Enseigner le FLE à travers le sport et ses représentations médiatiques

samedi 31 mai 2003 , par Benoît Jamet
 
Lors de mes différents voyages, j’ai pu constater l’impact formidable en terme de notoriété de la victoire française en Coupe du Monde en 1998. Fan de sport depuis mon enfance et grand lecteur de quotidiens et magazines sportifs, la lecture d’un article sur un professeur utilisant L’Equipe comme manuel scolaire pour des jeunes en difficultés a provoqué chez moi la même réaction que chez Jérôme Carujo et, à la suite de son article, j’ai essayé de trouver quelques autres exercices, ou des dérivés, répondant à la question : pourquoi ne pas appliquer cette méthode au FLE et utiliser le sport pour enseigner le Francais. Se sont ouvertes alors de multiples voies d’exploitations. La première étant d’utiliser la presse écrite, mais à celle-ci nous pouvons aussi rajouter un travail avec la télévision mais aussi la radio ainsi que l’Internet.

La presse écrite

Ce média nous permet d’utiliser plusieurs ressources :
 Un travail sur les titres.
 Un travail sur un article.
 Un travail sur les tableaux.

Un travail sur les titres :

Il est évident que dans un journal, le premier élément visible est le titre de « Une » ou bien encore ceux des articles à l’intérieur de ce journal. Dans le corpus proposé ici, le professeur pourra différencier les faits de langue, culturels, etc.

« Renaissance à l’italienne » (24/03/03) : Ici, le titre fait référence au match de rugby Italie - France, remporté par la France après sa défaite en Irlande, d’où le « renaissance ».Il joue aussi sur le fait que la Renaissance a vu le jour en Italie.

« Marie a tout pris » (15/03/03) : Dans cet exemple, le rédacteur fait référence à un titre de film (« Mary à tout prix » des frères Farrelly), tout en jouant sur la sonorité concordante du participe passé du verbe prendre et du nom « prix », ceci pour évoquer le fait que cette athlète française a remporté de multiples titres.

« Très cher Ronaldinho » (14/03/03) : Ce titre fait référence au joueur de football du Paris Saint Germain, star du club donc « très cher » aux yeux de celui-ci, comme formule française d’expression de la valeur, mais aussi au fait que le club devra payer plus qu’il n’escomptait lors de son transfert en France, d’où le « très cher », pécuniaire celui-là.

« A Plat mais pas crevé » (03/03/03) : L’accent est mis ici sur le fait que le club de Montferrand, basé à Clermont-Ferrand où se trouve Michelin qui produit des pneus et finance le club de rugby, ne sera pas champion de France. L’analogie entre un pneu à plat et un pneu crevé est assez évidente ici.

« Vraiment très chevronné ! » (03/03/03) : Ici, le rédacteur met en parallèle l’emblème de Citroën, le chevron, avec l’expression française « être chevronné », c’est à dire avoir de l’expérience, être expérimenté.

« L’or ne fait pas le bonheur » (11/02/03). Pour ce titre est utilisée l’expression « l’argent ne fait pas le bonheur », détourné par l’auteur pour faire une analogie avec les couleurs des médailles olympiques en or, argent et bronze. En effet, être en or devrait faire le bonheur puisque l’on a gagné, ici non. De plus, l’auteur utilise la presque assonance « or-bonheur ».

A partir de ce travail de « défrichage » des titres, on peut imaginer une activité comme la rédaction de titres par les apprenants à partir de l’actualité sportive nationale ou internationale, donnant libre-cours à leur imagination dans la langue cible .

Un travail sur un article :

Ici, nous travaillerons à partir de l’article « Comme si c’était hier ? »

Sur de document, nous pouvons partir de petites questions simples après la lecture.

Quel est le principe de l’article ? Nous pouvons voir ici que l’article est clairement basé sur une opposition Passé/Présent. Le professeur pourra inciter à faire relever par les élèves les occurrences du passé, qu’elles soient verbales ou langagières.

Sur cet article bien précis, on peut aussi faire chercher aux élèves le score du match en question, celui-ci n’étant écrit nulle part, il faut le déduire à partir des phrases racontant le déroulement du match. Pour ceci, les articles proposant les « à cotés » des rencontres sportives sont intéressants. Nous pourrons d’ailleurs relever un autre phénomène culturel français qui est cité à deux reprises dans cet article : Francis Lalanne, chanteur « à texte » français, baladant depuis quelques années sa queue de cheval et ses bottes dans le sillage de l’équipe de France de football.

Nous pourrons aussi relever le jeu de mots concernant les cent sélections de Marcel Desailly, « 100, mille mercis Marcel. », jouant sur l’expression « cent mille ......... » que l’on utilise pour accentuer le trait.

