Exercices autour de "Le Colonel Chabert", cours 5 et 6

lundi 8 septembre 2003 , par Michèle Debrenne
 

Nous vous proposons maintenant la deuxième partie -les épisodes 5 et 6- de l’étude approfondie de la nouvelle, basée soit sur le texte d’Honoré de Balzac, soit sur certains épisodes des versions filmées.

Vous pouvez consulter les cours 1 à 4 sur "Le Colonel Chabert"



épisode 5 : la visite de Derville à Chabert

La Transaction du début à « ...ne s’effraient que de »

Questions sur le texte :

Texte de la nouvelle : la transaction du début à « ...ne s’effraient que de »

1. Qui est Crottat ?
le notaire avec qui travaille Derville

2. Quel évènement important pour l’histoire intervient ?
l’arrivée des pièces d’Allemagne confirmant l’identité de Chabert

3. Quelles étaient les conditions du testament de Chabert ? Comment a-t-il été exécuté ?
Mme Ferraud a eu plus qu’elle n’aurait dû

4. Qui était « le monstre qui gouvernait la France » ?
Napoléon

5. A quoi Derville pense-t-il en voyant le logement de Chabert ?
il pense que Chabert a mal utilisé son argent

6. Quelle est la vérité ? comment Derville l’apprend-il ?
Chabert a utilisé son argent pour venir en aide à Vergniaud qui le logeait avant qu’il ne rencontre Derville, c’est Louis Vergniaud qui le lui dit

7. Quel déroulement des évenements Derville annonce-t-il à Chabert ? Pour quelle raison les jurés peuvent ne pas trancher en faveur de Chabert ? Quelle alternative lui propose-t-il ?
procès pour rétablir son nom et son titre ; autre procès pour annuler la liquidation de succession et rentrer en possession de son bien
le deuxième mariage a été contracté « en toute innocence », il y a des enfants
Derville propose de transiger, rechercher un compromis, un jugement à l’amiable, annulation du décret de décès, annualtion du mariage, rétablissement à l’armée, pension

8. Quel argument Derville utilise-t-il pour dissuader Chabert d’entamer un procès ? Quelle est la réaction de Chabert ?
un procès coûte cher, ni Chabert, ni Derville n’ont cet argent. Chabert est démoralisé, abattu.

9. Comment Chabert a-t-il vexé Vergniaud ?
il a payé en cachette la dette (les billets) de Vergniaud

à faire par écrit, au choix :

1. Rétablir la chronologie des événements entre la « mort » de Chabert à Eylau et l’année de la nouvelle (1818) pour les autres personnages en corrélation avec les événements historiques en France.

2. « La justice militaire est franche, rapide... et juge presque toujours bien ». Etes-vous d’accord avec cette affirmation ?

l’extrait du film de 1994

durée approximative de l’épisode : 10 minutes

1. Relevez les détails insolites qui rendent cette scène assez différente de celle du texte de la nouvelle. A votre avis, pour quelle raison le réalisateur a-t-il choisi de prendre quelques libertés avec le texte ?
Les ours blancs, Boutin (en principe mort à Waterloo en 1813) et ses ours ont remplacé Vergniaud, nourisseur ; de plus Boutin enseigne l’escrime à la canne et fait chanter des chansons patriotiques à la gloire de l’empereur « en attendant son successeur », l’Aiglon ; absence des plaintes de Vergniaud


épisode 6 : l’entretien de Derville et de la comtesse Ferraud.

questions sur le texte :

à partir de « Derville avait, sans le savoir... » jusqu’à « en saluant la comtesse »

1. Qu’apprenons-nous de nouveau sur Derville dans ce passage ? Relevez les adjectifs qui décrivent ses états d’esprit :
sourire malicieux et mordant, idées moitié philosophiques moitié railleuses, choqué du ton léger, lucidité du regard fixe, gravité froide et perçante, froidement, en s’amusant à aiguillonner la colère, habitué à rester calme quand le client s’emporte. en l’interrompant

2. C’est Derville qui mène la conversation. Relevez-en les étapes, montrez comment il réussit à obtenir ce qu’il voulait de Mme Ferraud. Enumérez les thèmes qu’il aborde.
L’existence de Chabert ; le premier procès ; le piège ; la fortune ; le deuxième procès ; l’attitude de comte Ferraud

3. De quel premier procès Derville parle-t-il ? Qu’y risque Mme Ferraud ?
l’inscription en faux sur l’acte de décès ;
Mme Ferraud risque que les avocats utilisent contre elle le fait qu’elle avait reçu des lettres lui prouvant que Chabert était vivant avant de se remarier.

