Compte rendu d’expertise du programme de Renforcement linguistique en 1ère année ( 15 mars- 15 juin )
Département de français Faculté des Lettres de l’université de Damas
Réalisé par M. Jean-Michel Ducrot
Sommaire
Ce rapport doit informer dans un premier temps la totalité des acteurs impliqués directement dans le programme de renforcement linguistique. La diffusion des résultats doit permettre à tous d’avoir une vision plus nette de cette action de formation, d’en mesurer les différents aspects et d’envisager son suivi avec davantage de clarté. Dans un deuxième temps, ce rapport pourra aider les enseignants, les responsables de modules, ainsi que le chef de département de français de l’université de Damas, M. Joseph Matta, à prendre les décisions adéquates. Ainsi, la restitution des recommandations contribuera à l’amélioration du programme de renforcement linguistique en première année, puisque ce rapport constitue une somme d’éléments à partir desquels on pourra s’engager dans un processus d’ajustement.
L’expertise menée au cours du second semestre universitaire nous a permis de constater de nombreux changements au sein du programme de renforcement linguistique en première année. Ils se traduisent par une très nette amélioration des résultats des apprenants dans certains modules. En effet, suite à la mise en place des modules compréhension orale-expression orale et compréhension écrite-expression écrite, nous parvenons à diminuer les écarts que nous constations entre les étudiants de première année ; l’objectif étant de les amener progressivement à suivre le cursus universitaire déterminé pour la licence de Lettres françaises, obtenue au terme de quatre années de formation.
Le test de niveau, mis en place depuis 1998, contribue au placement des étudiants selon leur niveau de compétence linguistique, et permet la constitution de groupes de niveau, indispensable afin de déterminer des objectifs d’apprentissage parfaitement adaptés au profil de chacun. La constitution en groupes de niveau est donc primordiale quant au bon fonctionnement du programme de première année. Les écarts de niveau sont réduits en fin de première année, mais n’ont pas totalement disparu, étant donné que le programme de formation ne dispose pas d’assez d’heures pour réaliser un travail de fond sur chacune des quatre compétences en français langue étrangère.
La formation en langue devrait occuper la totalité du nombre d’heures d’enseignement en première année afin qu’ils puissent parvenir aux objectifs attendus. Si les contraintes institutionnelles ne permettent pas de refondre le programme de première année, il semble dans ce cas important d’adapter certains modules et de les faire évoluer vers les nouvelles méthodologies ( modules de grammaire, d’étude de textes ).
Les modules de grammaire et d’étude de textes pourraient avoir une approche davantage orientée vers l’apprentissage du FLE, compte tenu du fait qu’ils sont enseignés actuellement comme à des français natifs. Grâce à l’aide du centre de documentation pédagogique et du conseiller pédagogique en poste au département, il est possible dès la rentrée prochaine d’organiser un programme adapté dans ces deux matières et de commander pour les enseignants le matériel manquant. Si ces deux modules évoluent dans ce sens, la première année pourra être considérée comme une réelle année d’apprentissage en langue. Les étudiants atteindront bien plus aisément les objectifs fixés en début de formation.
Concernant la formation continue des professeurs syriens participant au programme de renforcement en langue, beaucoup ont suivi un stage de formation en FLE dans des centres spécialisés en France. Ils ont acquis des savoir-faire didactiques non négligeables dans l’enseignement du français aux étrangers. Mais suite aux informations recueillies et aux observations de classes réalisées, quelques professeurs n’ayant pas suivi ces stages doivent être formés. Si le service culturel de l’ambassade de France n’envisage pas leur départ en stage sous peu, des stages de formation ponctuels sur place doivent êtes organisés dès septembre prochain, afin que tous les enseignants travaillent avec la même approche méthodologique. Le lecteur-conseiller pédagogique du département de français, accompagné de l’équipe de formateurs du centre de documentation pédagogique de Damas, doit œuvrer dans ce sens.