Le professeur pourra aussi questionner les élèves sur la minute à laquelle fut marqué le premier but, ou bien encore sur l’identité des buteurs.

Enfin, parmi plein d’autres questions possibles, on pourra demander quel est le bémol qu’introduit l’auteur de l’article au fait que les gens aient oublié la Coupe du Monde.

Travail sur les tableaux :

Le professeur pourra utiliser plusieurs tableaux de suite. Ici le professeur peut même réaliser quelques activités à partir de tableaux ne faisant pas référence à des équipes françaises.

On peut, par l’intermédiaire de ces tableaux, utiliser et mettre en application l’apprentissage des chiffres.
D’ailleurs, on peut cibler l’apprentissage en choisissant la période de la saison avec des chiffres plus ou moins grands, ou bien encore tel sport plus qu’un autre (ex : le basket a des scores plus élevés que le football ou le hockey pour un match, les classements étant eux assez similaires.) Les élèves peuvent suivre l’évolution d’une équipe sur plusieurs journées et ainsi mettre en pratique les auxiliaires se rattachant aux verbes de mouvements. On peut, par exemple, introduire l’auxiliaire « être » après avoir remarqué que telle équipe est montée à la troisième place ou que telle autre est descendue à la douzième. Cette activité fait donc aussi travailler les adjectifs numéraux ( Premier, deuxième, troisième, etc.).

Nous pouvons aussi imaginer des exercices de compréhension orale, de production orale ou écrite, à partir d’un petit questionnaire rédigé par le professeur. Des questions telles que « qui était premier ? », « qui est remonté à la sixième place lors de la douzième journée ? ».

Pour le tableau suivant, on peut imaginer un petit jeu avec les débutants, petit jeu basé sur la compréhension des chiffres et de l’alphabet. Le professeur pourra alors pour cela séparer la classe en petites équipes et alors poser des questions telles que : « Qui a joué 10h30 et joue au Real Madrid ? », celle-ci étant plutôt évidente, on peut accentuer la difficulté avec une autre du genre : « Qui joue à Auxerre et a joué 1h39 ? ».La première réponse était bien sur Zinédine ZIDANE et la deuxième Olivier KAPO. On peut imaginer que le point ne soit accordé à l’équipe que si l’épellation du nom du joueur se fait parfaitement.

La télévision

Ce médium est un des plus prisés par les élèves. Pour trouver matière à utiliser le sport, nous pourrons utiliser l’antenne de TV5. En effet, les rencontres sportives sont quelquefois diffusées sur cette chaîne reçue de par le monde. Les professeurs pourront y trouver les matches de l’équipe de France de football, et de rugby lors du Tournoi des Six Nations, mais je m’intéresserai ici plutôt à l’émission « France Foot », diffusée le lendemain de chaque journée de championnat à 21h (heure de Paris). Cette émission sera plus facile à utiliser qu’un match car ce sont des résumés d’une durée formatée d’environ 5-6 minutes. Voici quelques exemples d’exercice qu’il peut être intéressant de réaliser au cours d’une séance vidéo :

 Préparer un petit questionnaire à l’avance sur la description que peut faire le journaliste des différents éléments autres que les actions : qui joue ? En quelle couleur ? Les numéros ? etc.

 Rédiger un texte à trous se concentrant sur un aspect plus particulièrement travaillé par le professeur (ex : adverbe, auxiliaire pour passé composé, chiffres...). Ceci est un peu le même travail qu’avec un document sonore mais a l’avantage de procurer à l’apprenant une aide par l’image.

Il faudra d’ailleurs remarquer que les descriptions utilisées par les commentateurs sont souvent truffées d’adjectifs (une équipe est très souvent entreprenante ; voire courageuse ou bien encore malchanceuse). On pourra alors proposer un travail sur les champs lexicaux, trouver les synonymes ou les mots s’en approchant.

 Effectuer un travail sans le son. On peut imaginer faire regarder les images et travailler tous ensemble, le professeur et les apprenants, un commentaire tel qu’il pourrait être effectué par un journaliste. Ainsi après avoir préparé en amont un commentaire dépouillé des informations impossibles à trouver pour les élèves, on pourra le comparer avec la production de la classe. On pourra alors écouter le commentaire effectué par le journaliste et y repérer les éléments n’ayant pas été inclus par les élèves. Ce travail est bien sûr souhaitable avec des images françaises mais semble réalisable à partir d’images du pays d’origine des apprenants, tout au moins pour la partie sans son.

