Internet en FLE, je commence par où ? (Partie 1)

Un petit tour de ce que l’on peut faire avec Internet en tant qu’enseignant de FLE.
dimanche 18 mars 2007 , par Fabrice Darrigrand
 

Ce travail a été crée pour figurer dans les actes d’une conférence organisée par le Centre de Documentation Pédagogique d’Alep et le Campus numérique francophone d’Alep en Syrie. Il vient en complément d’une intervention intitulée « L’Internet en classe de FLE » donnée pour la première fois à Alep le 10 Décembre 2006 auprès d’un public d’enseignants de FLE dans des écoles privées en Syrie. Il s’adresse donc à des débutants en informatique dont les conditions d’accès à Internet sont difficiles.

Avant-propos

Internet est devenu un média de prime importance dans la majorité des sociétés où l’accès au réseau mondial est possible. Se faisant, il a profondément transformé les sociétés : mode de communication, de consommation, de travail, jusqu’à affecter la représentation de soi. Il est impensable que le monde de l’enseignement reste imperméable à ces changements. À plus forte raison lorsqu’il s’agit de l’enseignement des langues, moyen de communication primordial, se trouvant renforcé du "besoin de communiquer" engendré par les possibilités offertes par le nouveau média. ¬_ Si l’utilité d’Internet pour l’enseignant n’est plus à prouver, il n’en reste pas moins que l’enseignant se trouve fréquemment submergé par la quantité d’information disponible en ligne ou les applications pédagogiques des derniers outils à la mode. Beaucoup ont déjà entendu parler de cyberenquêtes, podcast, blogs, portfolios, wikis, etc., mais hésitent encore à les utiliser, faute de temps, de moyens ou de courage pour s’atteler à la tâche qui consiste à maîtriser les outils nécessaires. Pendant ce temps, le fossé séparant les habitudes des élèves friands d’Internet (particulièrement les plus jeunes) et les pratiques de classe ne cesse de se creuser.


Introduction

Dans cette présentation, nous interrogerons les enseignants participant sur leur rapport à l’Internet : leurs habitudes, les sites et applications qu’ils fréquentent au niveau personnel comme professionnel. Nous étendrons cette réflexion à ce qu’ils pensent être les habitudes de leurs étudiants avant de nous intéresser aux possibilités d’utilisation d’Internet qu’ils entrevoient en fonction de leurs configurations : disponibilité du matériel informatique, accès à Internet (fréquence, qualité de la connexion, coût) pour eux, et pour leurs élèves.
Dans la mesure du possible, nous considérerons les apports d’Internet sans nous assujettir à la technologie : nous verrons à travers des exemples que certaines pratiques rendues populaires par Internet sont en fait le fruit de tendances en pédagogie qui ne souffrent pas d’un mauvais accès aux ressources et outils en ligne.
Ainsi, nous transposerons les apports généraux de l’Internet au monde de l’enseignement pour les relier à des principes pédagogiques établis : pédagogie du projet, approche actionnelle, praxéologie, socioconstructivisme, intérêt du multimédia dans une approche cognitive. ¬_ Dans un deuxième temps, nous verrons des exemples de pratiques basées sur ces principes et utilisant les possibilités d’Internet. Ces exemples seront présentés en fonction de l’intérêt qu’il présente :
- pour l’enseignant et son autoformation,
- dans les pratiques de classe,
- dans une utilisation autonome par les apprenants.

