Fiche de lecture : "L’Album pour enfant : Pourquoi ? Comment ? "

Fiche récapitulative à partir de l’ouvrage de référence de JC Bourguignon, B. Gromer et R. Stoëcklé
mercredi 26 décembre 2007 , par jean-michel ducrot
 

L’album pour enfant Pourquoi ? Comment ?

De JC Bourguignon, B. Gromer et R. Stoëcklé Publié chez Armand BOUDIER

Nous proposons ici une fiche de lecture de l’ouvrage en question, étant entendu que les pistes données sont tout aussi valables en classe de français langue étrangère précoce. ________________________________

L’album est fait pour développer des compétences et pas uniquement pour le plaisir de lire ou d’écouter. Certains albums servent plus spécifiquement pour apprendre à parler, d’autres pour apprendre à lire, d’autres pour parler et écrire tout en développant son imaginaire.

L’album n’a jamais été inscrit dans les programmes scolaires, mais il s’agit d’un outil indispensable qui accompagne les programmes.

L’Album pour apprendre à parler :

L’enfant aime qu’on lui lise la même histoire plusieurs fois. Il aime répéter à son tour, et s’aider du support image. Il racontera l’histoire telle qu’il la comprise. L’album va ainsi l’aider à verbaliser, de manière plus organisée.

Le récit aide à ordonner les unités narratives, la succession d’événements (idéal entre 2 et 7 ans). Il apprend d’autre part par ce biais le registre oral, et celui du texte écrit, suivant les albums.

En effet, il est inutile de lui faire mémoriser les phrases de l’histoire ou de les lui faire réciter.

Le choix de l’Album ? Lequel choisir ?

On privilégie des albums avec des histoires familières, proches de l’univers de l’enfant, quand il est jeune surtout. L’enfant doit en effet se reconnaître au maximum dans les personnages, pour continuer à se construire en tant que personne. De même, on doit, lorsque l’enfant est très jeune (2 à 5 ans) éviter des histoires à charge émotionnelle trop forte, ainsi que celles où il y aurait trop de suspens ou de surprise, afin qu’il se concentre au maximum sur l’action. L’enfant aime reprendre les histoires ordinaires car ensuite, il sait les raconter.

L’histoire doit être racontée par un narrateur dans un récit. On saisit mieux l’enchaînement logique que dans des albums entièrement dialogués, qui rendent difficile la compréhension de l’histoire. L’enfant aura en plus des difficultés à raconter lui-même.

Le récit devra être linéaire (respect de l’unité de temps, dans une durée réelle). On choisira enfin plutôt des histoires racontées à la troisième personne. L’adulte assumera difficilement la première personne pour des histoires mettant en scène des enfants. Il peut y avoir bien sûr des passages au discours direct, mais dans une relation personnage/personnage.

Les illustrations et la mise en pages

Ces deux éléments sont très importants pour apporter à l’enfant des repères fixes, lui permettant de reconstituer l’enchaînement des événements

Le texte

Il doit expliciter les articulations à l’intérieur des phrases et dans l’enchaînement des phrases, au moyen d’introducteurs explicites.

Mieux vaut un récit simple stylistiquement plutôt qu’un récit au style trop marqué, qui risque de noyer l’enfant. De même, l’utilisation d’un vocabulaire simple, et adapté à son niveau. Sinon, ce sont des embûches lexicales inutiles. On préfèrera donc un langage structuré et ordonné.

Le texte doit tout raconter, l’image n’étant présente que pour illustrer, et non pas compléter ou en dire plus que le texte. Il arrive de trouver des albums où l’image fait figurer des personnages qui ne figurent pas dans le texte (choix d’albums à éviter !).

Quelques indications pour une mise en œuvre

Il faut éviter en classe de revenir à la lecture d’album à heure fixe, et de leur demander aussi de raconter l’histoire ou réciter : ils ne se focaliseront que sur l’aspect mémorisation dans ce cas.

L’enfant apprend à parler de façon plus construite en écoutant et en racontant des albums pour le plaisir. Il racontera l’histoire en s’aidant des matériaux syntaxiques et de l’organisation textuelle proposés par l’adulte, évidemment.

Il faut aussi susciter les questions chez l’enfant, lui en poser, répondant à ses essais, tâtonnements, commentaires… Ceci doit donc orienter la manière d’agir de l’adulte.

On lira et relira un même album plusieurs fois à l’enfant, pour lui permettre d’organiser et d’approfondir la compréhension, de puiser dans les propositions de l’album. Mais on évitera évidemment la répétition litanique.

