J’ai voulu poser au préalable la question fondamentale de la représentation du « réel » chez un sujet donné. Nous découvrons en linguistique, et plus particulièrement dans le rapport entre langue et processus cognitifs, une opposition : le paradigme relativiste symbolisé par l’hypothèse Sapir Whorf et le paradigme universaliste dont Chomsky demeure l’emblème le plus proéminent.
Ainsi, j’essaierai dans un premier temps de répondre à la question suivante : l’individu bilingue a-t-il deux représentations du monde parallèles ou alors détient-il un seul découpage du réel, mais sous deux modes combinatoires à éclairer ?
Dans un second temps et toujours dans une perspective contrastive et comparative, nous nous pencherons sur les limites de la traduction et de la transposition d’une langue à l’autre. Un exemple de terme anglais nous servira de prétexte à déchiffrer les manques ou les pertes d’une langue à l’autre.
Enfin, nous tirerons des conclusions sur les implications de ce questionnement tant pour le champ de la traduction que pour celui du métalangage utilisé dans l’enseignement d’une langue étrangère. La grammaire cognitive semble alors ouvrir des perspectives intéressantes dans un cadre constructiviste.
Nous développerons dans un premier temps les deux thèses majeures et opposées qui subsument la problématique du rapport entre langue et pensée : la pensée existe-t-elle indépendamment d’un monde objectal ou alors le réel est-il le produit de la pensée ? Afin de mieux définir le rapport qui lie une langue à sa culture, nous allons donc nous concentrer sur la sémantique et l’analyse du rapport entre le sens et tout ce que l’on nomme l’extra- linguistique, c’est à dire le rapport entre la langue et le réel. La question de l’extra- linguistique pose en fait toute la question du réel, est-ce qu’il existe une réalité totalement indépendante dont la langue serait la fidèle représentation ? Ou au contraire la langue participe t- elle à la construction du réel ?
Chez les sémanticiens, on retrouve deux positions, une position objectiviste d’une part, une position constructiviste d’autre part.
Pour les tenants du « paradigme objectiviste », le monde existe, il est tel qu’il est, en dépit des croyances ou de la perception que peuvent en avoir les hommes, indépendamment de toute intervention de la conscience humaine. La question de la référence, du rapport entre la langue et le monde est simple, « les référents sont des entités du monde réel auxquelles on renvoie précisément à l’aide des expressions linguistiques » (Kleiber, p 10). Une expression linguistique constitue un ensemble de traits ou de conditions, chaise va par exemple désigner un ensemble de traits distincts. Pour une expression linguistique puisse être employée de façon adéquate, il faut qu’il y ait correspondance entre l’objet et l’expression linguistique, c’est à dire que l’objet tel qu’il s’expose sous nos yeux présente les traits sémantiques en question. Ceci « donne directement lieu à la mise sur pied d’une sémantique vériconditionnelle » (Kleiber, p 23). Les expressions linguistiques acquièrent donc leur signification par leur capacité ou incapacité, à correspondre au réel.
Dans cette approche, ce qui est pris en compte, n’est donc pas la représentation que le locuteur a du réel, la fonction du langage n’est pas de représenter le réel mais de le décrire tel qu’il se présente à nos sens. Cela n’est pas sans poser certains problèmes : l’idée qu’un énoncé est vrai ou faux n’est pas par exemple très prolifique concernant l’analyse d’énoncés de type performatif (ce que la théorie des actes de langage a mis en évidence). Les sémanticiens travaillant dans cette approche, c’est à dire du côté de la sémantique formelle, adopte une conception du langage très proche de celle de Chomsky, dans cette perspective l’acquisition même des concepts est innée. Cette approche favorise donc le sens dénotatif, l’analyse se penche sur ce qui est « vrai », c’est à dire ce qui correspond à une réalité objective ; on bannit donc tous les produits de l’imagination tel que la métaphore et la métonymie (G. Lakoff) qui sont alors perçues comme secondaire puisqu’ils sont des produits de l’esprit.
Il découle également du paradigme objectiviste qu’une connaissance véritable du monde extérieur peut être atteinte à partir du moment où nos connaissances correspondent aux entités du réel, cette approche met donc en avant la raison comme moyen d’accès à la connaissance et suggère que certaines langues sont mieux aptes que d’autres à décrire le réel (Hymes).