Actuellement, il est évident que l’enseignement / apprentissage de la grammaire pose un problème au département de français. Nous avons constaté un taux de réussite très bas ( de l’ordre de 20% ). En fait, le cours en question n’a suivi aucune évolution méthodologique, puisqu’il s’agit de grammaire traditionnelle, structurale, qui est en outre complexe à saisir lorsqu’on est en plein apprentissage de la langue. Les enseignants utilisent un métalangage grammatical, que seuls les Français comprennent. Nous avons remarqué, par ailleurs, une absence de cohérence entre les cours magistraux et les travaux pratiques de grammaire. Une refonte est à envisager rapidement dans la mesure où 6 heures de formation sont actuellement perdues. Elles n’aident malheureusement pas à l’apprentissage de la langue, et n’incitent pas les apprenants à réfléchir au fonctionnement de la langue. Des propositions concernant le cours de grammaire seront faites dans la partie recommandations (P.10) afin qu’il y ait à partir de la rentrée prochaine transversalité entre les différents modules de FLE et celui de grammaire.
La constitution d’une équipe de travail dans les modules de FLE (compréhension orale-expression orale, compréhension écrite-expression écrite) s’est faite au fil des années. Des habitudes ont été prises et les enseignants travaillent théoriquement en collaboration. Il s’avère qu’un véritable travail d’équipe n’existe pas dans les faits, et il est important que des réunions mensuelles avec tous les formateurs de première année soient organisées, afin de prendre du recul quant aux pratiques pédagogiques de chacun, et de procéder à des réajustements quand cela se montre nécessaire. Un manque de coordination a été également ressenti au sein des modules. L’écart constaté entre les cours magistraux et les travaux pratiques de certains modules se réduiront sans aucun doute, lorsque les responsables de modules et les enseignants organiseront des réunions ponctuelles, au cours desquelles les objectifs et les démarches seront déterminés de manière consensuelle.
L’évaluation correspond tout à fait au système universitaire classique. Au sein des deux modules de FLE, l’évaluation formative fonctionne parfaitement, laissant la possibilité aux enseignants de remédier aux éventuels problèmes constatés dans l’apprentissage de leurs étudiants. En ce qui concerne l’évaluation finale, certaines aberrations d’ordre méthodologique ont été constatées, notamment dans les modules d’expression écrite et de grammaire (examens du premier semestre). Le niveau des étudiants en début de parcours linguistique n’a absolument pas été pris en compte, ce qui explique des taux de réussite particulièrement bas dans certains modules. Les étudiants semblent essentiellement évalués sur l’aspect linguistique (syntaxe, morphosyntaxe, orthographe…). Il semble qu’un stage de formation sur l’évaluation en français langue étrangère s’impose. L’évaluation des modules doit faire l’objet d’une concertation entre les professeurs concernés, et ne pas être laisse sous la responsabilité du professeur de cours magistral uniquement, dans le sens où il ne peut qu’avoir une idée très vague du véritable niveau de ses étudiants. Nous rappelons, d’autre part, la présence d’un lecteur-conseiller pédagogique français, spécialisé en FLE et susceptible d’aider les formateurs dans la conception d’épreuves d’évaluation.
L’intérêt de ce programme de renforcement linguistique en première année est confirmé, d’autant que les étudiants apprécient ce passage par la langue, qui les prépare aux modules de deuxième année. Quelques heures de FLE, intégrées à un module de deuxième année, seraient toutefois d’une grande utilité. Tous les étudiants seraient en mesure de travailler sur Tempo 2, et complèteraient leur formation purement linguistique. Etendre la formation en deuxième année nous semble primordial afin d’atteindre pleinement les objectifs initialement fixés.
Un dernier point a retenu notre attention : le pôle documentation du département de français. La bibliothèque a été réaménagée et inventoriée il y a quelques mois. 6000 livres sont mis à la disposition des étudiants ; néanmoins, les emprunts sont limités à un livre par étudiant (en licence) pour deux jours, et nécessitent le dépôt de la carte d’identité. Le système actuel handicape particulièrement le travail de recherches des étudiants. La création d’un système de carte de bibliothèque doit être envisagé, dès que l’informatisation des entrées et sorties des ouvrages sera effective.
