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vendredi 17 juin 2005, par
Deuxième angle d’approche du « mot » : son contenu sémantique. On ne s’attardera pas sur la terminologie, chacun connaît le sens de dénotation, connotation, synonymie, antonymie, métaphore, métonymie. Faut-il les enseigner ? À un niveau déjà très avancé, sans doute, mais ils sont trop savants pour de jeunes élèves, et ils encombreraient inutilement leur mémoire. On donne généralement des équivalents en utilisant le mot « sens » avec un adjectif simple approprié : sens propre, sens figuré, même sens, sens opposé, etc.
Nous sommes là dans le domaine privilégié des dictionnaire [1] : c’est dans un dictionnaire qu’on cherche le sens d’un mot inconnu, qu’on en cherche une définition, qu’on trouve éventuellement des exemples, des phrases où le mot est employé en contexte. Pour être tout-à-fait juste, on trouve parfois d’autres informations : par exemple des termes comme humain et non-humain, animé et non-animé, concret et abstrait, qui sont autant de traits distinctifs permettant une première organisation du lexique. Par les classes d’objets, ces traits peuvent être affinés. On trouve enfin dans les bons dictionnaires des indications sur le registre de langue dont relève tel ou tel mot ou telle ou telle de ses acceptions : familier, populaire, régional, argotique, vulgaire. Indications précieuses s’il en est, et que l’approche communicative, d’ailleurs, loin de les renier, affectionne.
Un dernier mot sur « la charge culturelle partagée », chère à Robert Galisson, qui n’est pas sans rapport avec l’axe syntagmatique de la thématique, à laquelle nous allons venir. Robert Galisson regrettait que les dictionnaires ne disent rien des associations que certains mots suscitent tout naturellement chez un natif : le mot dragée, par exemple, est, chez un français, immédiatement associé à baptême, bébé, parrain, rose, bleu, etc. Apprendre les mots français, c’est aussi apprendre à quoi pense spontanément un français quand il les utilise.
Restons-en là pour l’approche sémantique. Une dernière mise en garde, tout de même : la synonymie est abondamment utilisée par les enseignants pour expliquer un mot inconnu par un seul autre mot connu, ou pour tester les acquis lexicaux. Observons les phrases suivantes :
Au vu de ces deux phrases, beaucoup d’enseignants seront tentés de dire que content et heureux sont synonymes. Jusqu’au jour où ils constateront ce qui suit :
... où l’on voit que content est (para)synonyme de heureux pour une de ses acceptions, et de satisfait pour une autre.
Troisième angle d’approche du « mot » : sa thématique. Paul Boggards donne un exemple des rapports paradigmatiques et syntagmatiques qui dessinent le champ lexical d’un mot. « Dans un champ lexical comme transports, il existe des rapports paradigmatiques de nature sémantique entre des unités linguistiques comme poids lourd et camion, ...tandis que les paradigmes morphologiques présentent des séries comme conduire, conducteur, conduite ; voyager, voyageur, voyage, etc. Les rapports syntagmatiques établissent des liens, d’une part entre voiture et rouler, entre compagnie et aérien, etc., d’autre part entre des unités linguistiques comme voyager, billet, train, bagages, arrivée, etc. ». Stricto sensu, d’un seul point de vue thématique, les rapports morphologiques, sémantiques et syntaxiques sont prévisibles mais non indispensables pour définir un thème : les cinq derniers mots cités n’ont pas d’autre lien que le lien thématique, et ils suffisent pour révéler dans un texte la présence d’un champ lexical, champ qui est d’ailleurs plutôt celui du voyage que celui du transport.
Ce type d’approche a donné lieu très tôt dans l’histoire de la didactique des langues à de multiples listes thématiques, dont le dernier avatar en date pourrait bien être le chapitre « Objets et Notions » du Niveau-Seuil. Si les vocabulaires thématiques par listes ne semblent pas avoir donné les résultats qu’on en escomptait, l’approche thématique des textes est en revanche plus prometteuse, car, sous les termes relativement récents de scripts (ou scénarios), et d’inventaires, c’est bien de cela qu’il s’agit.
À suivre
[1] Notamment du Dictionnaire du français usuel, 15000 mots utiles en 442 articles, de Jacqueline Picoche et Jean-Claude Rolland, Bruxelles, Duculot-De Boeck, 2002, 1064 pages. Versions cédérom et cédérom en réseau.