En Grèce, depuis plusieurs dizaines d’années, la délivrance de certificats en langue était presque exclusivement assurée par des organismes étrangers, représentés dans de nombreux autres pays aussi, comme le British Council, la Commission du DELF et du DALF ou encore le Goethe-Institut. En 1999, le Ministère grec de l’Éducation et des Cultes a entrepris la mise en place d’un système national d’évaluation de la connaissance et de l’usage des langues étrangères. Ainsi, depuis 2003, des examens d’anglais, de français, d’italien et d’allemand sont organisés deux fois par an sur la base d’un programme commun, de spécifications identiques et à l’aide de mêmes outils de mesure des compétences de communication. Plus de 100.000 personnes ont déjà participé à ces examens.
Le dispositif mis en place pour l’octroi du « Certificat d’État de Connaissance des Langues » (CECL, traduction du ΚΠΓ grec qui désigne à la fois l’organisme et le certificat que ce dernier délivre) vise une évaluation et une certification unifiées de la connaissance de différentes langues, en se concentrant sur leur usage socialement déterminé et non sur le système de notions autonome qu’on peut leur voir constituer. Le CECL ne sanctionne donc pas des connaissances scolaires, ni n’évalue de processus éducatifs. Il prévoit au contraire de réaliser l’évaluation et la certification de la connaissance de certaines langues sur des objectifs spécifiques – professionnels et/ou académiques – fixés au terme d’une analyse des besoins sociaux.
Aujourd’hui, le dispositif permet déjà l’évaluation de la connaissance et de l’usage de 4 langues (anglais, français, italien et allemand), à deux niveaux (B2 et C1) décrits dans les termes recommandés par les travaux majeurs du Conseil de l’Europe. Dès 2007, l’usage d’au moins cinq langues (anglais, français, italien et allemand) sera évalué et certifié à quatre niveaux (B1, B2, C1, C2) de connaissance de la langue.
Une fois cet objectif atteint, la mise en place d’outils de mesures calibrés (sujets d’examen qui conviendront à plus d’un niveau de connaissance des langues) et automatisés (tests en ligne) améliorera encore l’efficacité et le rendement du dispositif.
Le CECL est agréé par l’International Certificate Conference (ICC) et est repris dans la liste des certificats reconnus dans la fonction publique grecque.
La conception de l’entièreté du système d’évaluation et des spécifications générales des examens a été confiée par le Ministère de l’Éducation Nationale et des Cultes à un Comité Central des Examens du CECL, composé de scientifiques universitaires de spécialité appropriée.
Pour chacune des langues évaluées, la responsabilité de la conception des examens et de la rédaction des sujets est confiée à des équipes de scientifiques de l’Université Aristote de Thessaloniki et de l’Université Nationale Capodistrienne d’Athènes qui développent et gèrent une « banque » de matériels et de sujets d’une part, et qui préparent, de l’autre, les outils de mesure et les examens.
Ces examens évaluent le degré « de connaissance effective » et les capacités d’usage fonctionnel de la langue étrangère en contrôlant si les candidats sont capables
d’utiliser la langue étrangère pour comprendre et pour produire divers genre de discours écrits et oraux,
d’opérer des choix langagiers adéquats qui tiennent compte de la situation de communication et du cadre contextuel plus large déterminant le discours qu’ils sont appelés à comprendre et/ou à produire,
de transmettre en tant que médiateurs, en langue grecque ou étrangère, des messages non exclusivement linguistiques (dessins, graphes, cartes).
L’examen est composé de deux parties conventionnellement appelées « examen écrit » et « examen oral ». L’examen écrit comporte trois unités à passer successivement et dure environ trois heures. L’examen oral est passé séparément, au cours du même week-end, dans des centres d’examens officiels installés sur tout le territoire grec. Dans la salle d’examen oral, les candidats sont examinés deux par deux par un examinateur et sont évalués par deux professeurs de langue ayant reçu une formation adéquate.
Le Ministère de l’Éducation Nationale et des Cultes utilise pour les examens du CECL l’infrastructure matérielle et le personnel spécialisé utilisé pour le concours national d’entrée aux universités et aux écoles d’enseignement supérieur (équivalent du baccalauréat français). Pour prévenir toute fuite, les sujets d’examen du CECL sont transmis aux centres par satellite, le jour de l’examen, au moyen d’un signal codé (Vertical Blanking Interval).
Les sujets de l’unité 1 (compréhension de discours écrit et connaissance du système de la langue) et de l’unité 3 (compréhension de discours oral) exigent des réponses fermées et sont notés mécaniquement, par l’entremise d’un programme de « reconnaissance optique de marques ».