En résumé, de nombreuses évolutions ont marqué le programme de renforcement linguistique en première année. Afin que les conditions enseignement / apprentissage soient optimales, des améliorations doivent être apportées. Les recommandations (p.10) déterminées par l’équipe de formateurs de première année, mettent en évidence les démarches à suivre, afin d’optimiser le programme de formation.
3.1 Description, organisation et développement du programme de formation
C’est en 1998 qu’est né le programme de renforcement linguistique en première année de licence, suite à la mission de M. Richard Dudat de l’UFR des sciences du langage de Nancy 2. Les résultats du test d’évaluation de compréhension orale prouvaient que seulement 15% des étudiants de première année étaient susceptibles d’assister à un cours magistral et d’en tirer profit. Un dispositif assez important a été prévu et mis en place en collaboration avec le service culturel de l’ambassade de France et le centre de documentation pédagogique de Damas. Celui-ci donnait la priorité aux apprenants débutants, faux débutants et élémentaires, représentant environ 60 à 70% des effectifs.
On avait envisagé, en 1998, 20 groupes en excluant les étudiants d’un niveau avancé et fin intermédiaire. Un nombre d’heures d’enseignement en FLE avait été déterminé : 15 heures par semaine. Les services culturels français ont assuré au département qu’une aide serait apportée sur le plan logistique, et que trois enseignants français seraient mis à disposition pour une période de deux années, afin d’aider à la mise en place et au suivi du programme de formation en FLE. Les enseignants syriens qui souhaitaient prendre en charge ce type de cours ont bénéficié d’un stage de formation en didactique du FLE en France. Le département s’engageait à mettre à la disposition de ces classes de langue 5 salles, et ce pendant toute la durée de la formation (2 semestres). La méthode Tempo, centrée sur l’approche communicative, a été choisie par un comité d’enseignants. De même, a été décidé qu’un test de placement serait mis en place dès la rentrée 1998-1999, évaluant les 4 compétences des étudiants (CO-CE-EO-EE), et permettant de les répartir dans des groupes plus homogènes. Les cours de FLE ont été placés au sein des modules de grammaire et d’expression écrite de 1998 à 2001 (les 4 compétences étaient traitées dans ces modules). C’est à la rentrée 2001-2002 que le programme a pris une autre dimension avec la création effective du module compréhension orale-expression orale (4 heures) ; le module compréhension écrite-expression écrite fonctionnait déjà depuis 1998.
A l’heure actuelle, nous comptons 12 groupes d’étudiants en première année, répartis en 4 niveaux : débutants (6 groupes), faux débutants (2 groupes), intermédiaires (2 groupes) et avancés (2 groupes). Le nombre d’étudiants varie entre 25 dans les groupes avancés et 75 dans les groupes les plus faibles. Outre les deux modules de FLE, 3 autres modules existent : grammaire (6 heures), étude de texte (4 heures), et traduction (4 heures). Nous décomptons environ 600 étudiants présents et assidus lors de la formation. Deux sessions d’examens ont lieu, en janvier et en juin, sanctionnant le travail de l’année, sachant qu’une session de rattrapage est organisée pour les deux semestres. Le contrôle continu prend en compte le travail réalisé en travaux pratiques à raison de 20% de la note finale. Les 80% restants concernent l’examen final correspondant aux cours magistraux. Soulignons enfin le manque de salles et de professeurs, ce qui explique en partie un effectif important par groupe.