Partie 1 : Internet et la pédagogie : définition de principes pour une utilisation pédagogique d’Internet

Internet pour tous

Pour tous, Internet, dans un usage personnel, est largement évocateur. Un remue-méninges sur les mots et idées associées à Internet donnerait certainement de très nombreux résultats. Je garde ici ceux qui me semblent les plus pertinents et intéressants pour notre propos :
- Multimédia (Internet supporte le texte, l’audio et la vidéo)
- Partage, collaboration, réseaux, communication, diffusion (les outils de mèl, chat, forums, voix sur IP, sites de rencontre, travail en réseau)
- Information (Internet comme une immense base de donnée renfermant toutes sortes d’information)
- Divertissement, ludisme (on se connecte à Internet pour s’amuser, comme on regarde la télévision)
- Instantanéité, facilité (faire ses courses sans sortir de chez soi, tapez un mot dans un moteur de recherche pour voir immédiatement apparaître des résultats, l’information à portée de clic)
- Disponibilité (le réseau est accessible 24h/24, 7j/7)
- Expression (n’importe qui peut ouvrir un site, un blog et présenter ses travaux, ses pensés au reste du monde)

De la nature de l’apprentissage

L’apprentissage est particulier par nature
"Mais combien de fois faudra-t-il te le répéter ?!" reproche le parent à l’enfant fautif. La répétition est aussi nécessaire à l’apprenant qu’elle est fastidieuse à l’enseignant. Parce que l’on n’apprend pas tous au même rythme, les deux partis ont tout à gagner à confier cette tâche à une machine qui s’adaptera automatiquement aux besoins de l’apprenant.
Les fonctions cognitives qui entrent en jeu dans l’apprentissage d’une langue sont analysables et quantifiables. De nombreux paramètres comme la dépendance au champ, la perception, la rétention, l’empan mnésique, permettent de définir des styles d’apprentissage, donc des types d’apprenant. Dans une certaine mesure l’enseignant peut prédire l’efficacité ou l’inefficacité d’une activité en fonction du type d’apprenant. Cependant, il est quasiment impossible de proposer une activité satisfaisant tous les types d’apprenant.
Dans tout apprentissage, nous mettons un jeu un grand nombre de compétences, d’astuces, de stratégies plus ou moins efficaces pour apprendre. Certains préfèrent étudier à travers des jeux de rôle, d’autres préfèrent une approche studieuse. Il est délicat de préjuger de l’efficacité des stratégies d’apprentissage que l’élève met en place. L’enseignant peut simplement les respecter tout en proposant à l’élève d’enrichir son panel de stratégies disponibles.
En admettant ces notions, on admet aussi qu’il n’y a pas un chemin pour s’approprier la connaissance, la maîtrise de la langue. Chercher à inculquer le savoir, c’est tracer un chemin unique sans se soucier de ceux qui préfèrent s’approprier le savoir en trouvant par eux-mêmes l’information. _
Apprendre à son rythme, en faisant ses propres choix en fonction de ses préférences, semble incompatible avec les pratiques de classe traditionnelles. En déléguant une partie de sa tâche à des outils informatiques, l’enseignant offre à l’apprenant un espace-temps propice à un apprentissage personnalisé et accepte de prendre une place de guide au sein du processus de transmission du savoir. L’apprentissage est multimédia par nature.
L’apprentissage de notre langue maternelle s’est fait à l’école comme en dehors à travers des textes, des discours, des dialogues, des images, etc.
Notre perception du monde est multi-sensorielle et notre esprit est en éveil quand tous nos sens sont stimulés.
Le multimédia facilite la communication. L’utilisation de l’image dans un texte permet de clarifier le sens. La télévision semble plus à même de nous faire comprendre des phénomènes complexes à décrire à l’écrit. Une simple image vaut un long discours.
Du point de vue des sciences cognitives le multimédia est plus à même de laisser une empreinte profonde dans la mémoire. L’empreinte cognitive, la trace que laisse le mot dans la mémoire est plus forte si le mot est perçu sous ses différentes formes. C’est ce que l’on dit quand on affirme : "je ne me souviens pas d’un mot tant que je ne l’ai pas vu écrit".
L’apprentissage des langues est un apprentissage humain. Au-delà d’apprendre une langue, l’enjeu est aujourd’hui d’apprendre à communiquer dans une autre langue, dans une autre culture. Il ne s’agit pas seulement de maîtriser un système linguistique, mais également les codes sociaux qui sont autant de clés pour la compréhension de l’autre. L’image et la vidéo sont deux supports de choix pour enseigner l’interculturel.
Le multimédia bénéficie d’un a priori positif auprès des apprenants : il est connoté positivement et est synonyme de divertissement, de facilité, de ludisme, et -malheuresement ?- d’extrascolaire.
La pratique quotidienne de l’informatique, l’utilisation de téléphones portables équipés de caméra, de lecteurs mp3 inclus les apprenants dans un monde où le multimédia est une donnée fondamentale. Cette tendance ne fera que se renforcer avec l’arrivée de générations n’ayant pas connu le monde sans Internet ou sans téléphones portables.

