multiculturelle centrée sur la pratique du théâtre eue donc lieu.

Débat

Un débat fut organisé par Barbara Mengel et Johanne Balemboy à la chapelle St Louis le mardi 22 mai. Il avait pour thème « Théâtre et apprentissage du français comme langue étrangère ». Il fit intervenir les accompagnateurs de différentes troupes étrangères, ainsi que François Généreux, président de la Littoralité Francophone, et Monsieur Modard, professeur à l’université de Rouen.
La mise sur pied de ce débat représenta un travail remarquable, plus que conséquent :recherche d’une salle, d’intervenants, annonce, et ce pendant une période très chargée, à l’approche des examens et en plein déroulement de Globe Théâtre.
Le débat fut captivant et la faible représentation de la section FLE (1 seul professeur et bien peu d’étudiants) en est d’autant plus regrettable.
Il dut malheureusement être écourté pour laisser la place à une représentation, mais l’échange d’idées continua en toute liberté devant un verre à la buvette du théâtre, et les divers intervenants échangèrent même leurs adresses afin de mettre en place certains projets, nés de ce débat.
Ce fut donc, et de l’avis de tous, un réel succès.

Mon rôle

En arrivant assez tard dans le festival car revenant de stage pédagogique et d’entretiens passés en Angleterre, je ne fut pas, contrairement à d’autres stagiaires, cantonné à l’accompagnement d’une troupe. Mon rôle fut multiple, donc d’autant plus intéressant. J’ai ainsi pu voir les multiples facettes de l’organisation d’un festival tel Globe Théâtre, qui se déroule sur plusieurs jours et sur plusieurs villes.
La gestion en est pour le moins complexe et il était motivant de faire partie d’un tel projet.

L’électron libre

Ainsi, selon les jours et les besoins, je fus affecté à différents lieux et à différentes tâches.
Pour en citer quelques-unes, je participais à la soirée d’ouverture le lundi soir.
Le mardi, j’accompagnais Marie à Saint Pierre de Varengeville afin de voir le fonctionnement sur le terrain, d’aider à l’accueil des troupes et du public et de servir de relais avec la Littoralité Francophone. L’après-midi, je me rendais à la chapelle St Louis afin de prêter main forte à l’organisation : mise en place des prestations, aide de dernière minute pour le débat, tenue de la buvette.
Le mercredi, accompagné de Barbara Mengel, je visitais divers ateliers, notamment au centre municipal du Panorama à Canteleu et à la Chapelle St Louis. Ces ateliers se révélèrent passionnants et permirent de mesurer l’enthousiasme communicatif des divers animateurs et participants.
Le jeudi matin fut consacré à la mise en place des stands et aux animations de rue des troupes étrangères en ce qui constitua un des grands moments de convivialité de ces Rencontres.
Le vendredi constitua une journée spéciale. Ce fut ma dernière journée à Globe Théâtre et je me retrouvais avec une double casquette : celle de représentant de l’association sur un site défini : le théâtre de Duclair, et celle d’accompagnateur du groupe ukrainien. C’est donc sur cette situation de responsabilité que s’acheva mon stage, et c’est pourquoi je vais y consacrer une section spéciale.

Une journée à Duclair

Comme je viens de le signaler, cette journée a une signification particulière au sein de mon stage. Ce fut non seulement la dernière, ce fut aussi celle où j’ai eu à assumer le plus de responsabilités.
Relais de la Littoralité Francophone à Duclair, j’étais en charge de l’accueil des troupes et du public. Cela impliquait résoudre les petits problèmes de dernières minutes qui pouvaient se présenter, s’assurer que les troupes étaient au courant de la programmation et prêtes dans les temps, faire la présentation des spectacles, s’occuper des entrées, remplir les fiches-spectacles afin de noter le nombre de spectateurs et les conditions d’accueil ainsi que les réactions, etc.

Le programme de cette journée fut le suivant :
9h00 Le théâtre « Voilà » présente La folle journée ou le mariage de Figaro de Beaumarchais, suivi de Il y a un monstre dans les zakouskis par les jeunes de la MJC de Ciney.
14h30 La classe de quatrième du collège Fontenelle de Rouen propose Histoires à lire debout de Jean-Paul Allègre, suivi d’une nouvelle représentation des Ukrainiens.
20h30 Zazie dans le métro d’après Raymond Queneau par la troupe italienne « Personne n’est parfait », suivi du mariage de Figaro, puis de On ne refait pas l’avenir d’Anne-Marie Etienne par le groupe d’atelier de l’Association familiale de Pissy-Pôville.

Le public fut majoritairement un public scolaire pour le matin et l’après-midi, tout public le soir.

L’accompagnement de la troupe ukrainienne fut une expérience très agréable. J’avais déjà rencontré cette troupe au cours du festival. Elle était composée d’une dizaine de membres d’une vingtaine d’années et des 2 chauffeurs de bus. L’objectif était de s’assurer que tout était en ordre et de répondre à leurs demandes. Je les accompagnais manger à midi dans un collège voisin et leur firent visiter la ville pendant les pauses de la journée.

Bilan

Cette découverte en profondeur du milieu associatif dans le cadre de l’organisation d’une manifestation de grande envergure ainsi que la recherche (même si infructueuse) de structures similaires à Hong Kong fut des plus intéressantes.
A Hong Kong, je me frottais à la réalité d’un réseau culturel français à l’étranger dans lequel tout le monde connaît tout le monde. Ma visite au Consulat pour rencontrer l’attaché de coopération pour le Français fut certainement enrichissante sur un plan personnel en m’aidant à démystifier ce qu’est réellement un service consulaire.
Durant le déroulement de Globe Théâtre, mon rôle, un petit peu touche-à-tout, me permis de découvrir les multiples facettes de cet événement, des nombreuses contraintes et difficultés de tout ordre qu’il faut gérer dans une immédiateté qui ne simplifie rien. Je me suis aussi rendu compte que la grande motivation et l’énorme disponibilité des membres d’une association pouvaient contrebalancer des moyens parfois limités.
Je souhaite donc une bonne continuation à l’aventure Globe Théâtre et le meilleur à toute l’équipe de la Littoralité Francophone.

La Littoralité Francophone, 2 rue Prés Sénard, 76380 CANTELEU, FRANCE

Contrat Creative Commons
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