3.2 but et résultats du programme de renforcement linguistique
L’objectif de la formation consiste à rendre les étudiants capables de suivre leur cursus universitaire de Lettres. La formation doit donc améliorer les capacités des étudiants en compréhension orale et écrite, afin qu’ils puissent suivre les cours magistraux sans trop de difficultés. C’est la raison pour laquelle ce sont les compétences privilégiées, notamment lors du premier semestre. Les résultats du programme sont encourageants, mais ils n’ont pas encore atteint le niveau souhaité. Les tests de compréhension orale en fin de formation montrent que plus de 60% des apprenants sont désormais capables de suivre un cours théorique et d’en tirer tout le bénéfice. Toutefois les résultats sont bien moins encourageants dans les modules de production. A l’oral, il semble que l’approche communicative sécurise l’apprenant ; il prend d’ailleurs plus aisément la parole. L’écrit, quant à lui, reste relativement médiocre, dans la mesure où les professeurs enseignent cette matière de façon trop traditionnelle. Les objectifs, qui plus est, restent flous, mal déterminés, ce qui aurait tendance à perturber l’étudiant, qui ignore dans quel sens orienter ses efforts. Les résultats en production écrite sont de l’ordre de 30% de réussite, ce qui reste très en dessous du seuil limite qui est de 50% de réussite normalement. Néanmoins, la formation en FLE met en confiance l’apprenant, le motive également. On doit par conséquent prendre en compte les résultats indirects, au niveau cognitif et social. Si les résultats ne sont pas encore à la mesure de ce qui avait été prévu, les écarts se sont néanmoins réduits et il est évident qu’en prenant en compte les recommandations formulées en fin de rapport, ils ne pourront que s’améliorer.
3.3 Les acteurs du programme de formation
3.3.1 Le chef de département
La mise en place du programme de renforcement linguistique en première année a été suivie par Mansour Al Deifi, chef de département en 1998 ; M. Qassem Al Maqdad, puis M. Joseph Matta (actuel chef de département) ont pris le relais à leur tour. Le chef de département se trouve directement impliqué dans le dispositif de formation puisqu’il est décisionnaire. Il gère une équipe de 35 professeurs travaillant au département et d’une dizaine d’enseignants de français des autres facultés. Il est en relation avec les services culturels français, travaille plus directement en collaboration avec l’attaché de coopération universitaire et le lecteur-conseiller pédagogique de la faculté des Lettres. Les décisions finales lui reviennent, notamment dans le cas précis des améliorations proposées en fin de rapport.
3.3.2 Les responsables de modules et les formateurs
Les responsables de modules sont en fait les professeurs qui sont en charge des cours magistraux. Certains modules, notamment celui de grammaire ou d’expression écrite peuvent être placés sous la responsabilité de deux enseignants, qui se partagent les objectifs pédagogiques dans un même semestre. En tant que responsable de la matière, ce sont eux qui déterminent les objectifs, les contenus d’enseignement et conçoivent les évaluations finales. Les formateurs sont chargés des travaux pratiques et sont censés suivre les objectifs déterminés dans les cours magistraux. La plupart des responsables et des enseignants ont suivi un stage de formation en France, concernant le FLE. Ils ont généralement affectés aux mêmes modules d’année en année, et deviennent progressivement spécialistes. La totalité des responsables et formateurs ont obtenu un doctorat en France, mais aucun ne s’est encore spécialisé dans la didactique du FLE.
3.3.3 Le public concerné : les formés
Le public concerné par la formation est constitué d’étudiants de première année, diplômés du baccalauréat syrien, et désirant suivre une licence de Lettres françaises au département. Il est important de signaler qu’aucune sélection n’est malheureusement réalisée dans ce département. Dans la mesure où les meilleurs bacheliers se dirigent vers les départements de médecine, de sciences, de droit, la faculté des Lettres hérite des étudiants ayant obtenu les notes les plus moyennes au baccalauréat. Il semble qu’on impose au département de français toute personne désirant s’inscrire, ce qui place nécessairement l’établissement devant un problème d’hétérogénéité (niveau, motivation…). Une estimation a montré que seulement 20% des étudiants de première année se sont inscrits au département de français par réel choix. C’est aussi pourquoi il est particulièrement complexe de motiver 80% d’étudiants plus ou moins contraints de suivre une formation qui ne correspond pas à leurs envies. Le département de français accueille des étudiants de tous les milieux socioculturels. Ceux qui vivent dans un contexte privilégié complètent leur formation linguistique dans les centres de langue (CCF, CLF, ILFA…), ce qui contribue aussi au déséquilibre des niveaux au premier semestre. Nous avons constaté que seuls 15% des apprenants pouvaient être considérés d’un niveau avancé, 15% d’un niveau intermédiaire, 15% d’un niveau faux débutant, et les 55% restants débutent complètement l’apprentissage du français au premier semestre. Les chiffres sont éloquents et soulignent combien la formation en FLE s’avère primordiale.