L’Album pour apprendre à lire

L’album est une introduction à l’univers du livre, à la découverte de la lecture. La relation au livre commence donc bien avant l’apprentissage de la lecture : par sa manipulation (endroit/envers, droite/gauche, pages à tourner…). Il pourra se porter de l’image au texte, s’interroger sur la place de l’image… Il va découvrir petit à petit le texte, des formes, des mots ; cela va progressivement susciter sa curiosité…

L’intérêt de l’album, c’est qu’il se consomme vite et implique un renouvellement permanent, même en classe…On se doit de leur en faire découvrir beaucoup dans l’année.

Le format : les dimensions du livre

De Grands Albums : pour donner à voir ou de petits albums pour mémoriser … Tous les albums ont des formats différents et se trouvent sur le marché… Mais il faut se méfier des albums où le texte et l’image ne se donnent pas à voir…

Le grand format met à distance le sujet du livre, qui devient spectacle, tableau… L’image est plus claire pour le jeune enfant, car elle suscite aussi le rêve, comme une toile ou un dessin…

Le rectangulaire en hauteur est le plus fréquent : peut-être convient-il mieux à l’équilibre du texte et de l’image.

Le rectangulaire en largeur, dit aussi format à l’italienne, manifeste une volonté de représentation. Il est donc très apprécié.

Le format carré, le plus abstrait, est aussi le plus moderne : Il manifeste un grand pourvoir de concentration du texte comme de l’image. Cette forme parfaite peut sembler monotone, mais elle double les possibilités de mise en pages, car l’album dispose du caré (page simple) et du rectangle (page double).

Souvent, on place plus volontiers le texte sur la page de gauche et l’image sur la page de droite : l’enfant suit l’ordre car il sera d’abord intéressé par l’image. Il ne s’occupera que des pages de droite, dans un premier temps. La page de droite correspond à la page d’action

Le fond de la page

Le fond de la page peut devenir un espace de signification :

Le fond blanc, espace abstrait, sans profondeur, fournit à l’action un champ très vaste et permet à l’attention du lecteur de s’y concentrer. Sur un espace concret, le fond blanc met en scène davantage un paysage.

Le fond noir, rarement employé, transforme le livre en une sorte de théâtre, où le texte en blanc et les illustrations colorées sont une véritable révélation pour l’œil. Le fond noir cerne et apprend à regarder.

D’autres fonds, de couleur sont utilisés, généralement plutôt de couleur pastelles pour les jeunes enfants. On évite généralement les couleurs trop vives quand on veut se concentrer sur l’histoire.

La figuration du texte

L’écrit peur être mis en scène et propose aux très jeunes enfants de le lire comme une image La collection drôle de bruits, adaptée aux tout-petits, reprend quelques bruits domestiques par exemple :

  Le balais : FRRTT
  Les gouttes : PLIC PLOC
  L’eau versée : SPLAF

L’animation du lettrage, en fonction de l’action exécutée aide : mmMMMMMMmm (avant l’arrivée du gâteau). L’onomatopée donne donc sa forme à l’image : le Miaou du chat par exemple…. Les onomatopées jouent un rôle souvent dynamique dans l’histoire… L’écrit se dessine donc, se peint et s’inscrit.

Les repères de lisibilité

La disposition du texte importe, de même que la typographie. En fonction de l’âge évidemment, car il ne faut pas prendre des albums avec trop de texte. Les histoires courtes pour les 3-4 ans sont bien plus agréables pour l’enfant, et le travail de compréhension se fait bien mieux.

La typographie est importante car les enfants voient que les mots ne sont pas les mêmes selon la façon dont ils sont imprimés. On doit donc calculer la dimension, le corps et le dessin des lettres en fonction de l’âge de l’enfant auquel l’album s’adresse.

Il peut y avoir divers emplois :
  un emploi humoristique : par exemple, parfois, on imprime des expressions familières en capitales, pour leur donner une allure déclamatoire et impertinente….
  Un emploi personnalisé : qui peut faire entendre la voix de l’auteur ou celle d’un personnage

La typographie signale aussi l’époque… Le pouvoir de la typographie se manifeste surtout sur la couverture et les pages liminaires dans la force et la position des titres et des sous-titres.

Mentionnons la très grande importance de la page de couverture- première accroche visuelle, qui doit intriguer mais ne pas tout dire… Il faut toujours que l’enfant la regarde, l’explore, découvre outre le titre, le nom de l’auteur, l’image, car cela va conditionner toute sa lecture. Le livre devient une exploration qui commence à son titre, son auteur et qui s’achève aussi à la dernière page. Les enfants doivent donc être attentifs à l’espace de la page, grâce à l’adulte.