Au « paradigme objectiviste » s’oppose le « paradigme constructiviste » selon lequel le monde réel ne doit pas être considéré comme allant de soi, le réel n’est pas absolu, ce que nous appelons réel est en fait une construction (une illusion ?) et notre perception du réel ne saurait être objective. « Autrement dit le monde ne préexisterait pas au discours » (Kleiber, p 11). Ce sont les hommes, qui opèrent une catégorisation du réel en fonction de leur subjectivité. L’hypothèse Sapir/Whorf inspirée du travail de Humboldt est l’incarnation de cette idée. Ceci a donné lieu à une sémantique aréférentielle telle, l’approche de Berrendonner et son hypothèse discursivo- cognitive de la référence qui en est un exemple ; dans ces approches, c’est le discours qui construit ses référents.
Ces deux positions antagonistes peuvent en fait être associées à la conception universaliste pour la première et à la conception relativiste pour la deuxième. Ni l’une, ni l’autre ne permet d’adopter une position intermédiaire et d’échapper à la dialectique du « tout est pareil » ou du « tout est différent », écueil que toute approche à visée contrastive se doit d’essayer d’éviter.
Un argument qui semble réconcilier les deux hypothèses est celui de la stabilité intersubjective (Kleiber). Il importe peu en fait de savoir si ce que nous tenons pour vrai correspond exactement à la réalité ou à une perception subjective de celle ci, à partir du moment où nos représentations du réel sont partagées par l’ensemble des membres de notre communauté linguistique et que les termes que nous employons pour décrire ce réel révèlent une certaine stabilité sémantique, « même si l’on nie la réalité, ce ne peut être n’importe quelle réalité : il ne peut s’agir que de celle que nous croyons être la réalité » (Kleiber, p 14).
Etant tous humains, il y a en effet de grandes chances pour que les expériences perceptives de membres appartenant à la même espèce se ressemblent, en dépit du fait qu’ils appartiennent à des communautés linguistiques différentes. Cet argument semble particulièrement convaincant en ce qui concerne la perception de ce que Lakoff appelle les objets concrets, telle une table, une chaise, etc. En revanche, il n’en est pas de même pour ce qui est des objets abstraits qui ne sauraient jouir de la même stabilité intersubjective et qui ont rarement été pris en compte par les linguistes, psychologues ou philosophes (Lakoff).
Entre la généralisation et le caractère systématique que l’approche universaliste apporte et une version atténuée de l’hypothèse Sapir Whorf, Levelt va plus loin que Kleiber et propose une analyse intermédiaire et autant que possible exhaustive de ce rapport entre pensée et réel qu’il précise à travers l’étude de la complexité de l’acte de produire des paroles et de communiquer. Il s’appuie sur des paroles spontanées (« spontaneous speech ») d’adultes et s’attache donc plutôt à la situation de communication.
Levelt s’attaque à la question éternelle la plus ardue des sciences humaines : que se passe-t-il dans la tête d’un individu quand il produit un message verbal ?
Il nomme le produit de ce que nous appellerons l’acte de conceptualiser le message préverbal (« preverbal message ») et assigne aux deux types de savoirs (tels que les sciences cognitives les définissent) deux types de mémoire. Les savoirs procéduraux agissent au sein de la mémoire vive (« working memory ») et les savoirs déclaratifs dans la mémoire à long terme (« long term memory »).
Le conceptualisateur traduit en fait une structure conceptuelle (ou propositionnelle) en une production grammaticale et une production phonologique.
La première contient ce que Levelt appelle des « lemmas » et des procédures syntactiques qui vont permettre d’avoir une réalisation en surface et la seconde correspond au plan articulatoire qui, par opposition, est réalisé de façon interne. Avant de tirer de cette théorie des outils intéressants pour notre problématique d’origine, nous devons d’abord accentuer l’analyse du travail de Levelt.
La chaîne en boucle que Levelt définit se réalise ainsi : le conceptualisateur envoie un message au formulator qui renvoie ce dernier, modifié à l’ « articulateur », étape ultime avant la parole manifeste (« overt speech »). Ces opérations sont analysées par le « Speech Comprehension System » qui indique un contrôle (« self-monitoring ») au niveau
1) du sens et
2) d’une formation linguistique correcte.