Les productions de discours écrit de l’unité 2 sont rassemblées dans toute la Grèce et sont notées par un corps de correcteurs sélectionnés et formés, dans un lieu central (dans le centre de notation d’Athènes ou de Thessaloniki), sur la base des critères et de la grille d’évaluation fixés, dans le respect des consignes du Comité central d’examen, par les équipes scientifiques. En outre, chaque copie est notée par deux évaluateurs dont l’activité est dirigée et évaluée par des collaborateurs scientifiques spécialisés.
La production de discours oral et la médiation orale à réaliser par chaque candidat, au cours de la passation de l’unité 3, sont notées par deux évaluateurs qui appartiennent à un corps d’examinateurs soigneusement sélectionnés et formés, et sur base de critères et d’une grille d’évaluation établis suivant les mêmes modalités que pour l’unité 2.
Les qualités métrologiques de validité, de fiabilité, de sensibilité et de constance des examens sont estimées lors de la passation expérimentale des épreuves d’examens par un échantillon important d’apprenants en Grèce et à l’étranger, ainsi qu’au terme d’une analyse statistique systématique des réponses des candidats à chaque session.
Les sujets ouverts, de libre production de discours, sont eux aussi testés auprès d’un échantillon de la population spécialement choisi pour que soit constatée, avant la finalisation de leur rédaction, leur réelle adéquation à l’objectif pour lequel ils ont été conçus. Ils sont également évalués, pendant la durée de l’examen, et enfin contrôlés sur la base de l’analyse des résultats.
Le CECL prévoit l’exercice régulier d’un contrôle interne de qualité et prévoit d’être régulièrement soumis une évaluation externe, réalisée par un organisme d’évaluation international compétent.
Au moins quatre réponses à la question posée au début de cet article peuvent être dégagées de ce qui distingue particulièrement le CECL des certificats internationaux concurrents :
Au contraire de ces derniers qui sont le plus souvent soutenus par une université ou par quelque organisme ayant pour mobile le gain symbolique ou économique, le CECL est soutenu par l’État, ce qui assure au dispositif une plus grande indépendance idéologique, économique et scientifique.
Les examens du CECL visent l’évaluation des connaissances de la langue étrangère détenues par des usagers grecs et tiennent compte des circonstances sociales de son usage, à l’inverse des systèmes internationaux qui conçoivent le plus souvent leurs examens pour une seule langue et indépendamment du profil socioculturel des usagers et de l’environnement dans lequel elle sera utilisée.
Quelle que soit la langue considérée, les certificats délivrés rendront compte des connaissances et des compétences de communication constatées, dans la langue du pays, dans des termes toujours identiques et à l’issue d’une évaluation réalisée selon des modalités standardisées.
Enfin, un contrôle de qualité peut être imposé et est plus facile à exercer sur une institution qui siège dans le pays où elle développe ses activités.
Ces caractéristiques peuvent faire penser qu’une certification nationale de la connaissance de plusieurs langues répond mieux qu’une certification internationale de la connaissance d’une seule langue aux attentes des acteurs du processus d’évaluation qu’elles sanctionnent, en particulier aux attentes des candidats et de leurs futurs employeurs.
Conseil de l’Europe / Conseil de la Coopération culturelle / Comité de l’éducation / Division des langues vivantes et Didier (éds), 2001 – « Cadre européen commun de référence : apprendre, enseigner, évaluer », Strasbourg-Paris.
Conseil de l’Europe / Conseil de la Coopération culturelle / Comité de l’éducation / Division des langues vivantes (éds) - « Relier les examens de langues au Cadre européen de référence pour les langues : Apprendre, enseigner, évaluer (Cadre européen commun de référence) ». [En ligne] http://culture2.coe.int/...cadrecommun.pdf
Milanovic M., 2005 – « Évaluation de compétences en langues et conception de tests », in Site du Conseil de l’Europe [En ligne] http://culture2.coe.int/...revoctobre.doc
Ministère de l’éducation nationale et des cultes (éd.), 2005 – Certificat d’État de Connaissance des Langues. Livret d’informations, Athènes.
Ministère grec de l’éducation nationale et des cultes, Certificat d’État de Connaissance des Langues - Section du site du ministère consacrée au CECL [En ligne] http://www.ypepth.gr/kpg
Υπουργείο Εθνικής Παιδείας και Θρησκευμάτων (εκδ.), 2003. – Κρατικό Πιστοποιητικό Γλωσσομάθειας. Ενημερωτικό Έντυπο, Αθήνα.