4. Quel piège Derville lui tend-il ?
Elle affirme ne rien avoir reçu de Chabert. Il insinue qu’il a des preuves qu’il y avait des valeurs dans les lettres : elle affirme qu’il n’y en avait pas, donc reconnaît avoir reçu les lettres

5. Comparez comment Derville présente l’issue du second procès à Mme Ferraud et à Chabert. Pour quelle raison, selon lui, Mme Ferraud risque-t-elle de perdre ce procès ? Pourquoi fait-il cela ?
Parce que les juges sont des hommes vieux et auront pitié d’un homme de leur âge. De plus selon la loi elle a tort. A Chabert il avait dit que la présence des enfants était un argument contre lui ; Derville veut amener Mme Ferraud à renoncer à un procès et à s’arranger à l’amiable, transiger.

les extraits des films

durée approximative de l’épisode : 4 minutes pour le film de 1943, 6 minutes dans le film d’Angelo

Comparez les scénarii des deux scènes - à gauche, le film de 1943, à droite celui de 1994 et le texte de la nouvelle. Les paroles en italiques correspondent à des épisodes du film de 1943 qui n’existent ni dans la nouvelle, ni dans le film de 1994. Les indications de mise en scène sont indiquées entre crochets[... ]

Relevez toutes les différences entre les versions. Comment les expliquez-vous ?

Comparez la mise en scène des deux films. Observez les manipulations avec la tasse de café dans le film d’Angelo.

L’argumentation de Derville est-elle la même dans les deux films ?
dans le film de 1943, Derville ne parle pas des preuves de l’identité de Chabert, donc d’un premier procès (selon le scénario de ce film, il ne les a pas)