En accord avec l’hypothèse Andersonnienne qui explicite que la production est le résultat de la paire condition/action ainsi formulée : « If X, then Y where X as condition and Y as action ». L’algorithme doit cependant fonctionner en temps réel. Par ailleurs, un travail en parallèle est effectué entre la génération du message (contrôlée) et l’articulation de la forme grammaticale (automatique).
La première conséquence fructueuse de cette analyse pouvant être rapportée à la représentation chez le bilingue est la suivante : au cours de l’interaction, tous les langages ont un point commun universel ; ils sont basés sur des règles de conduites, ces règles étant mutuellement connues et visées et le contexte déictique ancre l’interaction dans une situation de communication particulière.
Or, Levelt s’oppose ici à Whorf en arguant que les différences entre les langues s’opposent au niveau du message, et non au niveau préverbal (« […] language specific difference in encoding at the message level »). _ Pour Levelt, les Anglais et les Espagnols perçoivent la distance de la même façon mais l’information sur les distances pré-établies pour l’expression sont de forme bipartite ou tripartite. De même, les Malais ne se sentent pas obligés d’indiquer une marque temporelle alors que les anglais le font automatiquement (« English has to even if it is of no communicative value »). Pour Berlin et Kay, les différentes langues encodent bien les langues de la même manière, certaines ont seulement plus de catégories que d’autres. Toutes, même une langue comme le Dani (dialecte d’Indonésie) qui n’a que deux termes pour les couleurs (le blanc et le noir) encodent les couleurs en fonction d’une certaine hiérarchie focale, c’est-à-dire que si une langue ne possède que deux termes, on peut inférer des sous-correspondances équivalentes à notre système.
Dans le même ordre d’idées, Slobin s’appuie sur des erreurs répétées d’enfant au niveau de leur production pour signaler qu’elles représentent des hypothèses erronées par rapport aux propriétés conceptuelles requises pour l’assertion de la morphologie de son langage. Les différents systèmes sont autonomes et les besoins langagiers quant aux structures sémantiques sont représentées dans le data des savoirs procéduraux du conceptualisateur.
Donc, Levelt réussit à accorder l’opposition entre langue comme système abstrait éloigné de la situation de communication et particularisme représentationnel Whorfien. Nous en concluons à ce stade que le bilingue détient une seule façon de conceptualiser une structure propositionnelle mais qu’il peut avoir deux façons plus ou moins éloignées d’exprimer ceci au niveau de la production. Il nous faut préciser la nature de cette structure prépositionnelle.
L’encodage grammatical et phonologique au niveau de la formulation est médiatisé par des entrées lexicales (« lexical hypothesis »). En fait, ce que nous trouvons avant la réalisation propre d’un mot (phonèmes et morphèmes), c’est un lexique mental : « Mental lexicon is the repository of information about the word, meaning, syntactic, phonoligical and morphological at least ». Les mots ne sont pas tous stockés car ils peuvent être mentalement reconstruits. On accède aux mots à partir de deux critères : vitesse d’accès et convergence. Les erreurs de production proviendraient d’une activation parallèle d’unités lexicales. En plus d’une spécification conceptuelle qui tienne compte des caractères pragmatiques, stylistiques, morphologiques et syntactiques, les « lemmas » dépendent de variables diacritiques (temps, modes…).
L’indication globale que Levelt tend à nous démontrer est la suivante : le locuteur contrôle la quasi totalité du mécanisme de parole bien que cela ne soit jamais fait de façon simultanée.
Ainsi, ce travail contrastif sur l’algorithme transdisciplinaire effectué par Levelt nous a permis de conclure que le bilingue ne détiendrait en fait qu’une seule façon de conceptualiser mais au moins deux façons de formuler. Les conséquences pédagogiques et cognitives de cela peuvent être que les langues n’ont que des différences de surface. Donc, la langue maternelle détiendrait des qualités facilitatrices pour l’apprentissage, le développement d’une implication identitaire et d’une prise de risque plus affirmée de l’apprenant. L’inspiration Chomskyenne est criante.
Cette première conclusion doit cependant être nuancée. En effet, Levelt éloigne de son modèle les difficultés liées à la compréhension. Par ailleurs, un contexte multilingue va rendre ce modèle moins opératoire.