L’expertise a permis de mieux connaître le système interne et de lancer une réflexion, des démarches et des actions communes au sein de l’équipe de formateurs du programme de renforcement linguistique, tout en y instaurant une dynamique. Le but poursuivi était de diagnostiquer les éventuels dysfonctionnements, avant de proposer des recommandations en vue d’améliorer le programme de première année. Il était important de mesurer les progrès accomplis depuis 1998, d’essayer de comprendre les différents acteurs de la formation (responsables, enseignants et apprenants), d’examiner l’adéquation des objectifs par rapport aux besoins de l’environnement, aux contraintes et aux ressources disponibles. En comparant les résultats actuels à ceux que nous escomptions en 1998, nous avons révélé les incohérences du programme, émis des hypothèses afin de prendre des mesures visant à réduire ou supprimer les dysfonctionnements constatés. En rendant compte des actions réalisées, nous cherchons à préparer la prise de décisions. Le but ultime de l’expertise étant bien entendu l’ajustement et l’amélioration du programme de renforcement linguistique dès la rentrée universitaire prochaine.
Afin de conduire l’expertise, nous avons décidé de procéder par étapes. Dans un premier temps, nous avons cherché à identifier les besoins et attentes des divers acteurs de la formation, pour les analyser et sélectionner ceux qui étaient souhaitables et réalisables en fonction des contraintes (essentiellement d’ordre institutionnel et financier). Cette identification des besoins a permis de mieux cerner les problèmes au sein du programme de renforcement linguistique. Elle a été réalisée au moyen de questionnaires, de grilles (fournies en annexes), auprès des différents acteurs de la formation, notamment les apprenants de première année, directement impliqués dans le programme en question. Des entretiens et des réunions ont eu lieu, précisant les résultats et recommandations de chacun des formateurs. De même, des observations de situations d’apprentissage ont été réalisées afin de compéter le travail d’investigation. L’entretien a constitué le principal mode de collecte de l’information (auprès de ceux qui se rendaient disponibles). L’analyse qui suit toutes ces étapes nous conduit à la restitution finale des constats, en proposant des améliorations, sous forme de recommandations, adaptées au système et aux acteurs de la formation.
6.1 Aspect organisationnel
Suite à l’analyse réalisée, un certain nombre de propositions d’ajustement ont été proposées par l’ensemble de l’équipe professorale, en tenant compte des contraintes diverses qu’implique la situation au département de français.
Face au problème du sureffectif en première année, une seule possibilité s’offre au département de français : mettre en place une sélection sur critère de niveau linguistique, grâce au test de placement, organisé fin septembre. En effet, si l’on veut que le département de français réussisse dans sa mission formatrice, le nombre de nouveaux étudiants en première année ne doit pas excéder 400 à 450, sachant qu’il est actuellement de l’ordre de 800. Le test peut être discriminant et suffirait à éliminer les étudiants trop faibles pour suivre le cursus en deux semestres de formation (soit 5 mois effectifs).