La radio

Bien que ce médium soit le plus dur à trouver, de par la complexité technique à recevoir les émissions françaises dans certaines parties du monde, nous pouvons imaginer des activités utilisant la radio. Nous utiliserons pour ceci un multiplex de football, comme il en existe sur toutes les stations maintenant. Un multiplex est une émission où un journaliste décrit le match qu’il voit pour les auditeurs jusqu’à ce qu’il se passe quelque chose d’autre sur un autre stade et qu’alors un autre journaliste se mette lui-même à décrire ce qu’il voit et ainsi de suite...

Les quelques activités que je propose sont les suivantes :

 Écouter la description d’une action et demander aux élèves de réaliser un schéma sur un terrain déjà préparé.

 Relever les scores et les minutes où les buts ont été marqués. En effet, il y a un rappel des scores assez régulier lors de ces multiplex. On peut en tirer un petit jeu où les apprenants doivent trouver ces mêmes scores et ces mêmes minutes.

 Relever les formations d’adjectifs relatifs aux villes (Bordeaux : bordelais ; Paris : parisiens)

L’internet

Ce médium est devenu de plus en plus accessible et me semble pouvoir être à l’origine d’un projet de classe. Nous prendrons ici pour exemple le championnat de France de L1. Le nombre d’élèves parfait pour cette activité est de 20 mais le professeur peut sûrement s’en accommoder. Cette activité se propose de séparer la classe et de faire choisir un club par un élève, par désignation ou bien encore par tirage au sort. Elle a pour but de leur faire créer un exposé ayant pour but de présenter cette région de France, d’en évoquer les atouts, les mauvais points... C’est un travail s’étalant sur plusieurs semaines, mais ces exposés peuvent être plus ou moins longs et proposer un fil conducteur au cours de français. Les apprenants peuvent ainsi proposer dans leurs exposés :

 La présentation géographique de leur équipe.
Ainsi peuvent-ils répondre aux questions : Où la ville se situe-t-elle ? Quel en est le climat ? Combien y a-t-il d’habitants ? etc.

 La présentation historique.
Ils peuvent présenter les faits importants de la ville, de la région ( dans cette catégorie, ils pourront parler des autres villes de la région et dire où elles en sont sportivement). Evidemment, l’élève qui est tombé sur Paris est plus chanceux pour trouver des informations mais a aussi plus de travail que celui qui est tombé sur Guingamp...

 La présentation des spécialités.
La France et ses régions n’ont plus à être louées, ainsi chaque apprenant aura sa part de culture française à présenter à ses camarades. L’élève pourra mettre en évidence les escargots en Bourgogne, le saucisson pour Lyon...

 La présentation du club.
L’apprenant devra ici s’intéresser plus particulièrement au club en question, à son palmarès, à son histoire, récente et ancienne, proprement dite et réutiliser les acquis langagiers (« il est remonté en 1990 », « il a gagné »).

Quelques idées combinatoires à partir d’exemples précis

 Travailler la géographie internationale à partir de compétitions internationales.
Ici, on pourra se servir de ce document, mais aussi de tout autre médium, comme une émission télévisée, etc... Cette année est particulièrement propice avec les championnats d’Europe de basket-ball en 2003 puis celui de football en 2004 ; dont les qualifications se déroulent en ce moment.
On peut ici travailler les adjectifs correspondants aux pays (France : français ; Angleterre : anglais, etc.) On peut utiliser ces mêmes groupes pour le passé composé et ses auxiliaires.

 Evoquer la francophonie à travers le sport.
On peut prendre les compositions des équipes de France de football, de handball, de rugby, de basket-ball pour s’apercevoir de la diversité de provenance des sportifs, faisant tous partie du grand monde de la francophonie. Ainsi des sportifs français sont-ils nés dans des DOM et des TOM ( Thuram aux Antilles, Richardson à la Réunion, Karembeu en Nouvelle-Calédonie, Lama en Guyane...) mais aussi dans des pays étrangers francophones (Benazzi au Maroc, Desailly au Ghana, Vieira au Sénégal...).

 Imaginer un jeu sous forme de devinettes à partir des traductions de mots effectués par les canadiens, par exemple. Pour eux, un jeu décisif au tennis est un bris d’égalité,etc.

Comme vous le voyez donc, il est possible d’intégrer le sport dans un enseignement de FLE, lui donnant ainsi un aspect ludique... Pour d’autres idées d’activités, vous pouvez aussi vous reporter à l’excellent article de Jérôme Carujo sur ÉduFLE.
Cette intervention ne se veut pas exhaustive, mais a juste pour but de donner envie aux professeurs de se dire « pourquoi pas ? » tout en leur donnant quelques pistes, qu’ils devront eux-mêmes fouiller et adapter en fonction de leur public.

Je tiens à remercier le journal "L’équipe" pour la possibilité d’utiliser leurs documents et de les publier en ligne.


Contrat Creative Commons
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.