L’album animé

L’album jeu, mais surtout l’album animé constitue une des premières incitations au livre. Le livre animé est beau, attire l’œil. Il est tout en volume, en relief, avec des images venues de « l’a plat », et se constituant en sculptures de papier à soulever, à déplier… On doit tirer des languettes, découvrir des pages trouées, ou découpées… Ce sont des procédés qui interfèrent de façon intéressante, bien plus qu’on ne le croît, au niveau de la production fictionnelle, et du rythme du récit le plus élémentaire.

Il y a aussi des animations qui produisent des effets de surprise : recherche de personnages qui e dérobent, qui se cachent. Certaines animations produisent des effets de contraste, avec un système de stores ou de roues à hélices glissant l’une sur l’autre : on joue souvent sur deux moments dans le temps, qui se substituent magiquement l’un à l’autre.

Nous pouvons avoir des animations qui produisent des effets de mouvement. Le mouvement est l’objectif principal des livres animés, depuis l’époque des tout premiers datant de la fin du 19ème siècle. Cela s’apparente soit au théâtre, soit au film. L’animation est une sorte de décomposition d’un mouvement, comme le vol d’un oiseau. On peut faire monter ou descendre des sujets : les personnages peuvent être comme surpris dans leurs activités.

Nous avons aussi des animations produisant des effets de relief : c’est une autre constante du livre animé, qui va du théâtre de papier à la base spatiale, du zoo au musée…

Les histoires tournantes

Ce sont des histoires où l’on vous oblige à retourner le livre à l’envers pour les suivre jusqu’au bout, où l’on peut nous faire passer du jour à la nuit. Certains livres doivent être tournés dans les deux sens pour découvrir d’autres images : le principe est donc humoristique mais sera plus utilisé pour des enfants de 6 à 10 ans, car l’album renvoie à l’idée du sens caché… Ceci initie au plaisir de tourner les pages, dans l’ordre qui convient jusqu’au moment de la synthèse finale : instauration d’une dynamique de lecture, stimulée par la découverte permanente… Mais dans ces récits-trajectoires, on doit retrouver de vraies histoires…

Rapports de l’image et du texte

1. Le texte se prolonge par l’image : l’illustration d’un livre peut se donner à une véritable analyse du récit et en facilite donc la lecture. L’image matérialise donc le texte. 2. Mais l’image peut aussi dire autre chose que le texte. Elle peut être à lire pour elle-même, même indépendamment du texte. Ce sont dans ce cas des images à scruter avec l’enfant, à fouiller, à reconstituer. C’est une façon de concevoir l’album lui-même comme une sorte de livre-devinette. 3. L’image s’inscrit parfois en décalage par rapport au sujet ou au texte qu’elle illustre. Les contrastes obtenus sont une diversion stimulante par rapport à la plupart des histoires (en général linéaires). 4. L’image peut aussi parfois donner un point de vue du récit, qui est resté implicite dans le texte. 5. L’image peut aussi montrer l’invisible, ou ce que l’on n’a jamais vu…

Une image renferme des éléments de civilisation : on peut donc faire appel aussi à ces albums qui viennent d’ailleurs : Chine, Japon, Europe centrale… traduits dans notre langue. Mais encore une fois, il est important dans ce cas de vérifier à partir de quel âge on peut lui en faire la lecture. Les albums, venant d’autres pays et qui sont traduits dans la langue cible ou maternelle, peuvent inciter à découvrir l’art original qui les a inspirés.

Démarches pour raconter des histoires

L’album est pour l’enfant un objet merveilleux qui va lui raconter quelque chose sans qu’il ait accès au texte.