Le test de niveau mis en place depuis 1998 contient essentiellement des épreuves liées à la compréhension orale (de l’ordre de la phonétique, du rythme ou de l’intonation, de la compréhension d’un message…). La partie compréhension écrite occupait jusqu’ici 10% du test. Cette partie devrait être prise en compte dans l’évaluation diagnostique. Une véritable compréhension orale sous forme de QCM et une compréhension écrite devraient être intégrées, afin de rendre ce test de niveau plus fiable et discriminant et d’éviter quelque forme d’hétérogénéité que ce soit dans certains groupes. Le lecteur conseiller pédagogique de l’université de Damas s’occupera de la conception du test, comme de coutume, et ce pour les quatre universités de Syrie. Les conditions de passation devront par contre subir quelques changements : le test devra se dérouler à une heure déterminée et fixe. Il n’aura lieu qu’une seule fois dans deux amphithéâtres et 3 salles du département, afin d’éviter les problèmes de fraude entre chaque passation. Deux tests différents auront lieu à une semaine d’intervalle, afin de laisser le temps nécessaire aux étudiants d’être informés. Ce test nécessitera la présence de la totalité des formateurs de première année et tous devront participer à la correction des copies, qui sera accompagnée d’une grille d’évaluation et de correction parfaitement lisible et claire.
Suite à la passation du test, les groupes devront s’organiser, toujours déterminés selon quatre niveaux de compétences différents. Néanmoins, les groupes débutants doivent être dédoublés et ne pas dépasser plus d’une trentaine d’étudiants par classe, dans la mesure où ce sont eux qui actuellement nécessitent le plus d’attention et non les groupes avancés. Le travail de l’oral étant primordial en niveau débutant, il est donc nécessaire de les faire travailler en groupes plus réduits, et de leur donner le maximum de chances de s’exprimer. Qui plus est, nous avons remarqué un taux d’absentéisme important dans les groupes forts, puisque sur 50 inscrits, 23 ont assisté aux groupes de travaux pratiques. En revanche, il faut avoir conscience du taux d’assiduité particulièrement élevé des étudiants des groupes de niveau faible, qui se présentent à la totalité des cours. Le dédoublement s’impose par conséquent dans ces groupes, quitte à augmenter les effectifs des groupes avancés, chez qui les compétences orales sont déjà plus ou moins acquises.
Pour que l’enseignement des modules de FLE (CO/EO, CE/EE) se passe dans les meilleures conditions possibles, la salle 11 doit être réservée uniquement à cet effet. Cette salle devrait pouvoir être fermée, afin que les enseignants puissent laisser le matériel à l’intérieur du lieu. De même, l’armoire pédagogique contenant tous les manuels de FLE devrait âtre transférée de la bibliothèque à la salle 11, afin que les professeurs aient le matériel sous la main et qu’ils l’utilisent. Par ailleurs, afin d’optimiser l’enseignement/apprentissage du FLE, l’acquisition d’une télévision – vidéo nous paraît indispensable. Des crédits devraient être débloqués pour l’achat de ce matériel, qu’ils viennent de l’université ou des services culturels français. Ceci permettrait aux professeurs de travailler avec d’autres supports dans le cadre, notamment, du module compréhension orale-expression orale. Ce matériel vidéo pourra aussi être utilisé dans le cadre d’autres cours (littérature). Il a été réclamé par une majorité de formateurs soucieux de faire évoluer leur pratiques et de motiver l’apprentissage des étudiants. Le CDP peut mettre à disposition les cassettes vidéo dont il dispose (méthodes de français, œuvres littéraires adaptées au cinéma, pièces de théâtre…).
L’équipe enseignante, consciente des problèmes d’adéquation entre cours magistraux et travaux pratiques, a proposé l’organisation de réunions régulières (fréquence à déterminer) entre les responsables de chaque module et les professeurs enseignant dans les travaux pratiques correspondants, afin d’éviter les inadéquations existant entre les objectifs et les contenus.
La coordinationde chaque module doit être assurée par le responsable et les objectifs sont à déterminerd’un commun accord. De même, le département de français doit organiser une réunion des professeurs de première année en début et en fin de semestre, afin que chacun puisse exposer le déroulement de son cours, les résultats obtenus et propose des remédiations éventuelles en cas de difficultés.