Revenons au rapport entre langue et réel : Wierzbicka a traqué les universaux lexicaux mais, à l’inverse de Chomsky, elle s’intéresse justement aux différences de surface et délaisse la syntaxe. Elle admet l’existence de concepts présents dans toutes les langues. Elle démontre cependant que certains concepts que l’on s’attend à trouver dans toutes les langues n’y sont pas.
Dans le même ordre d’idée, une étude menée par un groupe de psychologues et de linguistes (Pederson et Al, 1998) tend à montrer que les processus cognitifs chez des locuteurs de langues différentes indiquent des écarts de conceptualisation de la référence à l’espace dans des activités n’impliquant pas l’utilisation de la langue (transparent numéro 2). Il y aurait des différences systématiques dans la manière de se référer à l’espace. L’étude s’intéresse aux cadres de références et montrent que les repères fixes ou les projections basées sur le corps humain correspondent à deux systèmes de références : fixe (comme nord et sud) ou relatif (comme à droite ou à gauche). Après un demi tour sur eux-mêmes, les locuteurs dont la langue détient un système absolu se remémorent la position de trois animaux en position est/ouest alors que les locuteurs dont la langue possède un système relatif rangent les animaux par rapport à leur droite. Il y aurait donc une corrélation entre système linguistique et représentation cognitive. Les représentations cognitives, aussi fondamentales soient-elles, ne sauraient être posées catégoriquement comme universelles.
La thèse innéiste est nuancée.
La thèse relativiste ne peut être niée en bloc.
L’étude des espaces mentaux (Fauconnier) ou structures conceptuelles (Langacker) ou représentation cognitive (Talmy) postulent ainsi qu’une grammaire cognitive peut être opposée à une grammaire formelle Chomskyenne basée sur la syntaxe en reposant sur des mécanismes cognitifs généraux. Un élément n’appartient pas à une catégorie de manière binaire mais incarne un exemplaire de manière plus ou moins bonne. Claude Vandeloise affirme de plus que les termes grammaticaux comme les prépositions sont associées à des traits et détiennent une charge sémantique. Lakoff dit que la métaphore est une correspondance analogique opératoire. En fait, chaque élément d’une phrase concorde à un sens global. Le tout est plus que la somme des parties. On peut y voir un processus compositionnel. Pour Fauconnier, les formes linguistiques seraient des instructions de configurations cognitives structurées et interconnectées qui se mettent en place au fur et à mesure du déroulement de la parole.
L’approche interactionnelle montre qu’en plus de ces aspects, le sens en interaction est constamment négocié et rejette donc l’idée d’une langue statique. Il faudrait non pas considérer un énoncé comme constitué d’une base sémantique à laquelle viennent se greffer des données contextuelles, mais plutôt que l’énoncé est le produit du contexte. Herbert Clark soutient par exemple que l’ensemble des expressions linguistiques dépend du contexte, pas seulement les déictiques. L’approche relativiste ne se situe alors plus au niveau de la langue, mais bien au niveau des pratiques langagières.
Bien que le code permette de stabiliser le sens, les mots ne feraient qu’indexer un concept dont l’interprétation demeure négociable. Clark démontre d’ailleurs que les conventions sont toujours modifiées par le jeu du langage, la nature de l’interaction et l’identité des individus entre autres.
Pour paraphraser Derrida, le langage foisonne d’indécidables dont la négociation du sens implicite est encore plus problématique d’une langue à l’autre : que dire de noms composés anglais couramment créés dans des situations particulières : a tea garden ? S’agit-il d’un jardin où pousse le thé ? Que dire des verbes hyperonimiques : Alice did the lawn (a arrosé ou tondu la pelouse ?).
Clark balaie l’approche Sapir Whorf et son déterminisme pour montrer que malgré un rapport de causalité flou entre langue et représentations cognitives, nous pouvons créer indéfiniment de nouvelles catégories. La langue est toujours sous-déterminée, les représentations mentales dépendent toujours du contexte. La vision du monde se situe dans les croyances des communautés linguistiques, et non dans la langue elle-même.
Ainsi, le modèle de Levelt est révolutionnaire dans le sens où il indique que les savoirs grammaticaux sont contenus dans des lemmas prépositionnels. La mémoire est un processus et non un stock statique. Cependant, il ne rend pas compte de la négociation, ni des espaces mentaux complexes qui font intervenir espace de départ, point de vue et espace qui reçoit.
