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Alep : miroir d’une Francophonie plurielle

les journées de la francophonie alépine, 5ème édition

lundi 3 avril 2006, par jean-michel ducrot

Alep n’a jamais été uniquement une métropole chargée d’histoire située au nord de la Syrie. Il s’agit d’une ville métissée, une sorte de modèle de tolérance, un véritable carrefour de cultures régionales, communautaires et confessionnelles. Elle évoque un enchevêtrement de langues minoritaires parlées, dans lequel le français trouve sa place depuis des générations. Cette ville attire, séduit, enchante…

D’ailleurs, Alep s’est toujours démarquée du reste de la Syrie : Ville-clé des chemins marchands durant des millénaires, passage obligé sur la route de la soie, les langues arabe, turque, arménienne, kurde, y sont parlées communément, témoignant d’un respect des savoirs et des civilisations. Ces idiomes véhiculent l’érudition et entretiennent un intérêt constant pour la culture de l’autre. Il n’est donc pas étonnant que le français vienne s’ajouter à la liste déjà longue des langues parlées dans cette ville.

Alep conserve un passé singulièrement lié à la France. Elle concentre aussi la majorité de la communauté chrétienne de Syrie, fervente protectrice du français sous toutes ses formes et facettes. Sans être l’apanage de cette communauté, l’essor de la francophonie s’appuie en grande partie sur cette source existante.

Toutefois, d’autres facteurs font que la francophonie évolue positivement, et notamment à Alep et ses alentours. Le système éducatif syrien tente de se moderniser depuis 2002 en introduisant le français comme 2e langue obligatoire dès les classes de collège. Les jeunes Syriens font désormais partie d’un public à satisfaire, habités par un engouement et un enthousiasme hors du commun.

Le public francophile ne cesse de croître, de se diversifier. Et, la Francophonie 2006, c’est avant tout la prise en compte de la totalité des publics francophones actuels, qu’ils soient issus des écoles privées, publiques, des universités, qu’ils viennent de familles à tradition francophone ou pas…

En 2006, Alep fête dignement son statut de capitale de la culture islamique, au travers de nombreuses manifestations artistiques et culturelles, et la publication d’ouvrages évoquant son histoire et son rôle présent. Le gouverneur d’Alep n’a pas hésité, malgré l’ampleur de l’évènement, à ouvrir les festivités de la Francophonie en même temps que celles données en l’honneur d’Alep, capitale de la culture islamique 2006. Le président du comité, André Noé (consul de France à Alep) salue à cette occasion « ce bel exemple d’amitié et de tolérance puisqu’il est vérifié dans les faits que toutes les cultures sont les bienvenues dans un respect sans cesse réaffirmé ».

Les deux semaines de la Francophonie alépine, subventionnées par des sponsors locaux, symbolisent depuis 5 ans une occasion de partage et de découverte, s’inscrivant avant tout dans la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Ces journées s’inscrivent plus que jamais dans une volonté de faire face aux tendances uniformisatrices de la mondialisation artistique, et de favoriser le maintien et l’essor de la diversité culturelle et linguistique : elle devient espace d’échanges, de rencontres, de dialogues, avec l’art et la culture en toile de fond. Le comité organisateur à Alep (composé de personnalités locales, partageant un intérêt commun pour la langue française) tente de proposer de multiples manifestations qui valorisent une langue de culture, porteuse à la fois, de modernité, de richesse et de diversité : concerts de musique classique, de jazz, de blues, expositions, conférences d’artistes de renom, création théâtrale, récitals et saynètes des écoliers francophones, gastronomie, concours, présentation de films…

Les sponsors de la ville permettent grâce à leur appui financier la mise en place d’une Francophonie haute en couleurs et digne de rivaliser avec les plus grandes villes des pays francophones. En outre, la présence de l’écrivain d’expression française, Myriam Antaki, n’est pas étrangère à la singularité de cette Francophonie, à laquelle elle s’est associée dès la première année. C’est en effet par son entremise que des personnalités de renommée internationale, tels Andréï Makine, Frédéric Mitterrand, Kénizé Mourad sont venus défendre l’existence de grands ensembles de culture et de solidarité lors des précédentes journées de la Francophonie, au travers de leurs impressions.

En 2006, Son Altesse royale le Prince Michel de Grèce est venu discourir sur « l’écriture des êtres et des lieux », interrogeant l’histoire, le passé. La Francophonie a résonné également sous les notes jazzy et la voix envoûtante de Mina Agossi, sous la surprenante interprétation des acteurs du Théâtre du Versant, dans « La foire aux passions ». Françoise DIEP a régalé les enfants de ses contes ; Florence Ollivry nous a mis l’eau à la bouche, présentant son livre sur la gastronomie : « Les secrets d’Alep »… mais ces journées de la Francophonie à Alep ont toujours été le théâtre de rencontres d’artistes, profitant de leur venue pour travailler ensemble sur la naissance de projets à venir. Cette année, Philippe Abizanda, artiste peintre, nous a proposé une mise en parallèle de la cité de Carcassonne et de la citadelle d’Alep, travaillant de pair durant ces quelques jours avec un artiste syrien, Yasser Safi, déjà fort connu en terre syrienne. Ces journées de la Francophonie se veulent ainsi le symbole de la création, de l’intercompréhension et de l’échange, donnant l’occasion à des artistes, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, de partager leur savoir dans un monde unique et pluriel à la fois.

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