Quant au pôle documentaire FLE de la bibliothèque, les commandes jusqu’ici réalisées ont contribué à la constitution d’une « armoire pédagogique » spécialisée en français général. La totalité des manuels (méthodes, grammaire de FLE, manuels concernant les compétences de l’écrit et de l’oral…) a été offert par le service culturel de l’ambassade de France depuis 1999. Il est important que ces commandes soient désormais consacrées aux étudiants, dans le sens où la bibliothèque se trouve mal approvisionnée en manuels de FLE. Ainsi, une liste de manuels de référence en français langue étrangère doit être réalisée, afin de commander ces ouvrages en priorité et de les mettre à disposition des étudiants. Concernant la bibliothèque du département de français, les étudiants de licence se trouvent dans l’obligation de laisser leur pièce d’identité durant la durée de l’emprunt d’un livre (2 jours accordés), ce qui limite particulièrement le travail de recherche des étudiants. Après l’informatisation des entrées et sorties d’ouvrages, il serait important de créer un nouveau système, facile à mettre en œuvre. La création de cartes de bibliothèque doublé d’un système d’amendes en cas de retard correspondrait davantage aux attentes des apprenants, qui se trouvent, en outre, lésés par la durée extrêmement courte de l’emprunt. Cette durée doit être prolongée pour atteindre au minimum une semaine. Ce système serait d’autant plus logique que la bibliothèque ne permet pas d’accueillir un grand nombre d’étudiants en salle d’étude (20 au total). Le système actuel contraint les apprenants à déserter l’espace documentaire. A ce propos et afin que tous les professeurs du département soient au courant des derniers outils didactiques sortis, nous proposons également la création d’une journée portes-ouvertes au cours de laquelle les dernières parutions et les outils d’enseignement seraient présentés. Elle pourrait être organisée dans le cadre du salon de la formation qui se tiendra à Damas à la fin octobre, sachant que le département pourrait demander très aisément le concours des représentants des maisons d’édition françaises dans les pays arabes, puisqu’ils seront d’ailleurs présents pour cette occasion. Le programme de renforcement linguistique sera valorisé dans la mesure où les nouveaux supports pourraient être testés en première année dans les modules correspondants.
L’idée d’une banque de données dans chaque module de première année a été abordée par les formateurs. Cette banque de données contiendrait des exercices didactisés, des fiches pédagogiques réutilisables, des documents authentiques, des examens de travaux pratiques et de cours magistraux qui serviraient d’annales. Elle faciliterait grandement le travail des professeurs qui de semestre en semestre la complèteraient ; ils bénéficieraient ensuite d’une kyrielle de documents ou d’exercices à réexploiter. Elle constituerait e fait la mémoire de ce qui est réalisé. La mise en place de cette banque de données est facilement réalisable et demande simplement la nomination d’un responsable par module.
Enfin, pour clore la partie organisationnelle, nous pensons qu’il serait important de développer des activités en première année en dehors des cours.
La mise en place d’un journal à la fin du second semestre a été un succès. Les étudiants se plaignant d’un manque de pratique de la langue, à laquelle nous pourrions répondre par la création d’ateliers :
journal
atelier d’écriture
atelier théâtre…
Toute activité mettant en jeu la production en français est à encourager, d’autant que les assistants du département ont un nombre d’heures à assurer et qu’ils ne participent que peu au déroulement pédagogique des cours. Leur donner cette charge en première année contribuerait à améliorer également le système et à compléter le programme de renforcement linguistique.
6.2 L’aspect formation
L’un des points noirs du programme de renforcement linguistique reste l’enseignement/apprentissage de la grammaire, qui ne correspond absolument pas aux besoins d’un apprenant débutant en langue française. Le cours actuellement réalisé n’aide en rien l’étudiant dans l’apprentissage de la langue. Aucune transversalité n’est possible dans la mesure où la grammaire est enseignée de façon traditionnelle. Aucune réflexion sur la langue n’est envisagée ni encouragée chez l’apprenant. En somme, il est important de faire évoluer la grammaire vers une approche notionnelle-fonctionnelle, afin que cet enseignement soit en adéquation avec les objectifs des autres modules enseignés en première année. Les formateurs ont conscience du décalage actuel. Il serait intéressant dès la rentrée prochaine de travailler éventuellement avec le manuel de Geneviève de Salins, Grammaire pour l’enseignement du FLE, (très bon support de cours pour les formateurs), et que les étudiants cessent d’utiliser La grammaire de base au profit de Cours de grammaire française, activités 1 et 2 de Geneviève de Salins. Cette proposition est d’autant plus à retenir que ces manuels sont justement ceux proposés pour le diplôme de FLE envisagé en 5ème année dès la rentrée prochaine.