1. Le rôle de l’adulte, pour ne pas casser l’imaginaire de l’enfant, consistera d’abord à laisser l’enfant ou le groupe manipuler l’album, feuilleter les pages, regarder les images, dans une entière liberté de gestes et de propos. Il est important de laisser l’enfant s’exprimer, car il s’agit d’une première découverte et il va sûrement trouver des points d’ancrage entre son expérience personnelle et l’univers de l’album. 2. Ensuite, on passe au questionnement de l’adulte pour suggérer des hypothèses quant à l’histoire. L’enfant interprètera les images : il est donc bon d’avoir également des albums dont les images ne disent pas tout, afin qu’ils puissent formuler des hypothèses. Les enfants parlent sur les images, dans l’ordre dans lequel l’album les donne à voir, en prélevant les éléments qui leur semblent importants. Ils vont formuler des hypothèses sur les lieux, les personnages, les situations, les péripéties dans l’action… 3. L’adulte va confronter les hypothèses, en les aidant à faire des propositions, en les orientant éventuellement, en les aidant à faire des propositions présentant un certain degré de cohérence, et qui ne se seront pas trop ouvertement contredites par tel ou tel élément de l’illustration. Ceci doit se faire avec un enfant ou un petit groupe (pas de grand groupe classe) : on peut les aider à imaginer un scénario unique, auquel ils auront tous participer. 4. Ecoute du texte : Les enfants sont impatients de connaître l’histoire et d’entendre le texte. Leur écoute est d’autant plus attentive que la lecture de l’album leur fait découvrir un univers sur lequel ils ont déjà assuré des prises, confirmant ou infirmant leurs hypothèses, éclairant les éléments restés obscurs. Un retour aux images de l’album est utile ...On peut désormais les lire dans le sens de l’histoire racontée. De tout cela, les enfants garderont bien mieux la structure de l’histoire. 5. La réécoute symbolise l’histoire retrouvée : Le rappel littéral des mêmes mots, des mêmes phrases, est vécu comme une opération magique, qui lui permet de retrouver un texte immuable. L’enfant aime à partager un même univers, connu et reconnu. A chaque reprise, l’enfant anticipe et reconnaît dans le plaisir de l’attente comblée l’écho de ses propres émotions. 6. L’histoire peut ensuite être jouée (ce qui n’est pas une obligation) : les enfants peuvent ainsi passer progressivement à l’histoire parlée et jouée avec d’autres. L’album peut aussi ouvrir la vie de l’album, comme support de la situation simulée. On peut demander aux enfants de s’identifier explicitement à tel ou tel personnage de l’album et de raconter l’histoire à plusieurs voix ; chaque enfant tenant le rôle à la première personne. Se prêtent à cette activité, des albums où la part des scènes dialoguées est importante ou bien quand l’histoire est très portée sur le discours direct. Cette activité passe par la reformulation des enfants, selon leurs propres termes, et l’on n’exige pas d’eux une restitution littérale du texte de l’album. L’adulte veillera à l’intelligibilité de l’histoire. Il suffit de définir simplement avec les enfants au préalable un espace de jeu, quelques éléments symboliques de décor. On recherchera avec eux les attitudes et les comportements appropriés. On ne vise donc pas au réalisme de la représentation.

Suite des activités

1. L’album peut être réinventé aussi (7-10 ans) : l’album lu et écouté peut susciter d’autres approches qui font participer les enfants à l’invention de la fiction, soit en prolongeant l’histoire racontée (quand elle s’y prête !), soit en intervenant dans son déroulement pour raconter d’autres histoires dans l’histoire.

1.1. L’histoire prolongée : L’adulte peut interrompre le cours de l’histoire qu’il lit et inviter les enfants à imaginer la suite et le dénouement. Ils inventent ensemble et nous leur faisons ensuite connaître la suite de l’album. Les images peuvent être mises à contribution et servir de supports à la suite de l’histoire : lecture interprétative de l’image et de leurs relations. Si les images ne racontent pas l’histoire, elles lui donnent une atmosphère, une tonalité, une couleur qui peuvent infléchir de façon sensible l’invention. 1.2. L’album continué : conduisant la lecture de l’album jusqu’à son terme, on peut inviter les enfants à prolonger l’histoire racontée lorsque celle-ci s’y prête. 1.3. D’autres dans l’histoire : Il s’agit ici du même fonctionnement. On s’arrête et on invite les enfants à dévier. 1.4. L’histoire transposée : on invite les enfants à transposer l’histoire dans un autre lieu ou on leur demande d’inventer uns histoire semblable à celle écoutée mais dans le désert par exemple ou la forêt, avec toutes les modifications que ce changement dans l’espace entraîne quant aux données de l’histoire. Certains albums se prêtent à l’inversion d’une donnée ou bien d’un thème narratif… 1.5. Les histoires entrecroisées : quand ils en connaissent beaucoup, les albums constituent pour les enfants un patrimoine plus souple et plus diversifié, où ils peuvent puiser pour inventer d’autres histoires. On peut susciter des rencontres entre les personnages, faire intervenir le personnage d’un album dans l’histoire qu’on vient d’écouter…

Enfin, la répétition est une sorte de langage magique…s’opère la magie du langage en vérité. Les auteurs d’album pour les très jeunes enfants font usage de ce pouvoir de la répétition : le jeune enfant n’accède pas encore à la nature exacte de la relation entre les mots et les choses, car les mots ont un statut d’objets parmi d’autres. Changer les mots, c’est donc pour lui changer le monde. Il est donc attaché à la répétition, au fait qu’une histoire lui soit fidèle.


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