film de 1943film de 1994
Mme F. : Bonjour, cher Monsieur Derville, je suis ravie de vous voir. Je suis désolée de ne vous recevoir que pour quelques instants, je pars tout à l’heure avec mes enfants.
D. : [fait un baisemain] Je serai donc bref. Madame, je viens causer avec vous d’une affaire assez grave.
Mme F. : Je suis désolée, mon mari est parti en voyage. Asseyez-vous, je vous en prie [elle s’assied]
D. : Je suis heureux en l’occurrence de l’absence de votre mari Monsieur le comte Ferraud. [il s’assied] Je préfère vous parlez en dehors de lui. Je sais d’ailleurs que vous aimez vous occuper de vos affaires vous-même. Mme F. : En effet. De quoi s’agit-il ?
D. : Un mot suffira : le comte Chabert existe.
Mme F. : [rit] Vous n’êtes pas dans votre bon sens, M. Derville !
D. : Madame, j’ai peu de temps. [fait un baisemain rapide] et ce dont j’ai à vous entretenir est assez grave.
Mme F. : Je suis désespérée, mon mari est absent [s’éloigne vers une petite table et verse du café dans une tasse].
D. : J’en suis enchanté, moi, madame, il eut été désespérant qu’il assistât à notre entrevue. Je sais d’ailleurs par Delbec que vous savez très bien régler vos affaires sans le concours du comte Ferraud.
Mme F. : Alors je vais faire appeler Delbecq, s’il vous plaît...
D. : Je le connais, je le connais, je connais son habileté et sa dévotion à vos intérêts. Cependant, croyez-moi, c’est assez de nous deux.
[Mme Ferraud lui tend la tasse. Il la prend et la pose sans boire sur un guéridon]
Mme F. : Mais c’est qu’il me ferait peur, avec cette grosse voix, et cette figure.... [s’éloigne de lui]
D. : Quelques mots suffiront à vous rendre votre sérieux, madame. Le colonel Chabert existe, je l’ai vu, je le connais.
Mme F. : [rit, s’assied dans un fauteuil] Quelle bouffonnerie, mon Dieu mais que ne faut-il pas entendre !
D. : Si madame, et vous ignorez l’étendue du danger qui vous menace. Je ne suis pas homme à me charger d’une mauvaise cause, vous le savez. J’ai vu votre mari. D. : [s’assied sur un divan, assez loin d’elle, prend sa serviette] Dois-je vous montrer la liste des pièces authentiques établissant la survie de votre premier époux ?
Mme F. : Mais cela est faux ! Si quelqu’un se dit être le colonel Chabert, ça ne peut être qu’un intrigant ou un forçat libéré. Le colonel Chabert peut-il ressusciter ? Bonaparte m’a fait complimenter sur sa mort par un aide de camp, on me verse aujourd’hui 3000 francs de pension accordés à sa veuve par les Chambres. J’ai eu raison de renvoyer tous les Chabert qui se sont présentés comme je repousserais tous ceux qui viendront.
Mme F. : Êtes-vous toujours mon avoué ? Ou êtes-vous devenu celui d’un imposteur ?
D. : Madame, je suis encore en ce moment votre avoué, comme celui du colonel. Croyez-vous que je voudrais perdre une clientèle aussi précieuse que la vôtre ? Je suis venu vous défendre contre vous-même, contre votre mari, et contre votre Delbecq.
Mme F. : Comment ça ? [se lève]
D. : Je sais que vous avez reçu des lettres que vous avez prises pour celles d’un imposteur. Je sais aussi que vous avez éconduit l’homme qui prétendait être votre mari et que vous avez voulu le faire enfermer.
Mme F. : J’ai reçu des lettres, en effet, dont je n’ai pas reconnu l’écriture. Quant au malheureux auquel vous faites allusion c’est Delbecq qui a pris sur lui pour protéger ma tranquillité de le faire enfermer dans un asile, où il aurait d’ailleurs reçu des soins. Delbec a agi en dehors de moi. Je lui ai d’ailleurs adressé les reproches qu’il méritait.
D. : [plan sur lui] Heureusement nous sommes seuls, nous pouvons mentir à notre aise. Je ne suis pas homme à me charger d’une mauvaise cause, vous le savez...
Mme F. : [se lève] Car vous vous chargez de la cause de cet imposteur... D. : Il m’a touché... et tant de preuves ! Mme F. : Preuves dont je n’aurai sans doute aucun mal à établir la fausseté [s’avance].
D. : Le plus grand mal. Elles sont, croyez moi, de force à nous obtenir l’annulation de l’acte de décès. Et si vous perdez sur ce premier point, le reste suivra.
Mme F. : [s’assied sur le divan, donc plus près de lui] Quels intérêts soutenez vous, Derville ? Lui, ou moi ?
D. : Je suis encore votre avoué, comme je suis celui du colonel Chabert. Croyez-vous que je veuille perdre une clientèle aussi précieuse que l’est la vôtre ? Vous ne m’écoutez pas.
D. : Votre mari est venu se placer sous ma protection et va engager un procès contre vous.
Mme F. : Comment ça, un procès ? [gros plan]
D. : Votre fortune venait du comte Chabert, que maintenant vous reniez. Cette fortune est considérable, et vous le laissez mendier. Pourtant votre mariage avec le colonel a pour lui le droit, la priorité.
[Mme Ferraud s’éloigne, plan général, Derville la suit]
D. : en outre, dans cette pénible aventure, vous pourriez avoir un adversaire auquel vous ne vous attendez pas. Là madame est le danger dont je voudrais vous préserver.