De même, il serait envisageable d’organiser la venue d’un missionnaire en grammaire du FLE, de mettre en place un stage pratique avec tous les professeurs concernés, afin de les familiariser à ces nouvelles approches méthodologiques en grammaire. Une formation continue nous semble indispensable dès à présent.
Parallèlement à la formation des professeurs en grammaire, des stages de formation sur place pourront être mis en place au département de français, pour répondre à la demande des professeurs de première année, participant qu programme de renforcement en langue et se déclarant pour la plupart peu armés quant à l’enseignement de certaines compétences en FLE.
Le lecteur conseiller pédagogique français, avec le soutien du centre de documentation pédagogique de Damas et de ses spécialistes, peut mettre en place dès la rentrée 2002-2003 un plan de formation, incluant des stages de formation ponctuels plus spécifiques.
Nous recommandons par exemple la mise en place de stages concernant :
L’oral en contexte
La compréhension écrite et l’étude de texte
L’évaluation en approche communicative
La conceptualisation grammaticale
Il s’agit de propositions qui peuvent être débattues…elles ne sont pas restrictives, et d’autres sujets de stages peuvent être envisagés, afin de répondre aux attentes des professeurs.
6.3 L’aspect conception
La conception des examens ne doit pas reposer, comme c’est actuellement le cas, sur un seul enseignant. Les formateurs responsables de la conception des examens doivent prendre l’avis de leurs collègues de travaux pratiques afin que l’examen corresponde aux objectifs communs. Or, il semble que ce ne soit pas tout à fait le cas (grammaire, expression écrite). Le travail d’équipe stimulera les enseignants, qui produiront dans ce sens, des sujets d’examens plus pertinents.
D’autre part, les étudiants du département ont soulevé un point intéressant : celui des critères d’évaluation, qui très souvent n’apparaissent pas à la suite des consignes de l’épreuve. Il est important que les formateurs les informent de ces critères pour chaque module. De même, un examen type devrait être organisé lors du dernier cours magistral du semestre et ce, dans chaque module, afin qu’ils se sentent préparés davantage à l’épreuve finale. Ceci est réalisable dans les modules de grammaire, compréhension orale, compréhension écrite et étude de texte. La correction peut leur être apportée en fin d’épreuve afin qu’ils s’auto corrigent, qu’ils prennent conscience de leurs erreurs et qu’ils connaissent explicitement les attentes du formateur. Les rassurer dans leur démarche est aussi une des missions de l’enseignant en première année. L’expérience a d’ailleurs été tentée lors du second semestre 2002 dans le cours théorique de compréhension orale, et a contribué à rassurer l’apprenant sur l’épreuve, sur la difficulté qu’elle représentait et la forme qu’elle prenait.
Ainsi, nous pourrions clore cette liste de recommandations en disant que le programme de renforcement linguistique a évolué dans un sens positif ces quatres dernières années, qu’il est toutefois important de tenir compte des propositions qui ont été faites par l’ensemble de l’équipe professorale, d’ajuster en remédiant aux problèmes rencontrés autant par les formateurs que les formés. Des points négatifs ont certes été soulevés dans cette expertise, mais sont susceptibles de disparaître si le département revoit l’organisation, améliore la formation des professeurs et l’aspect évaluatif.
Première partie : Présentation du projet d’expertise
Deuxième partie : Description de la démarche d’expertise
Troisième partie : L’évaluation du projet et les limites de l’expertise interne
Quatrième partie : Annexes