Apprendre par le multimédia est à la fois naturel et efficace. Ordinateurs et téléphones portables proposent des environnements capables de gérer tous les médias et d’y ajouter la possibilité d’interaction. Cependant, interagir avec une machine comporte des limites : le manque d’interactions humaines. Internet permet de les dépasser en ajoutant une dimension sociale. L’apprentissage est social par nature
Le langage est un phénomène social. L’apprentissage de la langue ne peut se faire qu’à travers des pratiques sociales, en communiquant avec les autres. Ce constat est un des fondement de l’approche communicative.
On apprend en interaction avec les autres. En communiquant avec les autres l’apprenant parviennent à se définir en tant que locuteur : il "construit" du sens en le confrontant aux autres, d’où le nom de "socioconstructivisme".
S’exprimer, dire "je", c’est se singulariser, se définir. S’exprimer dans une langue étrangère c’est se redéfinir. En s’exprimant dans une autre langue, on se construit une autre personnalité, une autre identité. L’apprentissage ne sera intégré que quand cette personnalité sera assez forte.
Ce qui ont appris une langue étrangère se souviennent probablement de moments de gène lorsqu’ils se trouvent obliger de parler pour parler, c’est-à-dire sans avoir d’objectif de communication précis, comme pour imiter un modèle. L’idée que tout "acte de parole" doit être motivé par un objectif de communication amène le concept de "pédagogie du projet". Dans cette approche, la langue n’est pas l’objet de l’apprentissage, mais un moyen de parvenir à un objectif : la réalisation d’un projet.
La pédagogie du projet implique que l’on se détourne de l’étude de la langue brute pour se tourner vers d’autres matières : en combinant l’apprentissage de la langue avec celui de la géographie ou de l’histoire du pays, on entre dans une approche "transdisciplinaire".
C’est en forgeant que l’on devient forgeron. C’est en parlant que l’on devient locuteur. Pour aller plus loin, on peut dire que c’est en s’excusant que l’on apprend à s’excuser, en achetant un ticket que l’on apprend à prendre le train. La langue n’est plus segmentée en verbes, noms, adjectifs, mais en notions rattachées à des actions : c’est le fondement de l’approche notionnelle-fonctionnelle.

Nous avons formulé nos attentes en termes de pédagogie : elle doit être basée sur un apprentissage social axé sur la pratique de tâches dans un environnement multimédia. De plus, apprendre à communiquer dans une autre langue passe par la co-construction d’un savoir pratique, un savoir-faire, un savoir être. Cet apprentissage requiert une pédagogie bien particulière basée sur la communication en vue de la réalisation de tâches qui dépasse le cercle de la classe de langue. Nous allons voir comment Internet s’avère être un outil de choix pour ouvrir la classe sur l’extérieur et satisfaire nos exigences. De la nature d’Internet
Internet est un réseau ouvert permettant de nombreux modes de diffusion de l’information et de communication.