Le bilingue équilibré possèderait à la fois d’une part, des connaissances au niveau de la relation entre les langues qu’ils parlent et les représentations cognitives qui y sont liées et d’autre part, des capacités à inférer, négocier et créer dans les deux langues.
Reste à trouver comment on peut travailler dans l’enseignement sur ces compétences souvent automatisées et inconscientes, à partir d’un métalangage ? Si oui, lequel ?
Dans le domaine de la traduction et pour illustrer la complexité des langues comparées, nous analyserons pour terminer le verbe « to socialize », d’une fréquence élevée selon nous en anglais. La mise en parallèle de deux dictionnaires de référence montre que le sens en contexte n’est pas parfaitement recouvert et qu’il correspond à des pratiques culturelles.
Le terme anglais comporte trois entrées (dans le Collins). Le terme français n’en compte que deux (dans le Larousse). L’entrée b correspond à l’entrée b’ et l’entrée c à l’entrée a’. Aucune correspondance pour l’entrée a. L’équivalent direct est donc impossible. Les traductions proposent des termes pour cette entrée cependant : fraterniser, ou participer à des évènements sociaux (on se demande bien à quels évènements cela fait référence), bavarder.
Le terme anglais fonctionne comme un hyperonyme par rapport au français. L’anglais ne passe étonnement pas par des termes plus spécifiques dans diverses situations : on pourrait avoir bond, enjoy someone’s company, chat …
Cela n’est pas un problème pour l’apprentissage. Cependant, pourquoi l’anglais omet la spécificité ? Que recouvre le stéréotype socialize ?
En fait, ce concept dans son utilisation détient une certaine unité. Il y a des situations où l’on socialize et des situations où l’on ne socialize pas. Dans toutes ces situations, il y a interaction avec autrui, interaction orientée vers un seul but, celui de passer un moment agréable en compagnie d’autres individus.
Fraterniser (ou bond) apparaissent comme des surtraductions du terme source. En fait, le terme socialize recouvre trois situations :
Le terme socialize permet de marquer une distinction entre ces trois types de situations et correspond bel et bien à des pratiques culturelles dont l’apprentissage et la traduction devraient dans l’idéal rendre compte.
Loin de nous l’idée d’être exhaustif dans notre exposé. Cependant, au terme de cette courte analyse, le lien entre langue, réel et bilinguisme permet de mettre à jour la complexité de la langue. Elle entretient des rapports étroits à l’espace, au rythme et aux flux, aux automatismes inconscients, aux gestes, aux faces, aux positions de pouvoir, à l’idéologie, aux pratiques culturelles et sociales. Ceci engendre un défi interdisciplinaire pour la linguistique autant que pour le métalangage utilisé dans l’enseignement.
La grammaire cognitive et la linguistique fonctionnelle se penchent sur l’usage de la langue et le domaine de la performance. Elles englobent des problématiques de production et de compréhension. Nous questionnons la nature d’un métalangage du sens et de sa mise en récit pour nous nécessaire : « la seule chose qui soit accessible à l’analyse, c’est la compréhension que nous en reconstruisons après coup. Même quand nous sommes en position de locuteur, nous passons notre temps à contrôler, par toute une activité interprétative, les résultats de notre parole. En effet le cerveau ne peut se voir fonctionner. Le sujet-locuteur ne prend conscience de ce qu’il a perçu ou a dit qu’à posteriori. Or cette transformation du perçu en vécu conscient est indispensable à l’activité humaine ».
BIBLIOGRAPHIE
Chomsky,N. (1979) Language and responsibility. Harvester Press. Sussex.
Fuchs, C. (2004) La linguistique cognitive, Ophrys
Kleiber, G. (1997) Sens, référence et existence : que faire de l’extralinguistique ? Langages. No 127
Lakoff, G. (1987) Women, Fire and Dangerous Things. University of Chicago Press
Levelt, W.J.M. (1989) Speaking, from intention to articulation, M.I.T Press. Cambridge. Massachussets.
Lucy, J. (1992) Language Diversity and Thought, UK : Cambridge University Press
Sadoulet, P. (1995), Convocation du devenir, éclat du survenir et tension dramatique, in, J. Fontanille (éd.), Limoges, PULIM, p. 91-113.
Whorf, B.L. (1956) Understanding cultures through their keywords. Oxford University Press
Wierzbicka, (1992) Semantics, Cultures, and Cognition. Oxford University Press

