Le « Français interactif » a été crée récemment par l’Université du Texas. Le public visé est initialement très ciblée puisqu’il s’agit de préparer des étudiants américains à leur premier séjour en France dans le cadre d’un échange. L’objectif essentiel est d’une part, d’acquérir des connaissances suffisantes en français en vue d’une adaptation rapide dès leur arrivée en France, d’autre part, de découvrir quelques aspects de la culture française.
A cette fin, on nous invite à suivre, au moyen de nombreuses séquences vidéo, le parcours des étudiants qui ont effectué leur séjour en France l’année précédente. La progression s’articule autour de treize thèmes de la vie courante. Chaque thème ou chapitre possède les mêmes caractéristiques : une vidéo d’introduction présente le détail des sujets abordées, et est suivie d’une liste de vocabulaire , de points de grammaire, d’exercices, de vidéos sur le thème choisi, (interviews, reportages ). On trouve également des activités de lecture et d’écriture.
Par de nombreux aspects, on retrouve l’empreinte des méthodes traditionnelles, une traduction des textes est systématiquement proposée. Les consignes et les règles de grammaire sont en anglais. Cependant, on imagine aisément ce site utilisé comme outil, dans une classe de langue ayant une approche communicative. Bien que les objectifs de chaque unité ne soient pas définis explicitement en terme d’acquisition de compétences linguistiques et langagières, on les retrouve en filigrane. Au chapitre 5, à titre d’exemple, on y retrouve les suivantes : exprimer ses goûts, ses préférences, justifier ses choix, savoir exprimer une quantité, savoir interroger quelqu’un.
Chaque thème est illustré par diverses vidéos constituées tantôt de véritables documents authentiques, tantôt de séquences construites à des fins pédagogiques. Ces vidéos font l’objet d’une exploitation proposée dans le « cahier » de l’étudiant. Il n’y est en aucun cas questions de restituer mot à mot l’intégralité des dialogues, comme le préconisaient les méthodes audio-visuelles, mais de répondre à des questions dont l’objectif est plus de saisir le sens général du dialogue et de se l’approprier. Allant dans le sens des méthodes communicatives, des simulations de dialogues sont prévues dans la phase de réinvestissement.
La grammaire est abordée en fonction des contenus des dialogues et des besoins supposés des apprenants. Chaque point étudié est en fait un lien vers un autre site de l’Université « Tex’s french grammar » dédié à une grammaire française abordée de manière humoristique. Y sont déclinés des exercices classiques de conjugaison et de grammaire de type structuraux en relation avec les points grammaticaux étudiés dans les treize rubriques du site initial et suscités par les documents vidéos. Des exercices de compréhension orale sont proposés à partir des documents audios et vidéos. Les auteurs, loin de viser l’acquisition d’un « français fondamental » se sont plutôt attachés à celle d’une longue liste de termes en relation avec chaque thème choisi et situation donnée. A l’instar des méthodes traditionnelles, une priorité est clairement donnée à l’apprentissage lexical de la langue.
On l’aura compris, face au dispositif audio-visuel proposé, l’objectif en terme de compétences est de développer en premier lieu la compréhension orale des apprenants. Le point fort est certainement la variété des locuteurs et leur nombre s’exprimant sur un même sujet. Pourtant, soucieux de développer l’oreille des étudiants anglophones, on peut regretter le grand nombre de vidéos mettant en scène des non francophones. Il en est de même pour les documents sonores accompagnant les exercices de grammaire.
Ce sera dans les exercices proposés par le « cahier » que l’apprenant exercera ses compétences de compréhension et d’expression écrites. Cependant, aucun type de correction n’est possible en ligne, on suppose donc la présence d’un professeur dans la classe de langue.
La variété des supports dans ce site permet de s’adresser à des étudiants dont les styles d’apprentissages diffèrent. « L’auditif » peut privilégier l’écoute du texte autant de fois qu’il le désire, « le visuel » pourra s’aider de la transcription. De la même manière, de nombreux exercices écrits sont accompagnés de documents sonores.
Le choix important d’activités offre la possibilité d’avoir recours à différentes stratégies d’apprentissage. La stratégie « cognitive » peut être mises en œuvre par le type d’exercices proposés dans le cahier ; on pourra manipuler, transformer la langue et faire une analyse contrastive entre l’anglais et le français dans l’analyse des textes des vidéos. Les « indépendants du champs » trouveront des exercices faisant appel à leur sens analytique en particulier dans le sous-site de grammaire française, les « dépendants » profiteront du contexte affectif et social et seront plus à l’aise dans les exercices de type synthétique proposé dans le cahier mais nécessitant une correction externe. Les stratégies « sociale » et « affective » prennent une place importante dans ce site dans la mesure où elle projette directement l’apprenant dans des situations de communication qu’il sera amené à rencontrer prochainement. Si l’on considère ce site comme outil, on suppose que des stratégies « métacognitives » seront développées dans la classe de langue.
Enfin et d’une manière générale, on peut regretter l’absence de charnières méthodologiques pour aider l’apprenant à choisir une stratégie adéquate.
Le support Internet a des fonctionnalités spécifiques qui sont ici peu exploitées. S’agissant d’un échange linguistique et culturel, on aurait pu espérer la présence d’un forum de discussion entre étudiants, d’un chat, d’un projet de correspondance…toutes formes d’interactions possibles dont font défaut les autres types de supports.
" C’est sans doute cette … dimension d’Internet, permettant de mettre en relation des apprenants entre eux, qu’ils soient ou non de langue maternelle française, qui en constitue la spécificité la plus intéressante." [1].