La toile à dimension mondiale ("World Wide Web")
Internet offre un accès à toutes les langues, toutes les cultures. Pour chacune de ces langues et de ces cultures, on trouve des centaines, des milliers, des millions de documents. De plus contrairement aux manuels scolaires ou aux méthodes d’enseignement, Internet est un formidable réservoir de documents authentiques.
Rencontre du troisième type : une expérience multimédia riche, très riche. Sur Internet, je suis moi avec toute ma musique, mes films, mes photos, toute ma culture, toutes mes références disponibles et partageables à tout moment. Imaginez rencontrer un inconnu dans la rue et pouvoir immédiatement partager avec lui toutes vos références. Imaginez que cette personne soit plus à même de vous comprendre que votre voisin.... Voilà pourquoi Internet plaît tant aux plus jeunes et voilà le genre d’expériences que l’enseignant doit chercher à recréer avec ses étudiants.
L’empire sur lequel le soleil ne se couche jamais. Contrairement aux bibliothèques et aux librairies, l’information disponible sur le réseau est toujours disponible. L’apprenant est libre de se les approprier à son rythme, selon ses disponibilités, selon les modalités qui lui conviennent le mieux : les élèves ayant une préférence pour la grammaire y trouveront cours et exercices, ceux qui n’apprennent qu’en écoutant de la musique passeront des heures à chanter en lisant les paroles de Dalida.

Du modèle consumériste...
À l’origine, Internet était un moyen de communication. Les sites institutionnels ou commerciaux utilisaient la toile comme une vitrine permettant de transmettre l’information à sens unique. L’avènement du courriel a été un tournant dans l’utilisation d’Internet.
Pourtant, courriel, chat, voix sur IP ne sont que des versions modernes de moyens de communication préexistants : épistolaire, bavardage, conversations téléphoniques.
Dès lors se pose la question de l’apport d’Internet : que puis-je faire avec Internet que je ne puisse faire dans une pratique de classe traditionnelle ? Internet permet d’ouvrir la classe sur le monde. Alors que la classe limite les interactions aux interactions enseignant-apprenant, ou apprenant-apprenant, Internet permet aux apprenants d’interagir avec des spécialistes, des locuteurs natifs, des pairs plus ou moins qualifiés que lui, qui lui permettent de renforcer sa construction identitaire en tant que locuteur d’une langue étrangère.

... au modèle social : la révolution du Web 2.0
Aujourd’hui, avec le Web 2.0, Internet entre dans une nouvelle ère. Aux outils précédemment cités, s’ajoutent de nouveaux outils qualifiés de "sociaux" : forums, blogs, outils de partage de photos (FlickR), de favoris (del.icio.us, Dig), de vidéos (YouTube), d’amis (Hi5, Ringo) permettent de nouveaux modes d’interactions. Des plateformes de travail collaboratif (SPIP, Wiki) aux réseaux de partage de fichiers (Peer2Peer), le maître mot semble être la collaboration et le partage, remplaçant les modes traditionnels de communication par simple transmission d’information.

Le Web 2.0, conjointement à la démocratisation du matériel informatique et de l’accès à Internet, apporte une autre révolution du schéma traditionnel : l’information ne vient plus d’en haut (sites commerciaux, institutionnels) mais d’en bas (particuliers). On dit que le « downsourcing » (la source de l’information est descendante) fait place au « crowdsourcing » (la source de l’information est ascendante, en provenance de la foule, "crowd" en anglais).
Il nous semble essentiel que la classe connaisse la même évolution : l’information, la connaissance de la langue n’émanera plus d’une source unique (l’enseignant) mais de multiples sources (pairs, locuteurs natifs, etc.).

En tant qu’espace de communication ouvert, Internet est une vaste mine d’information et de documents proposant à l’utilisateur une expérience multimédia riche, mais la force d’Internet réside surtout dans son appropriation par les utilisateurs : il devient un véritable espace d’expression, de création, de partage et de coopération offrant des interactions sociales inédites. Comment l’enseignant et l’apprenant peuvent-ils tirer parti de ces nouveaux outils ? Considérons maintenant quelques outils, sites, et exemples d’activités se prêtant à une utilisation intelligente d’Internet.

La deuxième partie est une sélection commentée de liens vers des ressources d’intérêt pour les enseignants de FLE.

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