Mme F. : Un nouvel adversaire ? Qui ?
D. : Le comte Ferraud, Madame, [plan sur le fauteuil vide]
Mme F. : Au contraire. Je suis impatiente de connaître la suite. [se lève, sert une autre tasse, ajoute du sucre, touille. Le plan s’élargit en plan général]
D. : [en haussant la voix] Ma position, Madame, veut que je connaisse l’importance de votre fortune - elle est colossale - ...
Mme F. : [se retourne vivement de son côté] Est-ce un reproche ?
D. : Aucunement. Et je rends hommage à votre savoir-faire comme à votre application à la développer. Mais elle a son origine dans celle du colonel Chabert....
Mme F. : [l’interrompt] Ah mais ce qu’il m’a laissé n’a rien à voir avec ce que je possède aujourd’hui !
D. : [gros plan sur lui, avec le dos de la comtesse[ Ne vous emportez pas, je vous en prie. D’un côté cette fortune [compte sur ses doigts], de l’autre l’état misérable d’un homme auquel vous n’accordez aucun secours [Mme Ferraud se rassied sur le divan]
Mme F. : Mais le secourir, c’est le reconnaître, vous le savez bien !
D. : Le réduire à la mendicité, c’est risquer de soulever contre vous l’opinion publique...
Mme F. : Et bien, allons au tribunal. Tant pis, j’en serai quitte à rendre les 100 et quelques milliers de francs que je dois à votre Monsieur Chabert. Mais mon second mariage sera reconnu comme seul valable à cause de mes enfants.
D. : Madame, Madame... Comment savoir de quel côté les tribunaux verront la question sentimentale ? S’il est vrai que d’une part nous avons une mère et ses enfants, nous avons de l’autre un vieil homme accablé de misères et de malheurs par le sort et par vos refus... Les juges sont rarement de jeunes hommes comblés des forces de la vie. Ils verront Chabert, ses rides, son égarement, son incapacité à trouver une autre femme. Et puis... vous souhaitez le tribunal ? Mais le tribunal est à tous vents ! C’est un lieu où les secrets sont proclamés, dévoilés, d’adversaire n’y est pas muet. Un bon avocat vous peindra sous d’odieuses couleurs et vous suscitera peut-être un adversaire auquel vous ne songez pas assez. Là est le véritable danger sur lequel amicalement je vous mets en garde.
Mme F. : [se lève, pose sa tasse sur un meuble -sans avoir bu- et se détourne] Un adversaire auquel je ne m’attends pas ?
D. : Votre mari, Madame la comtesse, le comte Ferraud !
Mme F. : Quelle raison aurait-il de m’abandonner ?
D. : Celle d’épouser la fille unique d’un pair de France dont la pairie serait transmise par ordonnance du roi. Il aurait moins de remords, car un homme couvert de gloire, comte, grand officier de la Légion d’honneur, lui redemandant sa femme....
Mme F. : Oh, assez, assez . [marche nerveusement dans la pièce] Que faire ?
D. : Transiger. [s’avance vers elle]
Mme F. : M’aime -t-il encore ?
D. : Je ne pense pas qu’il puisse en être autrement.
Mme F. : Que dois-je faire ?
D. : Voulez-vous passer à mon étude demain à 11 heures ? Je le fais venir, et je ne crois pas du tout qu’il soit impossible d’arriver à un arrangement
Mme F. : Mais le comte a pour moi le plus vif attachement, et pour la mère de ses enfants un respect que...
D. : [l’interrompt] Pas à un avoué ! Pas de telles niaiseries à un homme qui a l’expérience du coeur humain. En ce moment, aujourd’hui, je suis sûr qu’il vous adore, sans la moindre envie de rompre les liens que vous unissent. Imaginez quelqu’un venant lui dire que son mariage peut être annulé...
Mme F. : Il refuserait. [plan sur elle]
D. : Non, Madame
Mme F. : Il faudrait de fortes raisons.
D. : La plus forte n’est-elle pas que rendu libre par l’annulation de l’acte de mariage, rien ne ferait plus obstacle à une union nouvelle. Je connais plusieurs pairs de France dont la fille unique est à marier. Une ordonnance royale, et la pairie [gros plan sur lui] devient transmissible du beau-père à son gendre.
Mme F. : [gros plan sur elle] Je n’aurais jamais que vous pour avoué, Derville...
D. : Je vous remercie, Madame la comtesse...
Mme F. : Que dois-je faire ?
D. : [gros plan sur lui] Transiger. Transaction, tout est là, toujours.... [plan général]
Mme F. : Le colonel... pensez-vous qu’il m’aime encore ?
D. : Madame, je n’imagine pas qu’il puisse en être autrement. Je vous ferai parvenir dès que possible un protocole susceptible de recueillir l’adhésion des deux parties [Mme Ferraud sort].
D. : [continue, en haussant le ton] Je pense qu’une première entrevue pourrait avoir lieu dans les prochains jours

à faire par écrit :

Commentez la réflexion de Derville : « La morale de ceci est qu’une jolie femme ne voudra jamais reconnaître son mari, ni même son amant dans un homme en vieux carrick, en perruque de chiendent et en bottes percées ».


Suite et fin : Exercices autour de "Le Colonel Chabert", cours 7 à 10


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