A la fin de chaque chapitre, est proposé une recherche documentaire sur Internet accompagnée d’un questionnaire. Les apprenants peuvent ainsi approfondir le thème et développer une stratégie de lecture de type scanning dans un contexte authentique et varié.
Aucun texte ne nous permet de saisir la démarche et les intentions pédagogiques des auteurs. Cependant, on peut présumer qu’il s’agit plus d’un site « outil », dont l’utilisation serait dirigée par un enseignant que d’un « didacticiel ».
Ce site paraît difficilement exploitable en autoformation car l’absence de guidage sous-tendrait que l’apprenant est à même de construire son propre parcours. Or, aucune aide méthodologique particulière n’est proposée par les concepteurs. Il est difficile de concevoir une consultation libre du site et une « interaction machinique » satisfaisante.
Les auteurs ont semble-t-il privilégié un apprentissage du français en fonction d’un environnement socioculturel précis, celui que rencontreront les étudiants dans quelques mois. Les activités proposées sont construites autour de ce paramètre, de nombreuses références aux aspects civilisationnels de la France et même plus particulièrement de Lyon le démontrent.
En conclusion, le contenu du site tend vers une acquisition de la compréhension « des mots familiers et des expressions très courantes au sujet de l’apprenant, de sa famille et de l’environnement concret et immédiat, si les gens parlent lentement et distinctement » selon le niveau A1 du cadre européen des langues, dans la perspective d’une utilisation complémentaire à un cours de langue qui donnerait au mot « interactif » tout son sens.
[1] F. Mangenot, Classification des apports d’Internet à l’apprentissage des langues, Université de Franche-Comté, 2001


Bonjour, Je vais laisser des remarques très rapides en réponse aux points faibles du Français Interactif ci-dessus.
En tant qu’utilisateur quotidien du FI, je tiens à ajouter quelques précisions sur celui-ci. Un chapitre entier se couvre en deux semaines, il est sanctionné par une évaluation sommative qui entre dans le cadre d’un contrôle continu semestriel). Une moitié du site est donc couverte par semestre. Les cours sont dispensés en présentiel (une heure par jour, soit 75 jours [second semestre 2005] dont 9 partiels et 2 épreuves d’examen final : oral et écrit). Les étudiants, tout comme l’enseignant, possèdent et suivent le planning quotidien des activités à couvrir dans deux cahiers de 530 pages qui accompagnent le site et dont vous avez le contenu dans les cahier .pdfs . Ce planning pédagogique n’est cependant pas accessible en ligne car il n’aurait aucun sens à être utilisé par des enseignants hors du cadre universitaire dans lequel il a été conçu. Car le FI reste une formation linguistique accélérée et même si elle demeure LIBRE d’accès, elle demanderait un investissement de temps conséquent de la part de l’enseignant qui déciderait de l’utiliser comme méthode principale. De nombreuses universités américaines s’en servent comme complément à leurs enseignement avec la permission de l’Université du Texas. N’oubliez pas que la recherche effectuée pour la création du FI s’est fait pour les quelques 1200 d’étudiants annuels qui s’en servent à UT et non les 600.000 visiteurs quotidiens sur le www (aux dernières estimations prises sur le serveur). Ce qui aurait représenté une tout autre analyse des besoins me semble-t-il.
Le contenu non-francophone est regrettable parfois mais se rattrape vite dans ce qu’il développe d’identification chez l’apprenant avec les « étudiant de l’Université du Texas » dans les rubriques vidéo du même nom. Comme en parle très bien Emilie, l’apprenant prends conscience que si leur ami Blake (que certains connaissent) y arrive au bout d’un an, alors eux aussi y arriveront. Quoi de plus beau pour l’apprenant qu’une illustration anticipée du résultat de l’apprentissage linguistique ?
L’aspect communicationnel que vous mentionnez est en effet le point fort de cette approche mais ne fonctionne cependant qu’en classe et met en jeu une grande dose de communication horizontale en présentiel. L’absence de Forum que vous déplorez s’explique par le fait que le FI n’ai jamais été conçu comme une méthode FOAD. Loin de là. C’est une réponse NTICE aux problèmes de mise à disposition de contenu sociolinguistique actuel et actualisable. Ces contenus sont très fonctionnels mais ne le sont pas nécessairement pour préparer les élèves à la visite de Lyon car seuls 3% des étudiants bénéficient de ce voyage organisé. D’autre part, les recommandations du CECR [loin d’être applicables aux institutions américaines] sur la pratique didactique de tâches médiées par ordinateur ne s’appliquent pas au FI car la scénarisation de séquences pédagogiques est prévue pour la classe et non pour un suivi personnalisé d’apprenant sur une plateforme type WebCT ou Mayetic… La communication langagière se fait en synchrone et avant tout en présentiel. Pour le développement de cette recommandation particulière du CECR, d’autres cours à UT se centrent sur des compétences langagières plus axées sur la participation écrite à des forums avec des locuteurs natifs puis sur des débats oraux en classe, etc…
Votre analyse reste cependant fine et juste considérant les lacunes quand à la mise en application pédagogique de cette ressource et elle permet de rebondir et d’accréditer le FI de ses intentions premières.
Merci. Alex (worldgroovesprod@yahoo.com)p>
Bonjour,
peut-on avoir accès à ces vidéos ?
Nadège
Bonjour,
oui, c’est tout à fait possible, il vous suffit de rentrer sur le site du français interactif et de cliquer sur l’un des chapitres proposés, puis cliquez sur l’un des thèmes de vocabulaire en contexte et la vidéo se mettra en route.
Emilie.